C’est une des expressions favorites de Donald Trump, l’ultime recours face aux attaques et aux mises en cause nombreuses dont il fait – souvent à raison – l’objet quotidiennement : « Fake news ! ».

Leur rôle a été mis en lumière après la victoire de Donald Trump en 2016, et depuis, les «fake news», ou «fausses informations», n’épargnent aucune grande démocratie. Elles préoccupent les journalistes, dont certains tentent de les contrer, et les gouvernements. En France, Emmanuel Macron leur a déclaré la guerre, estimant en janvier lors de ses vœux à la presse en janvier 2018 que «toutes les paroles ne se valent pas».

Pourquoi telle information se propage-t-elle plus vite que telle autre ? Pourquoi croit-on a une fausse information ? Dans quelles conditions peut-on reconnaitre une information douteuse ? Le Fact-checking est-il vraiment utile ? A ces questions, nous ne sommes pas encore capables de répondre avec certitude, même si depuis quelques années, la recherche sur la désinformation ne cesse de progresser.

Et il est urgent que citoyens, scientifiques, journalistes, élus ou entreprises – au premier rang desquelles, sans doute, les plateformes, dont l’effort est inégal sur le sujet – investissent davantage dans cet effort de recherche sur les causes et les conséquences de la désinformation. Car la désinformation a des conséquences démocratiques (même si nous ne sommes pas capables de déterminer l’ampleur de l’impact de fake news sur les élections, ni même comment le débat politique est impacté par elles). Mais les fake news peuvent avoir des conséquences encore plus directes et plus graves : la mort.

Selon une enquête publiée par le Journal of Tropical Medecine and Hygiene, environ 5800 personnes auraient été admises à l’hôpital en raison de fake news diffusées sur les réseaux sociaux. Consommation de méthanol ou de produits de nettoyage contenant de l’alcool, ingestion de grandes quantités d’ail ou de vitamines… Certains ont été jusqu’à consommer de… l’urine de vache.

Les fake news seraient inoffensives si la bêtise n’était pas une des ressources les plus durables qui soient sur la planète, me direz-vous. Reste que, au-delà des cas les plus loufoques ou désespérants, la recherche tend à montrer que la propension à croire certaines fake news dépasse largement le cadre des gens « déraisonnables ». Nous avons tous des biais, des cheminements de pensée, des émotions nous rendant poreux à certaines fausses nouvelles. Or, en France, selon IPSOS, 54% des personnes pensent pouvoir faire la différence entre « vraies » et « fausses » nouvelles (ce qui est bien supérieur à l’impact réel de certaines fausses nouvelles). Les jeunes (59%) surestiment leurs capacités bien plus que les plus âgés (49% des 50-64 ans). 59% d’entre nous sommes convaincus de ne pas être enfermés dans notre propre « bulle », mais nous sommes 57% à estimer que nos concitoyens sont, eux, enfermés dans un univers étanche.

De fait, nous sommes beaucoup moins lucides sur nous-mêmes que nous le croyons. Bien qu’en proie aux mêmes a priori, et aux mêmes biais cognitifs que tout un chacun, nous sommes nombreux à nous penser « au-dessus du lot », capables de déjouer tous les pièges désinformationnels. Cette présomption d’immunité, bien plus que la bêtise, est sans doute le principal allié des fake news aujourd’hui. Car l’esprit critique et la vigilance, qui eûrent été précieux pour les personnes évoquées par l’étude américaine citée plus haut, partent de la capacité à douter. En temps de COVID, peut-être plus encore que d’habitude, attachons nous donc à cultiver l’esprit critique – à ne pas confondre avec le complotisme…

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