« Complémentarité ». C’est juste un mot mais il est lourd de sens et de conséquences. Et ce d’autant plus qu’il est prononcé par une ministre. Et quelle ministre ! La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Élisabeth Moreno.

« Il n’y a pas de plus grande complémentarité qu’entre les femmes et les hommes » a déclaré Elisabeth Moreno lors de sa passation de pouvoir. Une parole consternante, choquante pour toute personne qui attachée aux Droits des Femmes et à l’Égalité tout simplement.

Mais je vous vois venir et vous êtes plusieurs à me dire, mais quoi de plus évident que les femmes et les hommes sont « différents et complémentaires ». Il y a la biologie, la nature. Tout cela serait donc de l’ordre de l’évidence. Balayons cet argument très rapidement. La politique et tout ce que nous construisons socialement depuis des siècles a justement pour objet de nous sortir de l’état de nature.

Mais au-delà l’idée même de complémentarité implique un rapport de dépendance, là où l’idée d’égalité est porteuse d’autonomie et d’émancipation. La complémentarité est le cheval de bataille des anti-féministes, de la droite ultra-conservatrice et de la Manif pour Tous. Ainsi une manifestante ani-mariage pour tous expliquait au journal Le Monde : « Tout le monde doit pouvoir être aimé d’un père et d’une mère. La complémentarité homme-femme est physique et psychique. C’est une injustice d’en priver des enfants. »

Pas si loin de chez nous, en Tunisie, la volonté des islamistes d’Ennahda d’introduire dans la nouvelle Constitution, ce principe de complémentarité avait donné lieu à une bataille homérique pour défendre les acquis et les progrès de la République tunisienne. Et à l’issue d’une longue lutte politique, la Tunisie devenait en 2014 le premier pays du monde arabe à inscrire dans sa constitution l’égalité femmes-hommes, en rejetant ce principe de complémentarité voulu par les islamistes et en consacrant le principe d’égalité ainsi rédigé : « Tous les citoyens et les citoyennes ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont égaux devant la loi sans discrimination aucune ».

Alors entendre une toute nouvelle ministre de la République française citer naïvement ultra catholiques de la manif pour tous et islamistes a de quoi vous décrocher le menton.

Issue de la société civile, ancienne dirigeante d’entreprise high-tech, la désormais « Ministre déléguée auprès du Premier ministre, chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances » a fort à faire pour rétablir sa crédibilité à ce poste.

Voilà qui pose sérieusement la question de l’attitude d’Emmanuel Macron en faveur des Droits des Femmes. De Grande cause nationale, sans moyens, ni volonté politique, on est passé carrément à une situation où la ministre en charge de l’égalité défend l’inégalité. Si l’on ajoute à cela la nomination au Ministère de l’Intérieur de Gérald Darmanin sous le coup d’une plainte pour harcèlement et viol, plainte que la Justice va instruire, et le choix à la Justice d’Eric Dupond-Moretti qui n’a eu de cesse d’attaquer le mouvement #MeToo, Emmanuel Macron démontre que son soi-disant engagement n’était que pur affichage.

Ce que Caroline de Haas, du collectif « Nous Toutes » résume de manière cinglante dans une déclaration au Monde : « Je suis choquée, c’est sidérant de mépris, estime Caroline De Haas, du Nous toutes. Jusqu’à présent, Macron avait un désintérêt poli et neutre pour les droits des femmes, là on passe à un désintérêt agressif et militant. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas été face à un gouvernement très clairement antiféministe. »

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