Installation de marquages au sol anti-covid dans une école primaire et maternelle - Photo Erquinghem-le-Sec France - Creative Commons.
Installation de marquages au sol anti-covid dans une école primaire et maternelle - Photo Erquinghem-le-Sec France - Creative Commons.

La France fanfaronne et s’enorgueillit d’être la seule nation du monde à laisser ses établissements scolaires ouverts. Bravo. Super. On oublie quand même que non loin de nous, la Belgique a fait le même choix, un peu pour les mêmes motifs. On l’élude peut-être parce que ce pays est celui qui détient par ailleurs à ce jour le triste record du plus grand nombre de morts en Europe.

On notera tout de même que ce cocorico outrancier est surtout déployé par des politiques ou autres experts un peu déconnectés des réalités, qui squattent les plateaux télé pour relayer en boucle une satisfaction en trompe-l’oeil. Dès qu’un témoignage émane du terrain, la tonalité est différente. Plus grave, plus pragmatique, sans que soit perdus de vue l’intérêt des jeunes, petits et grands, et de leurs familles, ainsi que la nécessité d’éviter un décrochage massif d’élèves déjà éprouvés.

Pas question, à ce stade, de rallonger les vacances scolaires, a confirmé dimanche Gabriel Attal. Pendant que Blanquer se remettait de son aérobic outdoor exhibitionniste entouré d’une grappe de bambins masques sous le nez. Il ne conduira pas la liste de la majorité présidentielle en île de France, le ministre de l’Éducation nationale, vous voyez bien qu’il est trop occupé. Au fait, quelqu’un lui a dit qu’il avait tort de penser que les enfants étaient moins contagieux que les adultes ? Oui. Depuis longtemps. Mais le ministre semble un peu sourd. Il n’intègre pas que dans la vraie vie, là où il ne va pas faire de la com, là où tout n’est pas dûment préparé en amont pour sa venue avec une nuée de caméras, c’est l’enfer. La médecine scolaire est sortie de sa boîte lundi pour l’alerter.

Dans un communiqué du Syndicat national des médecins scolaires et universitaires (SNMSU-UNSA Éducation), ceux-ci demandent la fermeture de tous les établissements scolaires pour la durée des vacances de février de l’ensemble des trois zones géographiques, soit quatre semaines, afin de pouvoir faire face au coronavirus dans le vrai monde. Parce que deux semaines ne suffiront pas selon eux.

Il s’agit d’un mal pour un bien, détaille le syndicat, « pour ralentir la circulation du virus afin de tenter d’éviter une fermeture qui risque d’être beaucoup plus longue dans le cadre d’un confinement, ce qui va à l’encontre de l’intérêt des élèves ». Il rappelle au passage que les élèves « sont des maillons actifs de la chaîne de transmission, surtout depuis l’apparition des nouveaux variants »; il confirme que la présence du virus en milieu scolaire est « de plus en plus forte » et met en garde contre le nombre d’établissements scolaires qui « s’épuisent ». Le message est clair. Le gouvernement n’a pas voulu l’entendre jusque-là. Au contraire, tout est fait, tout est dit, pour masquer la situation. Mais les fermetures fleurissent sur le territoire. Ça commence à se voir.

Pendant que les uns se sont mousser sur le double thème de la continuité pédagogique et de la préservation psychologique des jeunes pousses de ce pays, sur le terrain, c’est la galère, le stress, le système D tous azimuts. Avec des personnels de l’Éducation nationale en première ligne depuis près d’un an. Les académies de Besançon, Bordeaux, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble, Limoges, Lyon, Poitiers, sont au repos depuis samedi. Les autres devront attendre : Créteil, Montpellier, Paris, Toulouse, Versailles jusqu’à vendredi soir ; Aix-Marseille, Amiens, Caen, Lille, Nancy-Metz, Nantes, Nice, Orléans-Tours, Reims, Rennes, Rouen, Strasbourg jusqu’au 20 février. C’est loin.

Pendant ce temps-là, les variants, qui gagnent logiquement du terrain, vont continuer à se balader via les asymptomatiques, adultes et enfants, dans les écoles collèges et lycées, tout en se promenant en France grâce au brassage vacancier hivernal, de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud et réciproquement. Est-ce bien raisonnable ? Il est permis d’en douter. Certes, le protocole sanitaire a été renforcé. Avec des consignes qui viennent rejoindre celles déjà accumulées et plus ou moins mises en œuvre. Entre deux « dans la mesure du possible ». 

Outre la fermeture automatique d’une classe en primaire, au collège ou au lycée dès qu’un élève présente une infection par un variant et en maternelle (où les enfants ne portent pas de masques) dès l’apparition d’un cas simple, il est obligatoire depuis lundi, pour tous les élèves, de porter un masque efficace (enfin), c’est-à-dire grand public de catégorie 1, dans les lieux clos et dehors.

Blanquer aurait pu caler l’affaire en amont… quoi qu’il en coûte, anticiper de sorte à équiper les 12 millions d’élèves de ce pays de masques estampillés Éducation nationale, de la même couleur, facilement repérables, pour faciliter un contrôle qui ne se fera évidemment pas. « Il appartient aux parents de fournir des masques à leurs enfants. Le ministère dote chaque école, collège et lycée en masques grand public de catégorie 1 afin qu’ils puissent être fournis aux élèves qui n’en disposeraient pas », est-il gentiment précisé dans le document. On doit donc comprendre qu’il n’y en aura pas pour tout le monde. Raison pour laquelle certaines municipalités en ont fourni, en grinçant des dents.

Nul n’échappe aujourd’hui à la nécessité de s’adapter au jour le jour à un cadre évolutif en fonction du dynamisme du coronavirus et ses amis. C’est ce que font enseignants, élèves et parents. Les laisser se débrouiller, encore, en attendant que les vacances stoppent de fait la circulation du virus est un pari éreintant pour tous, et notamment les personnels éducateurs. Il est grand temps de prendre en compte leurs suggestions afin de mettre sur les rails un printemps plus respectueux de leurs missions et de leur santé. En équipant tous ceux qui le souhaitent de masques FFP2, par exemple.

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