Eric Dupond-Moretti à l'Assemblée nationale perdu dans ses amendements - Capture vidéo.
Eric Dupond-Moretti à l'Assemblée nationale perdu dans ses amendements - Capture vidéo.

On avait presque « mal » pour lui. Mal … entendons-nous bien. Une douleur relative par rapport aux grandes douleurs de la vie mais tout de même … Voir le prince des prétoires, l’Acquitator redouté de la partie adversaire, le stentor dont la seule évocation du nom faisait trembler le tribunal, voir Eric Dupond-Moretti ânonner, sur son banc de ministre, les amendements, se perdre dans ses feuilles, hésiter … Tout cela laisse rêveur. Mais qu’est-il allé faire dans cette galère ?

L’assemblée est une fosse aux lions, et accuser l’opposition de ne pas être « gentille » avec le ministre, c’est un peu comme accuser un chat d’avoir des griffes. Pourquoi serait-elle tendre avec ce Garde des Sceaux un poil arrogant et nommé pour faire briller un remaniement terne et sans surprise ?

Pourquoi un grand avocat ferait-il un bon ministre de la justice ? N’est pas Robert Badinter qui veut et surtout un grand ministre se révèle avec une grande loi.

Nous nous étions posé la même question pour Françoise Nyssen, la papesse de l’édition française, à la tête d’une maison de grande qualité, Actes Sud. Elle a lamentablement échoué au ministère de la Culture.

Comme a échoué l’égérie de l’écologie, Nicolas Hulot, tellement lassé par l’exercice rébarbatif du pouvoir ministériel qu’il a décidé, en son âme et conscience, de claquer la porte.

À regarder Eric Dupond-Moretti, sans le lustre qui le caractérise, l’aisance et la gouaille, souffrir sur son banc, on peut se demander combien de temps il tiendra dans de rôle à la fois très vaste dans les attributions et très étriqué dans l’exercice.

Un tel tempérament peut-il contenir, dans un tel portefeuille ? Le Garde des Sceaux a évidemment à cœur d’aller au bout de sa promesse et de ne pas trahir la confiance mise en lui par Emmanuel Macron. Mais les oppositions, qui sont strictement dans leur rôle, comme la droite hier sur la PMA, ne lui feront aucun cadeau et elles ont raison. C’est l’un des arts de la politique : porter le fer dans la plaie jusqu’à l’estocade. Nous n’en sommes évidemment pas là et, s’il faut se réjouir de l’adoption de la PMA, l’enjeu pour Éric Dupond-Moretti est ailleurs : obtenir des rallonges de budget car la justice, avec ses 8 milliards dont la moitié va à l’administration pénitentiaire, fait figure de lumpen prolétariat au sein du gouvernement ; mettre de l’ordre entre parquet et le siège, entre le pouvoir politique et le pouvoir judiciaire, fluidifier les rapports entre la Place Vendôme et la place Beauvau.

Pour le moment, EDM est encore fort de son lien direct avec le Président qui l’a fait venir. Comme était forts Nicolas Hulot et Françoise Nyssen. Mais ces liens, dans l’exercice du pouvoir, ne sont durables que s’ils sont rentables pour un chef de l’État quel qu’il soit. Éric Dupond-Moretti est donc condamné à apprendre vite, très vite le métier.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    Badinter fût indéniablement un grand Ministre de la Justice et l’honneur de la gauche.
    Malheureusement son nom restera également lié à la très contestable loi El Khomeri.
    On peut-être progressiste sur le sociétale et réactionnaire dans les rapports de classe.

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