Interview d'Emmanuel Macron au JT de TF1 du 21 juillet 2020 - Capture TV Nos Lendemains.
Interview d'Emmanuel Macron au JT de TF1 du 21 juillet 2020 - Capture TV Nos Lendemains.

Le vote avait donné des sueurs froides à la majorité. Il y a un an, le CETA, l’accord de libre-échange avec le Canada, était adopté dans une ambiance de fronde. Pour la première fois depuis le début du quinquennat, 52 marcheurs s’étaient abstenus (contre 50 pour la loi anti casseurs) et 9 avaient franchi le Rubicon en votant contre. Sujet hautement inflammable, la loi autorisant la ratification du traité était passée avec 266 voix pour, 212 contre et 74 abstentions. Le coup passa si près que le chapeau tomba. S’en était suivi un été brutal pour la majorité, avec plusieurs permanences dégradées par les agriculteurs ou les militants écologistes, dénonçant pour les uns, la mise à mort de l’agriculture, pour les autres, la mise à mort du climat.

Un an plus tard, nous n’en sommes nulle part. Ou plutôt si… nous en sommes, comme souvent avec Emmanuel Macron, entre deux eaux ou plutôt deux postures et l’on se demande bien lequel Macron faut-il croire ? L’homme qui réunit une convention citoyenne et n’a plus que le mot écologie à la bouche ou celui qui enterre le sujet CETA, l’évite, le met sous le tapis, en laissant faire le « business as usual » ?

Celui qui affirme de façon péremptoire qu’il retire son soutien au traité avec le Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) en plein G7 à Biarritz alors que la forêt amazonienne brûle ?
Celui qui, devant la convention citoyenne annonce qu’il a rompu toutes les négociations alors qu’elles se poursuivent tranquillement à Bruxelles et que l’Allemagne, qui préside pour 6 mois l’Union européenne, a placé dans ses objectifs prioritaires la ratification de cet accord ?

Quel Emmanuel Macron croire ? Celui qui ne parle plus que de relocalisation, de souveraineté, de transition écologique ? Ou celui qui ne se bat pas et louvoie sur des traités qui enterrent un peu plus encore le climat avec des flux titanesques de marchandises, un dumping des prix tellement forts que les agriculteurs français n’ont pas les armes pour lutter et une dégénérescence alimentaire tant les normes sanitaires sont aussi contraignantes (et c’est heureux) dans l’hexagone qu’elles sont laxistes, formelles, au Canada et surtout en Amérique Latine, notamment au Brésil ?

On pensait pourtant que la crise du coronavirus avait bougé les consciences, et provoqué une volonté d’ouvrir un autre chemin. Il n’en est rien. Elle semble avoir dérangé quelques semaines seulement les actionnaires, et inquiété les états qui, à peine la pandémie contenue, reprennent de plus belle leur cavalcade effrénée sur un chemin obsolète.

Il faut changer de comportement. Ça n’est pas une injonction d’opérette, c’est une réalité objective si l’on veut assurer la survie des espèces, à commencer par celle qui domine : la nôtre. Tous les voyants, absolument tous, sont au rouge écarlate depuis des années. Il n’existe aucune raison de se rassurer, même si les grands centres urbains de la planète commencent à adopter des modes de déplacement qui découragent les voitures. Ça n’est pas suffisant. Les terres agricoles se raréfient. Celles qui produisent sont saturées, par la chimie en tout genre et la surexploitation intensive. 30 % des cultures vivrières sont perdues, car les populations locales, notamment en Afrique, n’ont pas les moyens de les récolter, les conserver ni les transporter. 60 % des espèces d’animaux sauvages ont disparu en 40 ans. On peut continuer ainsi la longue litanie et qu’importe d’être caricaturés en scénaristes d’apocalypse. Les faits sont têtus et l’aveuglement des gouvernements à poursuivre sur un chemin pavée de bonnes intentions (développement national) conduit directement à l’enfer écologique et donc, à terme, à l ‘« enfer » humain.

On ne peut donc pas multiplier les paroles sans passer aux actes. L’opinion publique l’a bien compris. Gauche et droite confondues, elle rejette majoritairement ces traités, comme elle rejette les OGM et les pesticides. Répéter à l’envi que ce ne serait qu’une question de pédagogie est une erreur de diagnostic. Les citoyens s’informent, lisent, découvrent les textes des lanceurs d’alerte, voient dans les médias les images chocs d’un dauphin tué par les sacs plastiques, d’un koala qui brûle vif à cause des feux démentiels en Australie, de ces hommes et femmes, dont la vie est détruite par le cancer, qui gagnent des procès contre les firmes fabriquant les pesticides qu’ils ont manipulés, en toute naïveté, pendant des années. Il n’est donc pas question ici de pédagogie mais bien de virage vital pour rééquilibrer les échanges, permettre à l’agriculture de se développer autrement et aux consommateurs de participer à ce cercle vertueux.

Quel Emmanuel Macron parle ? Celui qui affirme que nous devons organiser et financer le tournant agro-écologique ou celui qui accepte, au nom d’un accord de relance arraché au prix fort, de sacrifier les milliards consacrés justement au volet « bio » de la PAC.

Un an après ce vote du CETA, il est donc grand temps de passer des paroles aux actes. Car si l’émergence de ce virus, issu de ces désordres créés par l’homme, et qui a mis à terre l’économie mondiale, si cette émergence ne nous sert pas de leçon, on peut parier qu’il en viendra un autre puis un autre et un autre encore … peut-être comprendrons nous enfin … trop tard ?

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