Si même Bill Gates le dit ... / Photo Kuhlmann / MSC - Creative Commons.
Si même Bill Gates le dit ... / Photo Kuhlmann / MSC - Creative Commons.

Cahin caha, l’idée de faire contribuer les plus riches à la crise du Covid commence à faire son chemin dans les plus hautes strates gouvernementales… Et avec persévérance. Un peu comme si les marcheurs originels se muaient au fil de la crise sanitaire en enfants cachés du Georges Marchais, reprenant son slogan mythique : « Faire payer les riches, chiche ! ». Non sans quelques freins des marcheurs venus du sarkozysme, et allergiques à toute augmentation d’impôts, quelques soit les circonstances ; à commencer par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire. Pourtant, la petite musique solidaire commence à se répandre, mezzo voce, du côté des députés de la majorité, souvent issus de la gauche en général, et du parti socialiste en particulier.

Dès le début de l’épidémie, Patrick Mignola, député Modem, sonnait déjà la charge contre ces facilités données aux plus riches de thésauriser à volonté, malgré un début chute de l’économie. Dans Le Point du 5 mai 2020, il avançait ses solutions pour densifier l’impôt : « Je propose donc de réformer l’IFI pour en sortir l’immobilier et y réintégrer l’épargne dormante. L’impôt sur la fortune immobilière deviendrait l’impôt sur la fortune improductive et l’on dirait aux Français à très haut patrimoine, au lieu de mettre votre argent sur une assurance-vie, mettez-le sur un plan d’épargne en actions (PEA) qui bénéficie aux entreprises et qui crée des emplois, et ainsi vous ne payerez pas l’IFI. » Aujourd’hui, il n’est pas le seul à vouloir faire contribuer « les plus riches d’entre nous ». Les grands patrons lui emboitent le pas en s’engageant en faveur d’une hausse des impôts des plus nantis… Dont eux en particulier !

De grands patrons favorables à un impôt Covid

Premier à dégainer, le très progressiste Louis Gallois, ancien patron de la SNCF et d’EADS, président du conseil de surveillance du groupe automobile PSA, qui prône « une hausse temporaire de l’impôt sur la fortune immobilière ou, pour plus de lisibilité et de simplicité, de l’impôt sur le revenu » pour les revenus à partir de 100 000 euros par an. « Nous entrons dans une période qui va être très difficile, surtout pour les personnes en bas de l’échelle, qui ont déjà souffert plus que les autres de la crise, explique-t-il. Dans un même élan, le président du Crédit Mutuel justifie son appel à un impôt de solidarité Covid : « Cette crise a montré à quel point un service public est par nature régalien, et il est normal qu’une contribution plus forte à ces services publics soit imposée aux plus aisés. Je suis favorable à un impôt exceptionnel sur les hauts revenus, pour financer les services publics, la solidarité et la lutte contre le changement climatique ».

Du côté de Bercy, on fait la sourde oreille en mettant le cap sur la baisse des impôts, en dépit de la crise économique. Et le chemin est bien balisé jusqu’à la fin du quinquennat. L’impôt des sociétés diminuera fin 2021 à hauteur de 3.7 milliards d’euros, passant de 33 à 25% en 2022. Idem pour la taxe d’habitation des plus aisés qui disparaitra en 2023, privant les finances publiques de 2.4 milliards d’euros. Une grande satisfaction pour Bruno Le Maire, malgré la crise budgétaire à venir : « Nous avons rompu avec le réflexe pavlovien de l’augmentation des taxes et des impôts qui servait de solution à toutes les difficultés économiques françaises ». Au total, entre toutes les baisses fiscales : ISF, Flat Tax, baisses sur le IR, le gouvernement aura allégé le budget de l’Etat de plus de 45 milliards d’euros… Nonobstant une crise jamais vécue depuis celle de 1929. Cet « argent rendu aux Français » d’une main, le gouvernement compte bien le récupérer par une importante réforme des retraites, un moindre budget pour le logement, et une nouvelle modification des APL qui entrainera mécaniquement une baisse de ses montants. Au final, atteindre les fameux 3% de déficit en 2025, par une rigueur accrue.

Une logique d’avant-crise qui ne pèse pas très lourd face au mur de l’urgence qui touche les moins nantis, victimes désignées d’une double peine. En France, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Depuis le début de la pandémie, les milliardaires se sont enrichis de 175 milliards d’euros, tandis que les inégalités se sont accrues en défaveur des plus démunis. Plus largement, les institutions internationales défendent, à leur tour, une taxation des plus riches, face aux effets désastreux du Covid 19. Dès le mois d’octobre, le Fonds monétaire international (FMI) invitait les pays à augmenter les impôts des plus riches. Un appel relayé par les grandes fortunes de la planète, dont Bill Gates.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Semaoune

    Super intéressant et enrichissant. Toujours un plaisir de vous lire 🙂

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