Emmanuel Macron, Commémoration des combats de Montcornet, le 17 mai 2020. Capture Nos Lendemains.

C’est une information détonante parue dans Le Figaro Magazine. Selon Carl Meeus, journaliste politique généralement très bien informé, Emmanuel Macron aurait affirmé, lors d’une visioconférence très réduite avec ses donateurs de Londres, la possibilité d’une démission anticipée, avec une réélection dans la foulée car, selon le Chef de l’État « il n’y a personne en face ».

Nous n’étions pas dans cette réunion pas plus que nous ne connaissons les gorges profondes qui donnent cette info mais elle pose question.

D’abord, ça n’est pas la première fois que le chef de l’État émet ce type d’hypothèse en cercle privé. Il y a un mois, il aurait dit à certains visiteurs du soir « avec un tel mandat, gilets jaunes, retraités, covid, je n’ai pas besoin d’en faire un second ».

Mais c’est la première fois que le mot « démission « est prononcé.

Emmanuel Macron est un homme de son temps. Il sait très bien que ce type de propos, même dans une réunion réduite au maximum, ne peut pas rester longtemps caché dans l’épaisseur des moquettes.

Bien sûr, il nous a habitué à ces phrases à l’emporte-pièce, en public ou en privé, des mots bravaches ou très directs mais là, c’est une petite bombe politique, lâchée par on ne sait quel canal et qui se retrouve dans le débat public.

Si cette phrase sort, c’est qu’elle présente un intérêt à sortir. Créer un effet surprise, lancer des dizaines d’éditorialistes, de constitutionnalistes, dans un brainstorming interminable et à ciel ouvert qui crée de la confusion, de l’ambiguïté, de la gamberge, de faux espoirs pour les uns, de la peur pour les autres.

On peut imaginer aussi qu’elle sorte sans avoir été prononcée strictement de cette façon … Mais déformée, amplifiée au gré des couloirs et de la distance qui sépare la réunion du bureau du conseiller qui l’a fait fuiter.

C’est bien commode d’ailleurs, pour tout pouvoir, ce fameux conseiller, qui endosse à intervalles réguliers, toutes les fautes de communication. On se souvient de François Hollande s’en prenant à ses conseillers qui parlaient trop, alors que c’était lui-même qui avait été très bavard en SMS ou au téléphone avec un journaliste.

Quoiqu’il en soit, cette petite phrase est dans le champ public. Elle va ressortir ad vitam aeternam pour lester telle ou telle analyse, démonstration et nous emmener tranquillement sur un chemin sans issue.

Qui peut imaginer qu’un président démissionne à cet instant précis, joue à ce point avec les institutions alors que nous sortons à peine d’une crise sanitaire gravissime et entrons dans une crise économique qui l’est tout autant ?

Qui peut imaginer qu’un chef de l’État se fasse hara-kiri à deux ans d’une présidentielle qu’il a une petite chance de remporter ? On me répondra que Jacques Chirac a bien dissous. Certes, mais en l’occurrence, c’est sa majorité qu’il a sacrifiée, pas lui et il avait 5 années de plus pour user et abuser de la cohabitation. On me dira que François hollande s’est sabordé en annonçant qu’il n ‘était pas candidat à un second mandat. Oui mais c’était quelques mois avant l’élection et ses carottes étalent vraiment cuites.

Tout cela n’est pas sérieux. Tellement peu sérieux d’ailleurs que l’Élysée s’est fendu d’un communiqué pour démentir cette phrase. C’est dire l’importance de la boulette, et de la dangerosité d’une telle déclaration, qu’elle soit déformée et sortie volontairement ou pas, par le Château.

Prise au premier degré, elle dit une impasse, une fébrilité de la présidence, bien éloignées du besoin général de calme, de clarté et réassurance.

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