Le Premier ministre Jean Castex annonce le plan de relance - capture Nos Lendemains.
Le Premier ministre Jean Castex annonce le plan de relance - capture Nos Lendemains.

Avouons-le confinement et la crise sanitaire ont eu un effet de sidération sur nombre d’acteurs politiques et économiques. De très nombreux chefs d’entreprise sont dans le brouillard le plus complet sur un éventuel redémarrage et les perspectives économiques de leurs propres entreprises. Et que dire de l’inquiétude de centaines de milliers de salariés et de leurs familles qui vivent déjà des temps difficiles ou craignent les mois à venir et leurs cortèges d’annonces de licenciements, de chômage ou de baisse de salaires …

Face à ces inquiétudes qui paralysent l’économie, il devenait urgent d’agir et pourtant le gouvernement a pris son temps. Mais l’annonce par Jean Castex d’une manne de 100 milliards appelée « France Relance » est tout sauf un véritable plan de relance.

Certes le plan annoncé jeudi par Jean Castex comporte pour 15 milliards des dispositifs destinés à sauvegarder l’emploi notamment l’emploi des jeunes et installant dans la durée des mesures de chômage partiel. Mais « France Relance » est pour l’essentiel d’un plan d’investissements dans l’économie, à l’image des investissements d’avenir Juppé-Rocard, dans lequel le gouvernement d’Emmanuel Macron camoufle un cadeau fiscal aux entreprises, la suppression des impôts de production !

Cet énorme cadeau, correspond à une vieille revendication du MEDEF et s’ajoute à la somme des allègements et autres plans de compétitivité qui constituent l’alpha et l’oméga de la politique économique macronienne depuis … 2012 et le CICE.

Et pour les entreprises, il n’y en a jamais assez. Elles ne sont jamais assez compétitives. La suppression de ces cotisations sociales et contributions représente 20 milliards d’euros sur 2 ans. 20 milliards d’euros d’allègements destinés à être pérennisés. Et donc destinés à alourdir le déficit de l’État.

Quand on se souvient de la bataille de tranchées qu’a représenté le Ségur de la Santé au cours duquel le gouvernement a péniblement accordé 8 milliards d’euros à l’hôpital et aux infirmières, on reste coi. Et encore celles-ci n’avaient obtenu alors obtenu que 180 euros sur les 300 réclamés par une profession véritablement paupérisée. Et que dire des enseignants eux aussi paupérisés notamment en début de carrière et qu’Emmanuel Macron balade depuis 3 ans en repoussant ad vitam une augmentation pourtant négociée et décidée en 2016 … Et voilà que par miracle Emmanuel Macron lâche 20 milliards d’euros qui iront indistinctement aux entreprises bien portantes comme à celles mises en difficulté par la crise.

20 milliards de cadeaux aux entreprises ! Même Jean Castex a anticipé la gêne que cela pouvait représenter. Il s’est ainsi senti obligé d’expliquer que « Le plan de relance n’est pas un cadeau fait aux entreprises, c’est un cadeau à la France ». On croit rêver.

Le cadeau est d’autant plus énorme qu’il ne s’accompagne une nouvelle fois d’aucune conditions et de contreparties bien vagues. Au point que même Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, a expliqué sur France Inter que faute de contrôle cet apport d’argent frais allait sans doute se résumer à « arroser le sable ».

La formule est forte mais si proche de la réalité. En effet que va-t-il se passer ? Le gouvernement pense qu’une annonce de 100 milliards va par miracle rétablir la confiance. Mais pour les Français un plan aussi abstrait et loin de leurs préoccupations quotidiennes n’est pas de nature à vraiment rassurer les rassurer au point de les engager dans des projets d’investissements personnels et de consommation. Une grande partie des Français doit déjà débourser une somme rondelette pour payer des masques à toute la famille, et pour d’autres s’équiper en informatique en vue d’une éventuelle reprise de l’école à la maison etc. Et ils sont nombreux à anticiper qui une nouvelle période de chômage partiel voire un plan de licenciement ou pour d’autres des faillites. Bref, rien qui les encourage à consommer.

Or faute d’une demande solvable pourquoi les entreprises investiraient-elles cette manne nouvelle qui tombe du ciel ? Les plus solides d’entre-elles se serviront de cet argent pour verser de nouveaux dividendes.

Le plan de relance aura alors servi à enrichir les plus riches à coup de milliards. D’ailleurs, le plan de relance d’Emmanuel Macron, c’est encore Geoffroy Roux de Bézieux, patron du MEDEF qui en parle le mieux :
« Ce plan c’est globalement ce qu’on avait demandé ».

L’Allemagne a elle fait un tout autre choix en décidant de consacrer la majorité de son plan de relance de 130 milliards d’euros à la consommation. Mais à Berlin c’est Angela Merkel qui gouverne, pas le MEDEF.

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