Artistes, autistes, il n'y a qu'une lettre - Photo Oleiade - Creative Commons

Aujourd’hui c’est Ryzlaine Znouba, étudiante à Sciences Po, qui nous propose ce témoignage et cette alerte.

Cet oxymore n’a jamais revêtu autant de signification qu’aujourd’hui, alors que mon petit frère ne peut toujours pas être déconfiné et qu’il ne peut crier lui-même cette injustice. Je sais pourtant qu’il n’est pas le seul, puisque des centaines de milliers d’enfants autistes et handicapés mentaux sont les grands invisibles de la crise sanitaire. Laissés sans solution adéquate, abandonnés par l’État et écartés de la sphère médiatique, c’est pour eux que j’écris.

Pour eux, qui sont aussi en première ligne, par la force des choses. En effet, de nombreux Instituts Médico-Educatifs (IME), structures trop rares et si indispensables à la prise en charge d’enfants et adolescents handicapés, ont été réquisitionnés et transformés en hôpitaux pour les malades du Coronavirus. Cette décision, très peu mise en lumière par les Agences Régionales de la Santé, les laisse sans foyer, alors que nombreux sont les parents ne pouvant s’occuper correctement d’eux par manque d’espace, d’énergie, de moyens. Aucune aide, en effet, n’est versée à ce public extrêmement vulnérable tandis que le déclassement social causé par la crise économique ne fait et ne fera qu’empirer les disparités préexistantes.

Le cynisme froid du gouvernement face à la gravité de la situation est peut-être ce qui est le plus dangereux. L’attestation de sortie mise en place le 2 avril ne concerne qu’une partie des personnes handicapées mentales capables de lire, d’écrire et de se déplacer de façon autonome. Or, la majorité des autistes – soit près de 700 000 personnes selon l’Inserm, et un chiffre croissant – est non verbale, c’est-à-dire dans l’incapacité de formuler clairement ses besoins. Il en résulte que ma mère, comme tant de parents, a dû se battre pour placer son enfant dans un centre aéré adapté, qui, s’il permet aux adolescents de sortir et de s’épanouir, ne compte pas assez de places par rapport à la demande et ne permettra le déconfinement de ses pensionnaires qu’à la fin du mois de mai. Deux mois et demi sans aucun contact avec son enfant, une éternité qui n’est malheureusement pas le pire scénario à l’heure actuelle.

En effet, j’écris aussi pour les enfants handicapés de personnels du corps médical, d’agents d’entretien, d’enseignants, d’aides à domicile, de caissières, et leurs familles, qui souffrent doublement de la situation. Pour les adultes qui ne peuvent plus bénéficier des soins d’éducateurs, de psychologues ou psychomotriciens, cette routine absolument essentielle à leur vie, particulièrement chez les autistes. Pour tous ceux dont le traitement s’est arrêté et qui en pâtissent en silence, tandis que les coupes budgétaires s’accumulent et que le cabinet de la Ministre Sophie Cluzel se fait silencieux, ou bien qu’ils communiquent des consignes contradictoires. Quel avenir est-il à prévoir pour ces populations invisibilisées ?

Je ne le sais pas plus que vous. Je suis seulement convaincue que la gestion de la crise sanitaire n’arrangera en rien la situation d’ores et déjà précaire des handicapés mentaux en France. C’est pour cela qu’il est indispensable de partager l’insupportable réalité qui est celle de milliers de personnes. Que cette pandémie nous apprenne à être plus solidaires, véritablement inclusifs, à l’écoute aussi de ceux qui n’arrivent pas à se faire entendre.

C’est pourquoi j’écris aujourd’hui ; parce que ce n’est plus le silence de mon frère autiste qui me peine, c’est le silence de l’État sur les autistes qui le fait, et qui les tue.

Ryzlaine Znouba, étudiante à Sciences Po.

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