Emmanuel Macron au Panthéon pour célébrer "150 ans en République" le 4 septembre 2020 - Capture vidéo Nos Lendemains.
Emmanuel Macron au Panthéon pour célébrer "150 ans en République" le 4 septembre 2020 - Capture vidéo Nos Lendemains.

Le Président Macron a prononcé un discours ce vendredi 4 septembre au Panthéon, discours supposé célébrer les 150 ans de la proclamation de la République par Léon Gambetta, un 4 septembre 1870.

Ce moment solennel fut aussi l’occasion de transmettre quelques messages politiques plus actuels, ceux-ci passant en revue la « République sociale », le « séparatisme » et la « sécurité ».

Comme le rappelle Vincent Martigny, interrogé par le journal Le Monde en date du 5 septembre:

« Parler de la République en France, c’est une formule convenable pour parler d’identité politique, ce ne sont pas des discours neutres. C’est préparer la présidentielle« .

En écoutant Emmanuel Macron, bien des passages ont du faire sursauter. Le candidat Macron puis le Président de plus en plus candidat à sa propre succession, sur ce sujet de la République comme celui de la laïcité, a eu des prises de position pour le moins « élastiques », tellement qu’elles enveloppent l’attitude du Chef de l’Etat dans un flou manié avec maestria. Hélas.

Une phrase – par exemple – a beaucoup surpris:

« On ne choisit jamais une part de France. On choisit la France« .

Rien n’est plus faux!

Historiquement, il est arrivé que des Français – ou des étrangers qui eux n’ont pas toujours choisi, la vie leur imposant un pays qui n’était pas celui de leur naissance et qui l’ont aimé souvent bien davantage que les « Français d’origine »- aient à choisir UNE part de France.  Historiquement, mais aussi philosophiquement et sociologiquement surtout, il existe bien des « parts de France ». Très souvent, le choix est contraint. Selon que l’on nait à St Cloud ou en banlieue nord de Marseille. Les communautés de destin ne sont alors plus les mêmes et bien des Français se sentent à part dans leur « part de France ». À part et enfermés à vie, sauf pour de magnifiques mais encore trop rares exceptions…

La phrase d’Emmanuel Macron, très belle en apparence, exprime un idéal qui n’est que baudelairien. C’est à dire décrivant des destins souvent réduits à de vagues idées généreuses, jamais traduites en actes. Des rêves inassouvis entraînant les révoltes des délaissés, des oubliés, des invisibles…

La République – cette idée pas si neuve en France puisque dès le Moyen Age la Provence expérimentait des « Républiques sans roi » – défendue, voulue par Emmanuel Macron (République qu’il confond avec la France, commettant une lourde erreur d’analyse) est UNE République « construite » pour plaire à une frange de l’électorat: la droite républicaine française.

Le Président de la République, chacun le sait et lui-même ne s’en cache même pas, est entré dans la campagne présidentielle. 2022, c’est demain et le « Président/candidat » sait qu’il ne pourra pas renouveler le hold-up dégagiste de 2017. Il doit trouver des soutiens plus « traditionnels » politiquement. Ces soutiens sont à droite et il offre donc à cette droite la vision de la République que celle-ci attend. Hier encore, Emmanuel Macron ne donnait à cette droite que des gages économiques. Depuis le discours du Panthéon, il démontre qu’il est désormais en phase avec leurs valeurs. Le candidat du « Ni droite ni gauche » et du « En même temps paré d’un air glorieux » comme le déclare Cécile Alduy dans Le Monde, se mue à très grande vitesse, en candidat qu’adouberaient sans l’ombre d’un doute un Nicolas Sarkozy, un François Fillon, une Valérie Pécresse, voire un Bruno Retailleau. L’objectif étant d’étouffer le parti LR en espérant in fine un « remake » du duel face à Marine Le Pen, duel que le Président semble certain de remporter. Mais duel que les Français, d’après la totalité des sondages, ne souhaitent pas voir se renouveler.

Hélas, pour le moment, la gauche encore désunie, n’est pas en mesure de proposer l’élément nécessaire à une véritable alternative: une politique de droite OU une politique de gauche. Pour finir et pour illustrer, de manière presque caricaturale tant elle est grossièrement mise en musique, ce glissement à droite, le Président de la République a choisi, depuis quelques mois, d’enfourcher le thème de la sécurité associée – j’allais écrire « évidemment » – à l’immigration. Il est permis d’imaginer les roucoulements de plaisir des responsables LR. Ce choix, s’il peut s’avérer payant électoralement, risque néanmoins fort de tromper les citoyens quant aux véritables débats qui, à court terme, s’imposeront. S’imposent déjà:

  • L’Europe et ce qu’on en fait, collectivement, politiquement, culturellement, socialement;
  • L’environnement et tout ce que ce thème induit en termes de choix de vie, de choix de société, de choix d’éducation;
  • L’Égalité Femmes/Hommes;
  • Les politiques culturelles;
  • Les politiques de santé;
  • La remise en lumière des « invisibles » (sous peine de révoltes violentes extrêmes);

Et j’en oublie évidemment mais je ne cite que ceux qui, indubitablement, construiront l’avenir commun, feront que nous partagerons des destins communs. A contrario, en suivant le Président de la République dans sa vision à courte vue, plus électoraliste que gardien d’une République « maison commune », la France et les Français doivent se préparer à des lendemains désenchantés.  

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