Graines de philosophes au Collège Corisande d’Andoins - Photo Blog Arthez-de-Béarn

Il faut très rapidement l’ouvrir à la politique, au sens noble du terme car la pratique politique est noble quand elle permet de se mettre au service de la communauté avant de s’en servir.

Ne plus interdire aux enseignants d’aborder des problèmes politiques en classe. Ne plus avoir peur de donner à la jeunesse le goût de la PRATIQUE politique. Réintroduire le débat contradictoire dès le collège, la « disputatio ». C’est une urgence éducative.

Je me souviens de mes années collège/lycée. J’avais 10 ans 68. J’ai 62 ans. Nous étions toutes et tous très politisés après les événements de Mai. De droite comme de gauche. Nos enseignants ne s’interdisaient rien. Ne nous interdisaient rien. TOUS les sujets étaient abordés. La guerre du Vietnam, les dictatures Sud-américaines, la Françafrique, la liberté de parole dans les lycées, la contraception naissante, que sais-je encore? Tout!

Cela a-t-il fait de nous d’abominables « gauchistes » ou de méchants « réac »? Peut-être. Mais au moins étions-nous concernés par la « chose publique ». Nous avions conscience d’être des citoyens dans la « Cité » et nous voulions participer, à sa construction, certains à sa destruction. Naïvement parfois sans doute, mais nous aimions la politique. Elle nous passionnait. Sans exception. Par classe et génération entières! Jamais nous n’aurions laissé, comme cela semble être davantage le cas aujourd’hui, la totalité de l’espace de parole aux adultes, aux « sachants ». 

En 2020, que laissons-nous à notre jeunesse?

Une infime partie accède à Sciences Po. Je n’ai rien contre. Cette jeunesse-là se voit offrir les clefs de la politique – au sens large. Les autres jeunes filles et garçons sont appelés à aller voter, à manifester pour le climat. Sans clefs de compréhension. « On ne parle pas de politique en classe! ». Et l’on s’étonne qu’ils ne répondent pas aux sommations effarouchées des adultes: « Mais enfin, soyez responsables! Allez voter! ». Quand la pratique politique est montrée du doigt comme une pratique honteuse, quand elle est interdite dans les enceintes scolaires – ou réservée à quelques-uns après bien des difficultés pour ne serait-ce qu’afficher un tract – il ne faut pas être surpris de constater l’effacement de la jeunesse du paysage politique. Je me suis « amusé » à regarder la totalité des « talk-show » que les chaînes de télévision dites d’informations en continu organisent à longueur de journée et de soirée. Je n’ai pu que constater avec tristesse l’absence de la jeunesse. Pas un seul invité régulier de moins de 35 ans, sauf rarissime exception. Pas d’étudiant, pas de lycéen, pas d’ouvriers, pas de jeunes agriculteurs, sauf pour des témoignages uniques ou une apparition lors d’un micro-trottoir.

Oui vraiment, il est urgent de réarmer notre jeunesse. La réarmer pour lui ouvrir le champ du débat politique, respectueux des différences, à l’écoute des autres. Et bien au-delà des heures consacrées à l’Education Morale et Civique dans le premier comme dans le second degré.

Sans la jeunesse, absente de plus en plus souvent des scrutins successifs, notamment la jeunesse rurale et des périphéries, la politique risque fort de n’être plus que ce qu’elle devient sous nos yeux : une friche au milieu de laquelle s’entre-dévorent populistes et libéraux. On ne peut pas dire que ce soit un « programme » très enthousiasmant.

Un slogan de Mai-68 raillait le « Sois jeune et tais-toi ».

Je réponds: « Sois jeune et prends la parole ». Nous toutes et tous, enseignants ou pas, devons prendre la décision de permettre à TOUTE la jeunesse de réinvestir le champ de la politique. 

Le blé en herbe est là. Il n’attend que la récolte…


Photo Une : Graines de philosophes au Collège Corisande d’Andoins

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