"Visibiliser ceux que l'on cherche à disperser" - Place de la République, Paris - Photo Médecins du Monde.
"Visibiliser ceux que l'on cherche à disperser" - Place de la République, Paris - Photo Médecins du Monde.

Voilà où mène le jeu avec les mots, les symboles, les concepts, les lois … A de nouvelles dérives, hier soir, place de la République. Qu’on évacue un camp de migrants, sans avoir un accueil digne de ce nom à leur proposer, dans des conditions qui étaient assez brutales hier soir, est déjà une faute morale lourde. Il s’agissait , rappelons le, d’une manifestation pacifique pour alerter l’opinion sur le cas de ces mille personnes qui errent dans la rue depuis l’évacuation du campement de la porte de Saint Denis, il y a une semaine . La plupart de ces femmes et des ces hommes viennent du Soudan, de l’Afghanistan et de’ Érythrée, où sévit l’un des pires dictateurs de la planète . Se faire gazée et matraquer n’est pas supportable Que cette évacuation se déroule de la façon dont elle s’est déroulée hier soir, avec, à nouveau, des gestes inacceptables de la part de certains policiers, ça n’est plus possible ! Et arguer du fait qu‘Il s’agissait d’une manipulation de la misère humaine par des associations d’extrême gauche l’est encore moins !

Nous ne sommes pas une « démocrature », dans laquelle tous les coups seraient permis avec une impunité zéro pour les forces de l’ordre ! Nous sommes un état de droit, une grande République, une grande démocratie solide, ancrée dans des valeurs éternelles et il ne saurait être question qu’elles soient foulées de manière récurrente à chaque manifestation. Est-il normal que les manifestants se fassent crocheter par des policiers ? Est-il normal que des journalistes (car ce sont bien des journalistes qui travaillent sur de nouveaux médias numériques) est-il normal qu’ils se fassent molester par les représentants de l’ordre plusieurs fois dans une soirée, comme ça a été le cas pour Rémy Busine ? Gérald Darmanin peut bien estimer que certaines images sont choquantes et qu’il demande un rapport circonstancié, il est celui qui a allumé toutes les mèches avec la loi Sécurité Globale et l’article 24 ! En cédant à la pression des syndicats de policiers, il a mis le doigt dans un engrenage tel que l’on ne peut plus envisager sereinement de manifester sans une angoisse sourde dans ce pays ! 

Et que dit Emmanuel Macron ? Pourquoi laisse-t-il faire son ministre ? Quel gain croit-il pouvoir en tirer ? Les débordements et les bavures, les mutilations pendant les manifestations des gilets jaunes puis, dans une moindre mesure, pendant les conflits sur les retraites ne lui ont pas suffi ? Pense-t-il sérieusement qu’il en tirera un bénéfice électoral sur ce besoin d’ordre ? Il n’y a pas d’ordre sans justice et une démocratie solide ne devrait pas se durcir à ce point face à toute forme de protestations. C’est en réalité une grande marque de faiblesse de ne répondre à la contestation que par la matraque.

Poser ces questions et se révolter face à ces façons d’agir ne signifie pas « détester » la police. Comme tous les citoyens, nous respectons les forces de l’ordre, l’un des piliers de la démocratie mais parce qu’elles ont le privilège de la « violence légale », cette horrible expression, elles ont aussi le devoir d’exemplarité. Le devoir absolu et non le devoir relatif.

Il ne saurait être question ici de nier leurs difficultés, ce qu’elles vivent au quotidien, ces mille agressions qu’elles subissent, leur manque de moyens et leurs salaires médiocres. Mais en aucun cas, elles n’ont le droit de dévier, un peu plus chaque jour, à Paris en tout cas, au point de provoquer la peur chez des citoyens qui n’ont rien de racailles patentées ou de hors la loi. Jouer avec les lois, laisser les ministres taper sur « l’extrême gauche » comme Jean Michel Blanquer, et transformer peu à peu le champ politique en affrontement entre deux extrêmes pour se positionner en voie du milieu, est une stratégie cynique et un mauvais calcul. À force de manipuler les mots, de tordre les instituions, on finit par favoriser justement ces extrêmes que l’on croit combattre.

Ce gouvernement est en train de faire naître une telle rancœur, une telle colère dans une partie non négligeable de l’opinion qu’il lui sera difficile de ramener cette partie aux urnes, même face à un duel avec l’extrême droite. À force de penser qu’on est plus malin que tout le monde et que, quoiqu’il arrive, on gagnera à la Pyrrhus, l’Histoire peut se faire un malin plaisir de vous donner une bonne leçon, terrible pour soi-même et terrible pour un pays.

À force de singer la droite la plus dure, celle que l’on croyait oubliée, celle des Pasqua-Pandraud, celle même des Poniatowski, on ne fait que renforcer, raviver, nourrir un peu plus encore ce que l’on croit combattre. C’est le drame du « en même temps », qui, peu à peu, se dissout pour ne laisser que le torrent furieux des colères s’exprimer dans le vote ou l’abstention. Il est temps de se réveiller, de remettre de l’ordre juste dans la maison police/justice et de gouverner avec humanité sans attendre de retour. Vœu pieu ? Pas sûr ! Même les plus cyniques peuvent aussi trouver un intérêt à calmer le jeu. Il est plus que temps car le désespoir social qui va naître de la covid allié à une fragilité telle sur le plan politique, fabriquent un très mauvais cocktail pour 2022. 

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Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    Cette violence n’est pas la conséquence du en même temps. Elle est la conséquence de la gestion d’un pays comme d’une entreprise. D’une majorité sans aucune expérience politique pour qui gouverner c’est communiquer, mentir, passer en force. Un Gouvernement qui a la bouche pleine du mot République mais qui la bafoue tous les jours. Incapable de solutions politiques, ils ne restent que l »option de la matraque. Ils ont mis le doigt dans un engrenage dont pour notre malheur ils vont avoir du mal à sortir.

  2. Emma

    La droite extrême dont Devecchio est un beau spécimen qui n’a pour tout viatique que l’anti immigration, l’anti fonctionnariat, l’anti impôt ne peut imaginer que l’on puisse avoir des convictions humanitaires et les défendre. Elle ne peut penser qu’en terme d’instrumentalisation politique. C’est triste d’être aussi asséché.

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