Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale lors du discours de politique générale - Capture TV Nos Lendemains.
Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale lors du discours de politique générale - Capture TV Nos Lendemains.

Ensauvagement : voici le nouvel élément de langage pour lutter contre ce qui n’était encore, il y a quelques jours, que des « incivilités » dans la bouche d’Emmanuel Macron.

Nous sommes donc passés de quelques cas d’actes barbares purs et durs, insupportables, avec lesquels il faut être intraitable dans la réponse policière et judiciaire, à une société qui s’ensauvagerait jour après jour si l’on en croit les propos du ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin.

Le terme n’est pas innocent. Il émane directement de l’extrême droite qui remporte bataille culturelle sur bataille culturelle. Après la reprise par le Chef de l’État du terme « séparatisme », Gérald Darmanin utilise donc ce mot d’ensauvagement qui insinue que notre société serait en marche, de manière inéluctable vers la barbarie si on n’y met pas bon ordre. Et chacun de rappeler, pour défendre ce terme, l’expression d’un grand ministre de gauche et républicain, Jean-Pierre Chevènement, qui, en 1999, avait évoqué les « sauvageons ». Nous rappelons à tous ceux qui s’appuient sur cette expression pour justifier l’autre que « sauvageon » et « ensauvagement » ne ressortent pas du même principe.

Les sauvageons désignaient ces bandes de jeunes qui commettaient infractions et actes délictueux, caractérisés par une jeunesse sans éducation, sans cadre suffisamment strict pour les canaliser. A l’époque, la gauche avait critiqué Chevènement qui s’en était sorti par une pirouette en parlant de l’autre signification de « sauvageon » : un arbre non greffé.

L’ensauvagement, c’est autre chose. Ce terme désigne quasiment une culture de l’agression, du meurtre, de la barbarie, qui serait en train de gagner la société française. Elle déshumanise les individus pour tirer un concept global, abstrait qui ne génère aucune valeur, si ce n’est une fracture plus grande encore. Là où l’expression « sauvageon » est neutre, le terme « ensauvagement » implique une dimension ethnique évidente. Le ministre de l’Intérieur aurait pu parler des actes de barbarie, avec lesquels il faut être aussi féroce judiciairement qu’ils le sont physiquement et moralement. Il aurait pu démontrer sa fermeté avec d’autres mots mais il a choisi celui-ci a dessein, comme si le clin d’œil à l’extrême droite suffisait à ramener dans le bercail de la droite, et donc d’Emmanuel Macron, ces français qui votent RN et méprisent les pâles copies qu’à leurs yeux, on leur propose.

Plus grave, alors que ce mot fleurit dans le débat public, au plus haut niveau de l’État républicain, saluons les pudeurs de gazelle des mêmes qui refusent le terme de « violences policières ». C’est d’autant plus inquiétant que ce refus est venu de la nouvelle défenseure des droits, Claire Hedon.
À peine nommée, elle a cru bon de préciser à quel point elle n’aimait pas cette expression stigmatisante pour les forces de l’ordre, alors que l’on parle bien de « violences conjugales » sans insinuer que tous les époux battent leurs épouses. En clair, « ensauvagement » et « séparatisme », on a le droit, « violences policières », c’est interdit !

Inutile d’être grand clerc pour deviner le chemin qui se dessine : le sécuritaire à tout crin, à tout va, sans les nuances vitales au bon fonctionnement de la démocratie. Au risque de déporter le débat politique tellement à l’extrême de la droite et d’être emporté par la vague qu’on a soi même alimentée.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Claude

    Il n’est pas nécessaire de rédiger un article de sémantique comme celui-ci pour s’apercevoir que la société devient de plus en plus violence !

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