Une petite musique détestable court les plateaux de télévision et les colonnes des journaux. Les professeurs seraient des « tire-au-flanc qui feraient tout pour ne pas accueillir les élèves ». Voici quelques jours sur LCI, l’ancien ministre Jean-Marie Le Guen jetait le soupçon sur les profs : « Les masques, on s’en fout. Moi, je me demande pourquoi l’Éducation nationale a-t-elle si mal tenu ? Pourquoi certains profs ont-ils disparu de la circulation ? ». Les chaines de télévision multiplient les sujets sur le trop faible nombre de professeurs qui auraient repris le chemin de l’École comme si cela ne dépendait que d’eux.

Et hier, c’est le pompon. France Inter nous apprenait qu’un ministre en première ligne dit en privé : « si les salariés de la grande distribution avaient été aussi courageux que l’Éducation nationale, les Français n’auraient rien eu à manger ». Un discours de dénigrement des professeurs à peine croyable et qui fait dire à Dominique Seux, le chroniqueur économique de France Inter, « c’est peu aimable et sans doute injuste ».

Oui, cette stratégie du bouc-émissaire est particulièrement injuste et détestable quand on voit les efforts déployés par les enseignants pour maintenir le lien avec les élèves pendant ce « grand confinement ». Utilisant leur propre matériel, des outils souvent inconnus, sans formation ni soutien efficace, ils ont souvent réussi des miracles.

Il agit bien là d’une stratégie pensée comme telle et pas d’un simple dérapage. Pour preuve les éléments de langages concoctés en haut lieu et repris en chœur. Le message est relayé par les députés LREM et ministres qui sur le terrain et dans le cadre des municipales tirent à boulets rouges sur les profs ou les maires. C’est par exemple le cas d’Anne-Christine Lang, députée de Paris, qui à coup de « il y a un sujet » ne manque pas une occasion de taper sur les enseignants et sur la Maire de Paris à propos d’un supposé manque d’entrain à accueillir les élèves.

Et il y a quelques jours c’est Sibeth NDiaye porte-parole du gouvernement qui chargeait les maires : « certains auraient freiné pour la réouverture des classes en surinterprétant le protocole ».

Décryptage d’une manipulation politique

Cette offensive du gouvernement contre les professeurs est tout simplement indécente et pour tout dire un peu abjecte.

Ce qui empêche les professeurs de travailler correctement et les maires d’accueillir les élèves, c’est ce protocole sanitaire délirant concocté par Jean-Michel Blanquer avec l’aide d’un cabinet spécialisé. Il faut 4 m² par élève, nettoyer toutes surfaces touchées, maintenir coute que coute les distances entre élèves, etc. Nous l’avions évoqué ce protocole sanitaire est tellement compliqué à mettre en œuvre qu’il rend la vie impossible à tous les acteurs de l’Education.

Ces exigences ministérielles deviennent incompréhensibles au moment où la vie économique reprend, où le virus ne circule plus autant et où Jean-François Delfraissy appelle à des règles sanitaires moins strictes à l’école. « On sait que les enfants peuvent être porteurs du virus en petite quantité et que, le plus souvent, ce sont les adultes qui les contaminent et non l’inverse », déclare le président du Conseil Scientifique dans le JDD.

D’ailleurs le même Jean-Michel Blanquer convient maintenant qu’il faudra lever ces restrictions. Mais il ne sait pas quand.

Mais alors pourquoi donc le gouvernement ne lève-t-il pas ces restrictions pour laisser les élèves reprendre quelques semaines les cours et permettre aux parents de travailler ?

Un indice nous est donné dans un portrait de Jean Castex, ce serviteur de l’État qui a organisé le déconfinement, portrait publié par Le Monde. Interrogé sur la raison de la déjà incompréhensible fermeture des parcs et jardins qui a rendu la vie impossible aux parisiens, un de collaborateur de Jean Castex lâche le morceau. L’interdiction des parcs et jardins à Paris ? « Anne Hidalgo avait évidemment ­raison de demander leur réouverture. On l’a soutenue, mais au sommet de l’État on a manifestement voulu en faire un sujet ­politique », raconte ce collaborateur.

Voilà à lire entre les lignes, on comprend donc que c’est le sommet de l’État, c’est à dire Emmanuel Macron qui empêche les élèves de retourner à l’École. Avec pour objectif de rejeter la faute sur les maires et les syndicats d’enseignants. De la petite politique politicienne comme on en a rarement vu au plus haut niveau de la République. Surtout quand on sait que ce sont les enfants qui payent les pots cassés.

Et tout cela pour rien puisque les électeurs ne sont pas dupes et le feront savoir dans les urnes, le 28 juin prochain. Et voilà un sujet de plus pour les Commissions d’Enquête du Sénat et de l’Assemblée nationale.

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