À quand une normalisation des rapports entre l’Algérie et la France ? Ce dimanche 5 juillet, le pays phare de l’Afrique du Nord fêtait le 58ème anniversaire de son indépendance, après 8 ans d’une guerre, longtemps désignée en métropole sous le vocable euphémisant « d’événements ».

Aujourd’hui, tous les historiens sont d’accord, notamment le plus illustre sur la question algérienne, Benjamin Stora.

Une nouvelle occasion pour les autorités de ce pays de mettre en cause son ancien colonisateur coupable de domination implacable. Ce qu’Emmanuel Macron avait nommé un crime contre l’Humanité. Et comme si la France s’attendait à cette demande récurrente, elle a restitué à l’Algérie des crânes de combattants pour l’indépendance, soigneusement conservés au Musée de l’Homme à Paris, deux jours avant la fête de l’indépendance algérienne.

Le président algérien à la manœuvre par l’arme mémorielle

Un coup pour rien, puisque le président algérien Abdelmadjid Tebboune, récemment élu dans un contexte électoral des plus troubles, a appelé l’ancienne puissance coloniale à « affronter le problème de la mémoire qui hypothèque beaucoup de choses dans les relations entre les deux pays ». « Cela va permettre d’apaiser le climat et le rendre plus serein pour des relations économiques, pour des relations culturelles, pour des relations de voisinage ». Une posture revendicative, plus destinée à la population algérienne, qu’à la France.

Mais, dans ce pays où les moins de trente ans sont les plus nombreux, la question de la colonisation ne fait plus recette. Et pourtant, depuis plus de 50 ans, la télévision algérienne célèbre, à grands renforts d’images mythifiées, la résistance algérienne face aux troupes du général Bigeard et consorts… En vain, personne ne se reconnait dans ces films, le peuple algérien revendiquant par le mouvement Hirak, la fin d’un système de corruption et cooptation. Pire, la jeunesse tente, comme ses aînés, le départ à l’étranger; beaucoup en France, mais aussi au Canada francophone.

Les Algériens mobilisés par le Hirak, pas par le 5 juillet

Si, confinement oblige, le Hirak demeure en sommeil, il ne demande qu’à se réveiller malgré la pression du gouvernement sur les meneurs. Meneurs pour qui le 5 juillet 1962 s’apparente au début « des emmerdes ». Trois jours avant la date de célébration, la justice algérienne, volontiers magnanime, a libéré les quatre principaux militants du Hirak, Karim Tabbou, leader sur mouvement, Amira Bouraoui, Samir Benlarbi et Slimane Hamitouche. Loin d’être satisfaites, les organisations des droits de l’homme locales avertissaient : « Il reste tous les autres. Il restera, ensuite, à libérer la justice ».

À distance des règlements de compte anciens, des mouvements actuels pour la démocratie, Benjamin Stora, essaie sans relâche, depuis des décennies, de rapprocher par la mémoire, les deux rives de la Méditerranée. Dans un entretien à El Wattan, principal quotidien francophone d’Algérie, à l’occasion du 5 juillet, l’historien revient sur des noms qui ont fait polémique en France. Son idée, fournir des outils de compréhension mutuels pour dépasser les polémiques : « Concernant Lamoricière, Bugeaud, Canrobert, Cavaignac, Saint-Arnaud, D’Aumale, peut-être faudrait-il fabriquer un lieu, un espace ou un musée, où on regrouperait et expliquerait pour les jeunes générations qui étaient ces personnages, ce qu’a été cette histoire française ». Et algérienne.

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