"Tilikum", l'orque que l'emprisonnement et la souffrance ont rendue folle.
"Tilikum", l'orque que l'emprisonnement et la souffrance ont rendue folle.

« Fauves, éléphants, orques, dauphins ou encore visons : il est temps d’ouvrir une nouvelle ère dans notre rapport à ces animaux ». Dixit Barbara Pompili.

Bravo. Merci. Oui, il est temps. ENFIN. Enfin les lignes vont bouger, un peu. ENFIN la souffrance animale va être prise en compte. ENFIN on peut rêver qu’elle soit un jour bannie de tout ce qui est divertissant pour l’homme. Un « réveil des consciences », salué par Allain Bougrain-Dubourg sur LCI mardi soir. Même s’il regrette que ce réveil soit tardif et pas assez radical : « La souffrance n’attend pas ».

Barbara Pompili a donc surpris son monde mardi matin, en annonçant une série de mesures dont l’application concrète reste à définir mais, au moins, c’est dit, et ce sera fait : fin progressive de la faune sauvage dans les cirques itinérants ; fin de la présence d’orques et dauphins dans des delphinariums inadaptés ; fin des élevages de visons pour leur fourrure.

Sur chacun de ces points, la ministre de la Transition écologique a apporté des arguments irréfutables, sans mettre en cause les professionnels concernés par ce coup de tonnerre, ni leur respect pour les animaux avec lesquels ils travaillent. Ils seront accompagnés, a assuré Barbara Pompili, notamment les cirques : « On leur demande de se réinventer. Ça va être une période où ils vont avoir besoin de soutien, l’État va être à leurs côtés ». Comment ? Ce n’est pas très clair pour l’heure, d’où l’inquiétude des professionnels, dont les chapiteaux sont déjà refusés dans de nombreuses villes françaises.

Les éleveurs de visons aussi font grise mine. Le chiffre d’affaires réalisé par la filière en France s’élève à 300 millions d’euros, via quatre élevages et 2.500 salariés. Yves Salomon, premier fabricant français de vêtements de fourrure, a menacé de délocaliser « dans des pays plus accueillants en termes de tradition patrimoniale et de savoir-faire », relate le JDD. On espère qu’il y en aura de moins en moins, et sinon, bon vent et sans regret.

Pompili poussée par une opinion publique favorable

Du côté des parcs d’attractions marins aussi, on encaisse mal cette évolution. Le responsable du Marineland d’Antibes, plus grande structure d’Europe, qui a enregistré 800.000 visiteurs en 2019, déplore une interdiction « injuste et injustifiée ». « Notre métier, c’est le bien-être animal, l’éducation, la recherche et la conservation, donc on ne comprend pas cette décision ». Forcément. Nous, on comprend. Selon le Whale and Dolphin Conservation (WDC), les dauphins nés en captivité ne vivent que 9 ans et 22 jours, contre 14 ans, 9 mois et 20 jours pour ceux qui ont été capturés dans leur enfance. Dans la nature, les grands dauphins vivent généralement entre 30 et 50 ans. Les grands dauphins en captivité seulement 12 ans en moyenne. Ce qui tendrait à laisser penser qu’ils vivent mieux en liberté, comme vous et moi.

Barbara Pompili a été accusée par ceux que ces dispositions ciblent de manœuvre politique visant à se mettre dans la poche les écolos et les animalistes. Même si c’est le cas, la ministre a toujours été très claire sur ces questions et elle est fidèle à ses convictions. Poussée par une opinion publique favorable, elle avance sur ce front. Tant mieux.

Elle a justifié chacune de ces mesures avec précision. Concernant les animaux de cirque : « Certaines espèces ne sont pas faites pour une vie d’itinérance. Nous allons donc avancer progressivement vers la fin des animaux issus d’espèces sauvages dans les cirques itinérants ».
À propos des visons, animaux morts préférés des adeptes de signes extérieurs de richesse : « Nous ne pouvons plus élever des animaux sauvages dans le seul but de les abattre pour être portés en vêtement ». Non, nous ne pouvons plus, il était même urgent que ça s’arrête, les lapins Orylag attendent leur tour avec impatience : une quinzaine d’élevages, 60.000 lapins par an. Poke.

« Les bouchons de champagne sont en train de sauter ! »

Au sujet des parcs d’attractions marins : « Des études récentes montrent combien les orques et les dauphins ont conscience de leur captivité. Nous allons interdire leur présence dans les delphinariums, qui ne répondent pas à leurs besoins de mammifères marins ».

Là, déclic. Pensée immédiate pour Tilikum. Orque héroïne malgré elle du terrible documentaire « Blackfish ». À voir absolument par tous ceux qui douteraient du calvaire infligé aux orques, dauphins et autres mammifères marins dès lors que l’homme leur impose de vivre en captivité, même avec les meilleures intentions, c’est-à-dire quand elles ne sont pas purement mercantiles. Entrecoupé de témoignages de spécialistes qui luttent pour le maintien de ces animaux à l’état sauvage, le film retrace la vie d’une orque capturée en 1983 au large de l’Islande. Emprisonnement et souffrances en ont fait un monstre qui a fini par tuer sa dresseuse, Dawn Brancheau, en 2010, au parc SeaWorld.

Si les professionnels sont vent debout, les annonces de Barara Pompili ont été accueillies très favorablement par les associations de protection animale.
Peta France évoque un victoire historique. « Les bouchons de champagne sont en train de sauter ! ». La Ligue de protection des oiseaux (LPO) a remercié la ministre : « La place des animaux sauvages est dans la nature. A nous de mieux la préserver ». Même la Fondation Brigitte Bardot a exprimé sa gratitude à Barbara Pompili, en lui adressant un « immense merci ».

Ce n’est qu’un début. Des voix s’élèvent déjà pour dire qu’on ne peut pas à la fois interdire l’exhibition de fauves au cirque et autoriser la torture méthodique et programmée de taureaux dans l’arène ou la traque de cerfs qui s’épuisent jusqu’à cracher du sang avant la curée. Pour une poignée de quidam que ça amuse.

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