Le ministre Éric Dupond-Moretti répond à au député Hervé Saulignac à l'Assemblée - Capture vidéo Nos Lendemains.
Le ministre Éric Dupond-Moretti répond à au député Hervé Saulignac à l'Assemblée - Capture vidéo Nos Lendemains.

La question est simple. Elle taraude toutes celles et ceux qui ont approché la question du viol ou se sont intéressés aux violences sexuelles en France. Elle est posée par le député socialiste Hervé Saulignac en commission à l’Assemblée nationale au nouveau ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti :
« En France, 93 000 femmes subissent chaque année un viol ou une tentative de viol d’après les chiffres de votre ministère pour 1000 condamnations. Si seulement 1% des viols ou tentatives mènent à une condamnation, cela signifie que 99% ne mènent à rien. Et il y là une belle marge d’amélioration pour votre ministère. (…) Vous avez dit vouloir réconcilier les Français avec leur Justice et ma question est très simple, comment comptez-vous réconcilier les Françaises avec leur Justice ».

La réponse d’Éric Dupond-Moretti est à la fois agressive et inquiétante. L’avocat pénaliste semble réellement découvrir les chiffres effrayants des viols et tentatives de viol en France. « Je ne sais pas d’où vous tenez vos chiffres » commence-t-il par répondre. Puis il ajoute « J’aimerais savoir comment on les obtient ces chiffres. Parce que c’est quand au fond assez curieux qu’autant de faits aient été avérés sans que des plaintes aient été déposées ».

Le ministre met clairement en doute les chiffres produits par sa propre administration et plus grave encore, on pourrait imaginer qu’il remet en cause la parole même des victimes, laissant entendre que les faits n’étant pas « avérés », ces dernières sont des affabulatrices.

C’est par exemple ainsi que le sénateur LR Marc-Philippe Daubresse défend Gérald Darmanin. « Qui vous dit que cette personne n’est pas une affabulatrice ? », lance l’élu du Nord sur France Info.

Ces défenseurs de Darmanin n’allègent pas le boulet qu’il représente désormais pour le Gouvernement mais contribuent à le rendre plus lourd chaque jour, en montrant leur insensibilité et leur parti pris.

Quant à Éric Dupond-Moretti, il y a des phrases qui lui collent à la semelle depuis sa nomination comme Garde des Sceaux. « Il y a aussi des follasses qui racontent des conneries et engagent l’honneur d’un mec qui ne peut pas se défendre, car il est déjà crucifié sur les réseaux sociaux » avait déclaré l’avocat dans le Magazine GQ à propos du Mouvement #MeToo.

Alors oui, bien sûr, il y a des mis en cause injustement. Et la Justice est là pour les rétablir dans leur honneur. Mais comme les poissons volants, ils ne représentent l’immense majorité des cas. Et surtout on ne bâtira pas des politiques publiques de lutte contre ce mal qu’est le viol qui touche plus d’un million de femmes à chaque génération.

Ces déclarations d’Éric Dupond-Moretti ne sont pas seulement heurtantes. Elles montrent un niveau d’incompétence sur le sujet des violences sexuelles impardonnable pour un avocat pénaliste qui n’a cessé pourtant de prendre des positions véhémentes sur le sujet.

Le moins que l’on puisse faire quand on prend des positions péremptoires est de travailler ses sujets.

« La Justice ne se rend pas dans la rue, ni sur les réseaux sociaux, ni dans les médias » a-t-il solennellement déclaré lors de la passation de pouvoir. Mais pour 99% des femmes victimes de viol ou de tentative de viol, la Justice ne se rend pas du tout.

« Ces chiffres-là me paraissent effrayants s’ils correspondent à une réalité » a ajouté Eric Dupont-Moretti en réponse au député Hervé Saulignac.
Souhaitons donc que les services du Ministère de la Justice et les associations de victimes de violences sexuelles briefent au plus vite le nouveau ministre sur cette réalité qu’il a bien du mal à admettre. Et qu’il fasse en sorte de changer cette réalité.
Vite.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.