Avec le coronavirus, on a au moins pu vérifier que la vérité d’un jour n’était pas celle du lendemain. Il y a un an, le gouvernement essayait de convaincre les Français que le port du masque était dangereux, démo peu probante de Sibeth Ndiaye à l’appui. Plus tard, Emmanuel Macron n’a pas fait semblant quand il s’est moqué de Donald Trump qui annonçait l’arrivée rapide de vaccins pour sauver les États-Unis du coronavirus. Aujourd’hui, l’ex-locataire de la Maison Blanche fanfaronne et suggère que l’un d’eux porte son nom : « Trumpcine ». Le Président français, lui, a heureusement changé de pied (nous aussi) sur l’ARN messager. Mais il a été très long à la détente et mal informé en amont. Le Chef de l’État n’a pas davantage vu venir le coronavirus que son antidote. Croire qu’une bonne campagne de vaccination peut sauver son quinquennat, c’est être très indulgent, si l’on regarde l’ensemble de son œuvre. C’est cependant sans doute une des raisons qui le poussent à appuyer sur le champignon. Attention au décollage.

Accélérer, c’est bien. Encore faut-il informer correctement, pour que ça suive, derrière, sur le terrain. Communiquer dans l’ordre est donc préférable. Par une information officielle des soignants d’abord, afin qu’ils puissent expliquer et rassurer le cas échéant. Ou par un show vulgarisant, à l’image des rendez-vous du jeudi entre le gouvernement et les Français.

C’est dans ce genre de cadre solennel qu’Alain Fisher avait annoncé le 26 janvier que la France ne différerait pas la deuxième dose de Pfizer, contrairement à d’autres pays téméraires. Monsieur vaccin et Olivier Véran avaient opté pour la prudence et fait part de leurs réticences concernant un éventuel décalage, jugé hasardeux. Les Français l’ont enregistré. Ils ont de même intégré sagement les modifications apportées au calendrier vaccinal au fil du temps, le but étant de ne pas s’y perdre.

Il semblerait que le JDD soit devenu la gazette du ministère de la Santé, puisque c’est par les confidences d’Olivier Véran au journal dominical que le pays est avisé de changements majeurs dans la stratégie du gouvernement sur ces deux points.

« À compter du 14 avril, pour toutes les premières injections, nous proposerons un rappel à quarante-deux jours au lieu de vingt-huit actuellement. Ça va nous permettre de vacciner plus vite sans voir se réduire la protection, car l’âge moyen des personnes vaccinées baisse et le niveau d’immunité des moins de 70 ans est suffisant pour espacer les deux injections sans perte de chance ».

On est content d’apprendre en lisant le JDD que « les scientifiques estiment désormais avoir le recul suffisant » pour changer d’avis. La Haute autorité de la Santé (HAS), elle, avait donné son feu vert dès le mois de janvier

Même s’il est précisé que pour les personnes fragiles, le délai pourra rester de vingt-huit jours sur avis médical, ce revirement a fait des vagues. « Où sont les données ? », demandent certains médecins, déplorant une mesure dictée par la logistique (et la défiance grandissante vis-à-vis de l’AstraZeneca à écouler coûte que coûte) plutôt que par la science. Le virologue Jean Michel-Claverie souligne par ailleurs qu’une population à moitié vaccinée est plus vulnérable aux variants. D’autres scientifiques accueillent la nouvelle avec satisfaction, voire soulagement, comme Axel Kahn. « Et voilà. Mieux vaut tard que jamais. Moi-même et l’organisation que je préside, @laliguecancer, approuvons comme nous approuvions déjà au mois de février […]». Christian Bréchot, virologue et ancien directeur de l’Inserm, basé aux USA , partage ce point de vue, et a confié à LCI qu’il regrettait le retard pris par la France.

On est également ravi de découvrir via la gazette du dimanche, opportunément relayée en info continue, que tous les plus de 55 ans pourront se faire vacciner à partir de lundi. AstraZeneca, désormais déguisé en Vaxzevria (à vos souhaits), était jusqu’à présent réservé à ceux atteints de comorbidités. « Dès lundi, tous les Français de plus de 55 ans, sans conditions, pourront recevoir ce produit. On élargit la vaccination ! ». Le ministre indique que les personnes éligibles pourront aussi être vaccinées au Johnson & Johnson, dont une livraison de 200.000 doses est attendue lundi en France « avec une semaine d’avance ». Youpi. Sauf que BFMTV a précisé dans la journée de dimanche qu’elles arriveraient « plutôt en fin de semaine ». Elles vont en tout cas selon Olivier Véran « intégrer très prochainement le circuit de distribution des pharmacies et des cabinets médicaux et infirmiers ». On y croit.

Sur le fond, pas question ici d’évaluer les décisions prises, notamment concernant ce décalage de la deuxième dose, qui « doit nous faire gagner 1,8 million d’injections sur la seconde quinzaine de mai ». Pas question non plus d’avoir un avis sur la possibilité ouverte, mine de, par le ministre, au panachage de Pfizer et Moderna « pour rendre le dispositif encore plus souple, quand cela se justifie », au motif que ces deux vaccins ont un mécanisme biologique identique.

Sur la forme, même si ces décisions sont bonnes, la méthode laisse carrément perplexe. Elles auraient mérité davantage qu’un aparté vendu deux euros dans les kiosques. Les professionnels concernés ont-ils découvert ces changements majeurs via le JDD ou ont-ils été mis au courant en amont ? Histoire d’être prêts et de s’organiser… pour le cas où ils auraient vraiment des doses dès lundi.

Les 6.000 pharmaciens supposés faire commerce des autotests à partir de lundi, eux, n’en auront pas tous, c’est certain. Même si l’arrêté autorisant la vente par les officines a été publié dimanche matin au Journal Officiel. Ils coûteront 6 euros jusqu’au 15 mai, puis 5,20 euros, remboursables pour les 600.000 aides à domiciles et aides-soignants en contact avec les personnes âgées, qui auront droit à deux tests nasaux par personne et par semaine. Prix de vente en gros : 4,70 euros jusqu’au 15 mai, puis 3,70 euros.
Faute de campagne de vaccination prioritaire de l’ensemble des personnels de l’Éducation nationale, une opération de dépistage menée avec ces autotests et qualifiée de « vaste » est annoncée dans les établissements scolaires à partir du 26 avril, « sur le modèle anglais ».

S’inspirer de la Grande-Bretagne, qui se remet doucement des ravages du variant B.1.1.7… why not. Le Royaume-Uni table désormais largement sur les autotests et tests rapides pour contrôler l’épidémie. Tous les sujets asymptomatiques de Sa Majesté peuvent désormais obtenir gratuitement en pharmacie des autotests à réaliser deux fois par semaine. Une étude du NHS, le système de santé britannique, n’a reperé, en moyenne, qu’un faux positif sur 1.000 tests rapides réalisés.

Selon le JDD, si aucun autotest n’a reçu pour l’heure le marquage CE de rigueur, quatre ont obtenu une autorisation en urgence de la part de l’Agence nationale de sécurité du médicament et un cinquième devrait suivre. Un seul industriel, l’entreprise d’insertion par l’activité économique française AAZ, sera en mesure de livrer ces tests, par boîtes de cinq, dès lundi après-midi, révèlent « Les Échos ».

La grande distribution, en embuscade, met la pression et ronge son frein depuis qu’elle a cru recevoir le feu vert de Jérôme Salomon qui l’a en effet presque donné le 14 mars. Mais la Direction générale de la Santé avertissait quatre jours plus tard que les autotests, considérés comme des « dispositifs médicaux de diagnostic in vitro », sont soumis au monopole pharmaceutique : seul un arrêté peut changer la donne. Pendant qu’en Allemagne Aldi et chez Lidl font un carton avec le nouvel outil de lutte contre la propagation du virus, la France s’offre comme un revival de l’épisode des masques. Chacun son rythme.

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