C’était une audition très attendue car, comme toujours, Didier Raoult attire les foules et, quoiqu’en disent ses détracteurs, il est passionnant à écouter. On pourra d’abord regretter deux choses dans cette audition. 

La première concerne la mise au point faite par le Professeur marseillais, poursuivi par deux plaintes, dont une porte sur la mise en danger de la vie d’autrui. Il a tenu à préciser qu’il ne débattrait pas avec des gens qui portent plainte contre lui. S’en est suivie une longue justification sur le fait qu’il n’a jamais fraudé sur les chiffres durant toute sa longue carrière. Oui, on peut regretter qu’un professeur de ce niveau, sommité mondiale dans son domaine, obsédé par le soin et la guérison de ses patients face à une maladie inconnue, soit obligé de se justifier devant des sénateurs qui, dans leur majorité, n’étaient pas hostiles.

Et l’on en vient au second point désagréable de cette audition : l’impossibilité de sortir du débat sur l’hydroxychloroquine. Pour preuve, la charge de l’un des rapporteurs, le sénateur socialiste Bernard Jomier, également médecin, qui a commencé à énumérer la longue liste des pays qui n’autorisaient plus la chloroquine. Rien de tel pour faire sortir de ses gonds Didier Raoult et c’était probablement le but recherché, Raoult répondant du tac au tac : « Vous émettez une opinion scientifique. Je ne suis pas d’accord. Que chacun fasse son métier et les vaches seront bien gardées” avant de rappeler que pour les USA, par exemple, les données sont fausses, puisqu’il s’agit d’un pays fédéral et qu’un tiers des états utilisent la chloroquine. Pour rappel, l’objet de la commission d’enquête parlementaire portait sur la gestion de la crise sanitaire et non pas sur cet abcès de fixation qu’est devenue l’hydroxychloroquine.

Et pourtant, il y avait bien des choses passionnantes dans cette audition de plus de 2h, notamment la vision de Didier Raoult sur l’organisation de la médecine en France. Il a rappelé comment tout le savoir-faire en matière d’épidémiologie avait été éparpillé à Paris dans différents services, et à quel point il était crucial d’imaginer la création de pôles épidémiologiques sur le modèle des pôles cancéreux dans lesquels seraient regroupés la recherche et les soins. Sa conviction est que nous allons devoir apprendre à affronter de nombreuses épidémies dans les années à venir et que nous devons nous organiser.

Sur la gestion de la crise, on a entendu un Didier Raoult plus pondéré que lors de son audition devant les députés pendant laquelle il avait dénoncé les liens avec les grands groupes pharmaceutiques et le retard  pris dans les tests. Cette fois, pas de charge contre l’exécutif, ni sur les masques obligatoires, jugés raisonnables car ils permettent au moins de freiner la promiscuité, ni sur la décision de confiner, car il n’y avait pas d’autres options, en raison du manque de tests. On retiendra une pique très sévère contre Olivier Véran et l’OMS, qui, sur la foi d’une étude de pieds nickelés, dit-il, celle de The Lancet, ont décidé d’interdire l’hydroxychloroquine. Nous y revoilà. Ses flèches les plus virulentes, finalement, il les aura réservées au Conseil Scientifique, qui, dit-il « ne pilote rien et devrait émettre ses avis en privé ». 

Il reste de cette audition un sentiment amer, non seulement de ne pas avoir avancé d’un pouce sur la compréhension de la gestion de la crise et le processus de décision mais surtout l’image d’un médecin meurtri par la virulence d’un débat, qui a pris des proportions hors du commun, un médecin qui a choisi de soigner coûte que coûte et qui a subi, et continue de subir, des oppositions et des haines qui semblent inextinguibles.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.