Le rai de lumière et l'hirondelle - Photo Guillaume Piolle / Creative Commons BY 3.0
Le rai de lumière et l'hirondelle - Photo Guillaume Piolle / Creative Commons BY 3.0

À dire vrai, il est quasiment impossible d’établir aujourd’hui la liste des plans sociaux et des destructions d’emplois en France, cortèges désastreux de la pandémie mondiale.

Des groupes, déjà en mauvaise posture avant l’épidémie, vont mettre a clé sous la porte ou l’on déjà fait : c’est le cas de Camaïeu, d’Alinéa, de Thomas Cook France ou du Groupe André. Nos voisins sont aussi frappés : le dépôt de bilan de Blanco, le groupe textile espagnol présent dans 27 pays et employant 2000 salariés a sonné l’alerte en Espagne. Voilà pour les cessations d’activités pures et simples. Mais il y a aussi les plans sociaux très spectaculaires qui frappent l’industrie automobile comme Renault ou l‘aéronautique comme Airbus ou Air France : la litanie des licenciements par milliers ne fait que commencer, entraînant l’ensemble des sous-traitants qui vivent grâce à la bonne santé de la filière.

On parle des plus visibles, comme Derichbourg mais la France compte une myriade de PME, adossées à l’industrie aéronautique. À Tarbes, par exemple, la Socata qui fabrique des avions de tourisme et d’affaires et constitue un réservoir d’emplois dans un département laminé sur le plan industriel, la Socata annonce le non renouvellent des contrats d’intérim et la suppression de 170 postes. Au total 300 personnes resteront sur le carreau. Combien de Socata en France, possédant un réel savoir-faire, vivant sur le fil depuis des années et qui constitueront le gros du bataillon des chômeurs, ces licenciements à bas bruit pour tenter de survivre, dans ces PME qui constituent le tissu économique majoritaire dans notre pays. Et que dire de l’hôtellerie/bars/restauration. Si la plupart des palaces des stations balnéaires sont fermés, en raison de l‘absence de la clientèle étrangère, ils appartiennent souvent à des groupes qui ont les reins solides. Quid des hôtelleries familiales, des petits restaurants, des bars de villages qui, bien souvent, restent le seul lien social dans nos campagnes ? Certes, les Français sont restés majoritairement dans le pays pour les vacances mais ce qui est perdu est perdu et une saison raccourcie, aussi bonne soit elle, ne peut pas compenser les pertes durant 4 mois. On précisera également que, si la France est un beau pays, toutes les régions ne sont pas « touristiques ». 

Face à cette avalanche de plans sociaux et de destructions d’emplois industriels et de service, le gouvernement va aider, accompagner, comme il l’a toujours fait depuis le début de la pandémie. Mais les aides ont une fin. L’URSSAF recommence à tomber comme à gravelotte et tant pis pour ceux qui espéraient des annulations de charges : reporter ne signifie pas ne pas payer. Idem pour les prêts garantis par l’État. Il faut bien un jour les rembourser. À situation inédite, créativité. Et la lumière vient de l’Allemagne.

Il y a quelques mois, la Première ministre de Nouvelle Zélande, adulée dans son pays pour la gestion du Covid, Jacinda Ardern, avait demandé aux chefs d’entreprise de son pays de réfléchir à la semaine de 4 jours pour sauvegarder le maximum d’emplois. Une proposition saluée aux antipodes mais considérée comme folklorique en Europe … Vous comprenez, nous répondait-on, avec un petit air de commisération, la Nouvelle Zélande, c’est petit, c’est beau mais c’est loin. 

Cette fois, c’est le tout puissant syndicat allemand, IG Metall, considéré comme le syndicat le plus puissant d’Europe avec 2.3 millions d’adhérents, qui demande aux chefs d’entreprises allemands et à l’État fédéral de réfléchir sérieusement à la mise en place de la semaine de 4 jours pour sauvegarder un maximum d’emplois, notamment dans l’industrie automobile. On sait que les propositions d’IG Metall servent très souvent de base aux réformes sociales allemandes. C’est donc un tournant, un changement radical de perspective.

Il sera intéressant d’observer la réaction en France de tous les chantres du modèle allemand, qui, généralement plaident urbi et orbi pour la suppression des 35h, au nom de l’efficacité et le pragmatisme germaniques, en accusant les Français de feignassitude chronique, ce qui est factuellement faux. Mais, passons. Cette fois, c’est l’Allemagne qui donne le ton de l’audace. Avec un argument simple et fort : « La transformation ne doit pas aboutir à des licenciements mais à un bon emploi pour tous ». IG Metall propose d’ouvrir les négociations immédiatement. Voilà donc un rai de lumière pour des salariés qui payent encore le prix fort de la pandémie. Qu’en diront nos syndicats et le Gouvernement français ?  


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