Gérard Collomb lors de l’investiture d’Emmanuel Macron à la présidence en 2017.
Gérard Collomb lors de l’investiture d’Emmanuel Macron à la présidence en 2017.

Un Gérard Collomb, ex-socialiste, premier des macronistes, nouant une alliance avec Les Républicains pour éviter une déroute électorale.Une candidate LREM à Paris, venue de la droite, nouant des alliances avec son parti d’origine, au grand dam de poids lourds LREM comme H. Renson ou S. Séjourné… 

Un Richard Ferrand, lui aussi macroniste de la première heure, jetant toute la précaution qui lui est habituelle aux orties pour faire des propositions inattendues – une « contribution exceptionnelle des plus aisés », sujet pourtant tabou en Macronie depuis la suppression de l’ISF…

Un ministre, Gérald Darmanin, dévoilant ouvertement ses ambitions politiques, et demandant – avec succès – au Président l’autorisation de cumuler mandat municipal et ministériel, comme au bon vieux temps du « vieux monde »…

Un parti LREM qui a perdu sa majorité à l’Assemblée, à force de discipline de fer et de débat cadenassé, à force aussi d’avoir trop servi de simple chambre d’enregistrement d’une politique qui n’était pas du goût de nombreux députés « venus de la gauche »…

Un parti qui, par la voix de son chef, Stanislas Guérini, peine toujours à exister – malgré les propositions faites par ce dernier, aussitôt rejetées par certains membres du gouvernement -, et s’apprête à subir une lourde défaite aux élections municipales…

Tout, dans la macronie, semble flotter. Ces derniers jours nous offrent le spectacle d’un malaise, d’une désorientation généralisée. Chacun y va de son ambition, de sa proposition, sans cadre ni cohérence.

Serait-on, à LREM, plus opportunistes, plus ambitieux, moins soucieux de l’intérêt général qu’ailleurs? Certainement pas. En réalité, cet étalement des divergences, des divisions et des incohérences a une cause, et une seule : le présidentialisme et la personnalisation, poussés à l’excès par la pratique du pouvoir d’Emmanuel Macron, et par le jeu de nos institutions.

Par nos institutions, d’abord : le quinquennat et l’inversion du calendrier électoral entre législatives et présidentielle ont accentué à outrance la présidentialisation, la concentration du pouvoir dans les mains d’un seul homme. La majorité parlementaire est élue grâce à lui – dès lors, comment un député LREM pourrait-il se sentir indépendant, contrôler un exécutif dont ils se sent l’obligé? Le gouvernement et le Premier ministre sont choisis par le Monarque républicain. Là encore, la logique est celle de la vassalisation, pas de la répartition des pouvoirs. On s’interroge même sur l’utilité réelle d’un Premier ministre, dans une telle configuration…

Par la pratique du pouvoir par Emmanuel Macron, ensuite : loin de donner à son parti les moyens d’une autonomie et d’une créativité utiles, il en a fait un parti potemkine, sans ancrage, sans barons locaux certes, mais sans véritables relais non plus, capables de capter les signaux faibles et relayer les alertes venues du fond du pays.Méprisant apparemment discussions et dissensions, il a laissé s’installer une gestion du groupe parlementaire à l’Assemblée reposant sur l’idée que le dialogue et le dissensus seraient non pas enrichissants, mais sources « d’inefficacité ». Qu’au fond, il faudrait aller vite, donc discuter moins. Quitte à faire des lois mal conçues, donc mal appliquées.

Loin de chercher à élaborer une doctrine, une culture collective, il a préféré l’agilité permanente, pour se garder toutes les portes ouvertes – un coup à droite si Les Républicains menacent de reprendre des couleurs, un coup vers l’écologie si EELV réalise de bons scores électoraux… -. De ce point de vue, le « en même temps » était moins une conviction idéologique qu’un principe de gestion tactique d’oppositions qu’il convenait sans cesse d’étouffer, au risque de l’incohérence idéologique.

Résultat : quant le chef ne donne pas le cap, quand la clef de voûte manque, tout le système s’effondre – ou du moins gesticule partout, tel un canard sans tête. Une instabilité dangereuse dans la période que nous traversons, qui appelle stabilité, solidité pour rassurer des Français tiraillés entre peur sanitaire et angoisse économique.

A court terme, il est urgent que le Président redonne un cadre clair, et mette un terme à cette confusion généralisée. Qu’il redonne, aussi, aux contrepouvoirs et oppositions la place d’exister, de jouer leur rôle. C’est dans son intérêt.A long terme, il faudra peut être enfin tirer les leçons des mois écoulés : un homme seul ne peut pas tout régler, concentrer toutes les aspirations comme toutes les détestations. Il va falloir repenser notre manière de partager la décision. Et nous départir enfin de notre culte de l’homme providentiel, avant qu’il n’ait raison de la démocratie elle-même.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.