Orage d'été - Photo George Thomas - Creative Commons.
Orage d'été - Photo George Thomas - Creative Commons.

Vous connaissez ces soirées d’été, où l’on se prélasse en terrasse, ou au bord d’une piscine en regardant disparaître les derniers rayons du soleil ? Et l’on entend au loin comme un roulement, un bruit sourd qui promet l’orage. On ne sait s’il sera violent, ou s’il passera à côté. Si la pluie creusera les jardins et noiera quelques tentes de vacanciers, ou si elle se contentera d’abîmer quelques plantes et de rafraîchir l’atmosphère. On l’entend arriver, gronder, on s’y prépare…

La situation du pays, en cette fin d’été, a quelque chose de ces soirées d’orage. Nous voyons tous que l’épidémie semble repartir – mais à quelle vitesse, de quelle ampleur sera la vague ? – et que la crise économique va, est même déjà en train de frapper – mais frapper qui ? quels emplois, quelles filières, et comment ? combien de temps ?

Déjà, quelques indicateurs sont là. Côté économique, la ministre Élisabeth Borne a confirmé il y a quelques jours déjà 275 « plans de sauvegarde de l’emploi » (cette expression incroyable qui désigne des plans sociaux, autre expression euphémisante pour désigner des plans de licenciement… dans notre pays, on croit qu’en changeant les mots on change la réalité). Eurostat indique qu’au 2e trimestre 2020, le PIB est en baisse de 12,1% dans la zone Euro, et l’INSEE indique que le nôtre se contracte de 13,8%. On nous a dit et répété que cette crise pourrait être « la plus dévastatrice depuis 150 ans ». Quand on pense que le pays a mis dix ans à retrouver le niveau de chômage d’avant-crise de 2008, et que de très nombreux Français n’ont connu depuis des années que le déclassement et la dépossession économique, comment peut-on imaginer encore pire ?

Habitués à l’idée que notre pays est « en déclin » (nous Français sommes champions du monde du déclinisme, et l’actualité ne va pas nous en guérir…), en voie de dévitalisation économique certes lente mais avancée, les Français sont nombreux à regarder les milliards d’argent public valser au-dessus de leurs têtes avec scepticisme : jeter de l’argent sur une économie qui battait déjà de l’aile, sans réelle vision stratégique (que l’on puisse distinguer, du moins), cela suffira-t-il ? S’il suffisait d’investir pour rendre notre industrie compétitive, pourquoi diable ne l’a-t-on pas fait avant ? Quelle est la stratégie, l’économie et le modèle de consommation que l’on cherche à bâtir pour demain ? Nous aurait-on menti sur la disponibilité de cet argent public soudain gratuit et abondant ? Ou bien alors, nous prépare-t-on un tour de vis fiscal majeur, comme en 2012-2013 mais en bien plus dûr, une fois que les « grandes entreprises » auront été sauvées ? Autant de questions qui restent sans réponses, qui tournent et tournent dans les esprits et commencent déjà à gâcher les derniers jours de vacances…

Voilà pour l’orage économique qui vient et les incertitudes nombreuses qu’il véhicule. Mais depuis quelques jours ce sont les indicateurs sanitaires qui inquiètent de plus en plus les Français. Les derniers sondages montrent même que nos concitoyens sont désormais plus inquiets en raison du COVID que de la crise économique.

Il y a cette « guerre des masques », qui cristallise bien des angoisses, des tensions, des malentendus, et illustre une fois de plus la crise de défiance immense entre le peuple et les autorités. Mais au-delà de ce pugilat national, chacun guette les chiffres : nombre de contaminés, nombre d’hospitalisés, nombre de morts… quel indicateur est le bon ? Quand certains médecins ou influenceurs nient catégoriquement la reprise épidémique, alors que d’autres disent depuis des semaines que la situation est au bord de l’explosion, qui croire ? De contradiction en débat, de démentis en querelles de chiffres, il n’est pas étonnant que les Français croient à peine les autorités scientifiques, selon ce que nous apprennent les sondages, et encore moins le gouvernement ou les médias. Vers qui se tourner, lorsque ceux qui devaient nous protéger ont vraisemblablement occulté une part de vérité qui ne leur convenait pas (l’utilité de masques et de tests dont nous ne disposions pas), au moment du confinement ? Lorsqu’une partie du monde médical peut être soupçonné d’avoir des conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique, malgré les efforts conséquents réalisés pour clarifier la situation depuis une dizaine d’années ? Lorsque personne ne semble disposer de toutes les informations, à part peut-être un gouvernement dans lequel la majorité des Français n’ont hélas plus confiance ? Comment débattre et décider, lorsqu’on ne parvient même pas à converger sur un diagnostic de la situation ? À l’ère de la post-politique, de l’hyper-défiance et des fake news, nous réalisons qu’il est bien difficile de décider collectivement et d’agir.

Alors nous attendons l’orage, mi-fascinés, mi-pétrifiés, en espérant qu’il passera à côté …

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