Gaspard Gantzer à gauche et Cyril Hanoua à droite.
Gaspard Gantzer à gauche et Cyril Hanoua à droite - Photo Jacques Pradier pour G. Gantzer (Creative Commons) et Capture TV pour la photo de C. Hanouna.

Les congés d’été commencent, et le mercato médiatique bat son plein. On annonce le départ de tel historique d’une chaîne d’info, le transfert de tel intervieweur sur une chaîne concurrente… Et parce que les élections récentes ont été cruelles pour certains, parce que d’autres élections, celles de 2022, commencent à se profiler à l’horizon, les médias servent de sas de retour à des figures « retraitées » de la politique, ou de voie de recyclage pour politiques en échec.

L’on apprend ainsi que Gaspard Gantzer achève son périple politique comme… chroniqueur chez Hanouna. Candidat potentiel pour quelques heures aux législatives de 2017, puis candidat sur son nom à la Mairie de Paris, rallié à la candidate LREM Agnès Buzyn, il n’a pas même été conseiller d’arrondissement. Peu importe, si l’on ne peut faire la politique, commentons-la. Après tout, n’est-elle pas souvent déjà réduite au commentaire… ?

Autre candidate éconduite aux municipales, soutien temporaire de Gaspard Gantzer puis de Cédric Villani, Isabelle Saporta quitte également l’arène politique. Directrice de collection chez Fayard, elle revient à ses activités antérieures, et sera à la rentrée dans les « Grandes gueules » de RMC.

Dans un mouvement inverse, le patron de Libération Laurent Joffrin vient d’annoncer quitter Libération pour lancer une initiative politique visant à réunir la gauche. Vaste programme.

Et Marion Maréchal-Le Pen, la très jeune retraitée de la politique, serait selon l’Obs « coutrisée par CNews pour une présence régulière sur la chaîne d’info ».

Les médias sont de plus en plus cela : une voie de recyclage, ou une rampe de lancement, la grande lessiveuse des échecs politiques, une machine à rentabiliser la notoriété politique …

Le phénomène n’est pas nouveau, pourtant nous ne devrions pas nous y habituer, et encore moins nous y résigner.

Car au fond, cela donne le sentiment que pour faire de la politique, les seules qualités nécessaires seraient celles de la parole et de la communication : il faudrait simplement savoir commenter, parler de tout et de rien avec un air docte ou enjoué. Alors que l’action politique réelle mobilise bien d’autres qualités que celles nécessaires à l’entertainment…

Par ailleurs, cela renforce l’idée que certains évolueraient au sein d’un « système » médiatico-politique où l’échec n’existe jamais, où une promotion est toujours au coin du chemin. Or, s’il doit toujours être possible de se reconvertir – et de gagner sa vie -, les aller-retours constants n’honorent ni un journalisme qui se veut sinon impartial, du moins indépendant du pouvoir politique, ni un monde politique que l’on soupçonne déjà trop de complicités avec les médias.

Au fond, pour quelques exceptions, nous savons bien que l’immense majorité des politiques et des journalistes restent dans leur domaine propre (ou quittent l’un pour l’autre une seule fois, sans retour). L’impression de porosité, voire de consanguinité, est entretenue par les pratiques d’une petite minorité, mais elle crée un effet loupe délétère aux yeux de l’opinion publique.

Il ne s’agit pas ici de faire la morale à quiconque. Ce type de zig-zag, voire de « conflits d’intérêts », ont au moins l’avantage sur bien d’autres d’être connus de tous, transparents. Nous connaissons chaque recoin de la carrière des personnes citées plus haut (parfois plus que nous ne voudrions en savoir…), il n’y a donc pas d’entourloupe possible… Il existe bien d’autres mélanges des genres qui, eux, sont peu connus, et ont des conséquences financières et humaines immenses.

En revanche, on ne peut pas s’accommoder de ces pratiques sans au moins les relever. Et surtout, sans souligner ce que cela dit d’une fonction politique en voie de dévaluation accélérée. A force de taper sur les élus, de les priver du cumul entre mandat local et national, de leur demander toujours plus de transparence et de les payer toujours plus mal, il se trouve de moins en moins de personnes pour consentir les sacrifices requis pour se lancer en politique. Et quand, au terme d’une courte comme d’une longue carrière, l’élu ou le candidat se retrouve sur le carreau, il lui est extrêmement difficile de trouver un emploi. Peu étonnant, donc, que les quelques ex-élus ou candidats qui ont acquis une petite notoriété en profitent pour aller faire fructifier ce capital auprès des médias qui paient encore correctement…

Quant à ceux qui accomplissent le mouvement inverse, des médias vers la politique, il ne nous reste qu’à dire : bon courage…

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