Au musée - Photo Eltpics - Creative Commons

Il y avait jadis, sur France Inter, une émission intitulée « De la musique avant toute chose ». 

Sans verser dans une nostalgie toujours trompeuse, ce temps-là semble s’être fondu dans un autre : celui de la vitesse et de la bêtise triomphante dominée toutes deux par un maître aux dents longues : le marché, ce marché organisateur de ce que Tzvetan Todorov appelait « le nouveau désordre mondial« . De la musique avant toute chose, nous sommes passés, sans nous en rendre compte tant la perversité du « système » est grande, à « de la bêtise avant toute chose ». 

Concept de « bêtise » triomphante que Philippe Meirieu, Denis Kambouchner et Bernard Stiegler ont fort bien décrit dans « L’École, le numérique et la société qui vient » paru aux éditions Mille et une nuits (vous pouvez aussi écouter leur entretien à ce sujet ICI). 

Il me semble urgent et nécessaire de dire que l’École, au sens le plus large et institutionnel du terme, a un rôle capital à jouer pour contrer les effets ravageurs de cette « bêtise » installée chaque soir sur nos écrans. Tous nos écrans. Je dis « chaque soir » car nos élèves ont encore la chance de ne pas être scotchés devant la télévision durant la journée, passant d’émissions d’une rare stupidité à des feuilletons profondément, n’ayons pas peur des mots, débiles. A moins bien entendu de « zapper » vers des chaînes dites « culturelles » mais, autre perversion organisée sciemment, destinées aux initiés à des horaires incompatibles avec les obligations d’un enfant et d’un adolescent.

La culture, les arts, aujourd’hui en France, ne sont pas partagés. Ils sont « réservés ». L’Ecole donc, au-delà de l’Histoire des Arts qu’il faut maintenir et renforcer par tous les moyens, de la maternelle à la terminale, dans toutes les filières, doit être un fer de lance, une « base avancée » du développement, de la vulgarisation DES cultures, DES arts, de TOUS les arts. Je suis aujourd’hui – et depuis fort longtemps – persuadé que les dictatures qui nous écrasent, qui s’installent dans nos « parts de cerveau disponible« , dictatures de la bêtise et du marché, seront combattues par la possibilité offerte à toutes et tous d’entrer dans les « mondes réservés », de les investir et d’y investir.

À condition, bien évidemment, de ne pas se contenter d’un « Pass » de 500 euros offert à l’occasion des 18 ans d’une génération, comme s’il fallait attendre d’être majeur pour « entrer » dans la culture.

À condition de ne pas réduire le PEAC (Parcours d’Éducation Artistique et Culturelle) à un travail très insuffisamment exploité.

À condition de s’opposer très fermement au projet « 2S2C » avec des « activités » (Sic) artistiques et culturelles considérées comme un aimable divertissement, une récréation. Indignes de côtoyer les disciplines nobles. Ce dispositif « 2S2C » pour a pour objet de confier des groupes d’élèves (environ 15) à des animateurs payés par les communes pour des activités « Sport, santé, culture et civisme ». L’ensemble étant réalisé à la place des cours et sur le temps scolaire.

N’est-il pas scandaleux, dramatique, que quatre-vingt pour cent des élèves d’un collège rural – le mien par exemple, mais pas que le mien – n’aient jamais mis les pieds plus d’une fois, en troisième, dans un musée, dans un théâtre, dans une salle de concert ? Ne parlons pas de galeries de peinture ! L’une de mes élèves a cru que j’évoquais la galerie marchande du supermarché voisin !

N’est-il pas tragique que des élèves de collège n’aient pas accès à l’Art sauf une heure par semaine grâce à nos collègues professeurs d’Arts plastiques et de musique qui font tout ce qui est dans leur pouvoir, avec passion, mais dont la parole « compte » si peu lors des conseils de classe?

N’est-il pas signifiant de constater avec tristesse que de nombreux collègues souhaitent la disparition pure et simple de l’Histoire des Arts au collège? Si tel était le cas, ce serait alors laisser porte grande ouverte à la « misère symbolique », dernière marche avant la misère tout court, dont les victimes sont toujours les mêmes enfants, des mêmes catégories sociales, écrasés par la bêtise médiatico-politique.

N’est-il pas dérisoire d’offrir quelques exemplaires (dans trois académies) des Fables de la Fontaine à des élèves entrant en 6e ou de proposer la « Rentrée en musique » – deux opérations lancées par le Ministère de l’Éducation Nationale – plutôt que mettre en place une politique éducative culturelle ambitieuse à destination de tous les établissements scolaires, urbains ET ruraux.

L’École doit être rempart et fer de lance : rempart contre les assauts d’un libéralisme d’une perversité extrême et fer de lance d’une conquête à venir, celle d’une « Éducation artistique vivante » ! Nous, enseignants, quel que soit notre « niveau », quelle que soit la matière enseignée, DEVONS être les « Hussards noirs » d’une nouvelle culture républicaine à diffuser par tous les moyens imaginables, y compris les plus contemporains (Internet entre autres).

 Redonnons la parole à l’intelligence partagée ! Redonnons la parole à l’Art ! Travaillons main dans la main avec les artistes !

 Une éducation culturelle et artistique pour les scolaires et TOUS les jeunes publics !

PS : Pour rappel, l’Éducation Artistique et Culturelle occupait une place majeure il y a quelques temps. C’était dans les années 2016, avec Najat Vallaud-Belkacem et Audrey Azoulay, respectivement Ministre de l’Éducation Nationale et Ministre de la Culture.

Deux liens pour rafraîchir les mémoires de nos dirigeants actuels et pour ne pas laisser s’installer l’idée que rien n’avait été fait avant 2017 :

https://www.education.gouv.fr/le-parcours-d-education-artistique-et-culturelle-peac-4283

https://www.culture.gouv.fr/Presse/Archives-Presse/Archives-Dossiers-de-presse-2011-2018/Annee-2016/Presentation-de-la-charte-pour-l-education-artistique-et-culturelle

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.