Gisèle Halimi en robe d'avocate dans les années 70 - © Tous droits réservés

Gisèle Halimi nous a quitté. Immense tristesse. Nous perdons aujourd’hui une très grande militante féministe, humaniste et anti-colonialiste. Une très belle personne, une héroïne de « la Cause des Femmes » et des libertés. Un modèle pour celles et ceux qui ont choisi souvent de s’engager, de militer ou encore de porter la robe d’avocat, pour suivre son exemple et parce que, comme Gisèle Halimi, ils ne pouvaient supporter l’injustice et ressentaient l’impérieux besoin d’agir.

Militante, le mot est aujourd’hui quasiment péjoratif. Mais Gisèle Halimi incarne ce que ce mot a de plus beau, la force qui va et qu’elle a su donner aux autres, pour leur liberté et leur émancipation, en particulier pour les Femmes et leurs Droits.

Le nom de Gisèle Halimi restera attaché à la lutte pour les Droits des Femmes. En 1971, Gisèle Halimi fonde avec Simone de Beauvoir l’association « Choisir la cause des femmes ». Elle sera quelques mois plus tard la figure de proue du mouvement en faveur de ce que l’on appellera plus tard l’interruption volontaire de grossesse. Elle est signataire en même année du célèbre manifeste des « 343 salopes » paru dans le Nouvel Observateur, manifeste des 343 femmes qui déclarent publiquement avoir avorté à un moment où l’avortement est passible d’emprisonnement.

Avocate, sa défense passionnée, humaine et très politique, de Marie-Claire, une jeune fille de 16 ans, de sa mère qui l’a aidée à avorter, la fera connaitre du grand public en même temps qu’elle permettra de gagner la bataille de l’opinion en faveur de la légalisation de l’avortement. Gisèle Halimi avec l’appui de Simone de Beauvoir et des accusées décident en effet de faire de ce procès de Bobigny, le procès politique de la loi de 1920 contre l’avortement. Gisèle Halimi appelle à la barre de nombreux témoins comme, le professeur Paul Milliez, médecin, catholique, père de six enfants et un prêtre, Michel Riquet, qui aident à faire bouger l’opinion. De ce combat politique et de cette victoire judiciaire et médiatique naitra la loi portée par Simone Veil en 1975 qui légalise l’IVG.

Gisèle Halimi mettra ensuite sa notoriété au service de nombreux combats féministes, dont la lutte contre le viol et pour une loi le définissant et le criminalisant. En 1974, l’avocate plaide pour 2 jeunes femmes qui accusent 3 hommes de les avoir violées pendant qu’elles campaient. Là aussi, la défense de Gisèle Halimi permet de faire bouger l’opinion et fait l’Histoire. Ce procès et les mobilisations féministes de la décennie 70 aboutissent au vote de la loi de 1980 qui reconnaît le viol comme un crime et le définit précisément.

À une époque dominée par « les ténors du barreau », la figure et la voix de Gisèle Halimi incarnent la cause féministe. Elle devient une « étoile du féminisme » pour reprendre l’expression du jour de l’historienne Michèle Perrot en hommage à Gisèle Halimi.

En 1971, Marie-Claire et sa mère, les 2 accusées du procès de Bobigny, racontent avoir choisi Gisèle Halimi comme avocate après la découverte à la bibliothèque de son livre « Djamila Boupacha ». Ce livre raconte sa défense de la militante FLN, Djamila Boupacha, arrêtée en 1960 pour une tentative d’attentat à Alger, dont les aveux ont été arrachés par la torture et le viol. Gisèle Halimi fait déjà de ce procès, un procès politique, celui des méthodes de l’armée française et d’une justice qui s’appuie sur la torture pour obtenir des aveux. Avec Simone de Beauvoir, elles réunissent un comité qui comptera Jean-Paul Sartre, Germaine Tillion, Louis Aragon et Elsa Triolet, Geneviève de Gaulle ou encre Aimé Césaire et qui contribuera à donner une visibilité médiatique et internationale à ce procès.

Gisèle Hamili a donc commencé sa carrière en défendant les indépendantistes d’abord tunisiens puis les algériens du FLN en utilisant ces procès pour en faire des tribunes contre la colonisation et contre la torture. Elle raconte son parcours dans un autre livre « avocate irrespectueuse », irrespectueuse de l’injustice et des institutions qui contribuent à ces injustices. Une position inhabituelle pour les avocats à l’époque, à qui l’on demandait obéissance et respect des « autorités » et de l’État.

Elle expliquait ainsi sur France Culture de sa voix très douce : « Être avocate, pour moi, c’était le moyen de tenter de changer ce que je n’aimais pas dans ce monde : l’injustice, le rapport de force, le mépris des humbles, le mépris des femmes. Or, en disant qu’on allait respecter la loi, on disait que l’on allait respecter l’infrastructure la plus forte, la plus solide, d’une société que je voulais changer. Donc c’était contradictoire. »

Gisèle Halimi continuera ensuite à mener ces combats à gauche aux côtés de François Mitterrand et du PS pour faire entendre sa voix unique, chaque fois qu’il sera nécessaire et par exemple ces dernières années pour défendre la pénalisation des clients de prostituées. « Je crois à la dialectique lois – mentalités. La loi contribue à changer les mentalités, elle change la culture. » disait-elle à ce propos dans une interview au Mouvement du Nid.

Dans un autre de ses 15 livres, le plus intime et intitulé Fritna, fortunée en arabe, Gisèle Halimi raconte son enfance et sa blessure. Née à Tunis dans une famille juive très pauvre qui vivait la naissance d’une fille comme une malédiction, Gisèle Halimi a vécu très concrètement ce que signifiait alors d’être considérée comme inférieure, juste un corps qu’on doit protéger pour pouvoir un jour la marier. Gisèle Halimi a ressenti au plus profond de son être le l’absence d’amour de sa mère pour cette petite fille qu’elle était. Ni mots ni gestes d’amour.

« Ma mère ne m’aimait pas. Ne m’avait jamais aimée, me disais-je certains jours. Elle, dont je guettais le sourire – rare – et toujours adressé aux autres, la lumière noire de ses yeux de Juive espagnole, elle dont j’admirais le maintien altier, la beauté immortalisée dans une photo accrochée au mur où dans des habits de bédouine, ses cheveux sombres glissant jusqu’aux reins, d’immenses anneaux aux oreilles, une jarre de terre accrochée au dos tenue par une cordelette sur la tête, elle, ma mère dont je frôlais les mains, le visage pour qu’elle me touche, m’embrasse enfin, elle, ma mère, ne m’aimait pas. » écrit-elle brillamment dans cet émouvant récit.

Surmontant cet amour qui manque au moment où l’on en a tant besoin, Gisèle Halimi a su donner aux femmes et aux hommes qui en avaient le plus besoin sa voix si douce et si déterminée à faire reculer l’injustice. Nous ne l’oublierons pas. Elle continuera à inspirer les générations qui viennent.

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