Manifestation des soignants pour l'Hôpital public, le 14 février 2020 à Paris - Photo ©️ Daniel Perron
Manifestation pour l'Hôpital public, le 14 février 2020 à Paris - Photo ©️ Daniel Perron

Ce 16 juin 2020, partout en France, les héros de la crise du covid-19 seront dans la rue pour réclamer des revalorisations de salaires et des embauches pour l’Hôpital public. Leur mot d’ordre « fini les applaudissements, place aux rassemblements » est clairement un rappel à notre bon souvenir.

Oui, les soignants, que nous avons applaudis pendant deux mois et demi, ont besoin de notre soutien. Après 3 ans de mobilisations quasi ininterrompues et la plus grande crise sanitaire que nous ayons connu, les soignants sont exaspérés et en colère. Le « Ségur de la Santé », cette grande consultation convoquée à la hâte par Emmanuel Macron et Olivier Véran lorsque la marmite a recommencé à bouillir, tourne au monstre technocratique. Palabres des heures durant, monologues des représentants des médecins, infirmières, aides-soignantes qui en retour reçoivent aucune indication des intentions du gouvernement, ce Ségur ne rassure pas des professionnels qui sont allés de déception en déception ces dernières années. Pour l’urgentiste Patrick Pelloux toujours aussi direct et franc, « le Ségur de la santé est une grande foutaise« .

Le « Ségur de la santé » est notamment censé aboutir mi-juillet à une hausse « significative » des salaires des infirmières, dont la situation inadmissible a fini par sauter aux yeux d’un gouvernement jusqu’alors aveugle. C’est que la France, 7ème puissance mondiale par son PIB, se classe ainsi au 28ème rang pour la rémunération de ses infirmières rapportée au salaire moyen national, loin derrière leurs consœurs et confrères espagnoles, allemandes ou grecques. Ces salaires sont indignes d’un grand pays et ne rémunèrent pas à leur juste valeur des femmes et des hommes qui travaillent dans des conditions harassantes, notamment liées à l’alternance jour/nuit et aux manques d’effectifs.

Mais cette paupérisation des infirmières a aussi des conséquences directes sur le bon fonctionnement de l’hôpital public dont l’attractivité s’est très fortement dégradée. Ainsi à l’AP-HP, l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, ce sont 800 postes d’infirmiers qui ne peuvent être pourvus faute de candidats. Et ces effectifs manquants aboutissent à des fermetures de lits et des conditions de travail et de soins dégradés pour les soignants comme pour les patients. Faute de pouvoir recruter leurs équipes, les médecins souvent de grands professionnels dans leur domaine finissent eux aussi par renoncer et quittent l’Hôpital public.

La question de la gouvernance de l’Hôpital

Mais si les augmentations de salaires semblent bien dans les tuyaux, sur toutes les autres questions en suspens, c’est le brouillard le plus complet.

De quoi faire monter la pression et les tensions chez des professionnels qui reviennent de l’enfer du covid-19. Et ce d’autant plus que ce retour de « la guerre », pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron, est pour beaucoup un retour à la normale insupportable, après avoir connu des services correctement staffés et une autonomie d’action et de gestion qui a fait ses preuves contre le coronavirus. Difficile en effet de devoir à nouveau supporter le contrôle tatillon des Agences Régionales de Santé et cette gouvernance par les chiffres, par le tableau Excel des Directeurs Administratifs qui ont pris le pouvoir à l’Hôpital à la faveur de la réforme Bachelot de 2009. Nicolas Sarkozy voulait alors « un seul patron à l’hôpital » et a choisi de confier les rênes aux comptables, transformant les hôpitaux en entreprise. Une très

Et cette réforme a abouti à des directions d’hôpital bicéphales avec d’un côté un directeur administratif, nommé, qui tient les cordons de la bourse et de l’autre des directeurs médicaux, élus par leurs pairs, mais complètement assujettis à l’administratif. Sortir de cette gouvernance mortifère est l’un des enjeux pour les soignants de l’Hôpital public.

Une médecine de ville mieux organisée

L’autre enjeu majeur et qui ne semble pas sur la table de ce Ségur est l’organisation de la médecine de ville. Pour soulager l’Hôpital mais aussi pour mieux soigner les 20 millions de patients suivis pour une maladie chronique, nous avons besoin d’une médecine de ville mieux organisée, travaillant en réseau, de manière pluridisciplinaire et prenant sa part des « actes non programmés », les petites urgences du quotidien. Sur ce volet, Agnès Buzyn avait choisi de laisser la médecine libérale s’auto-réguler sans même fixer d’objectifs aux syndicats de médecins généralistes et spécialistes en ville.

Il n’y aura pourtant pas d’amélioration significative de notre système de santé et de la situation de l’hôpital sans une réorganisation profonde de la médecine libérale. Emmanuel Macron a-t-il seulement conscience de cette nécessité, et si c’est le cas, a-t-il simplement la volonté de bousculer un corps puissant et des leaders d’opinion présents dans tous les partis politiques ?

Un mois après la sortie du « grand confinement » et la prise de conscience par les Français de la fragilité de leur système de santé, le président de la République et son ministre de la Santé sont muets sur tous ces sujets. « Quand c’est flou, il y a un loup … ». D’où la colère des soignants qui ont plus que jamais besoin de notre soutien.

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.