Manifestation des soignants du 16 juin 2020 - Source Twitter

Qu’il parait déjà loin le temps où le gouvernement promettait monts et merveilles à ces soignants, pas moins merveilleux, dans leur engagement, leur don de soi, face à cet ennemi de Coronavirus. À l’heure où les images d’une infirmière à bout, jetant des cailloux sur les forces de l’ordre, envahissent les écrans, les héros de la première ligne doutent déjà des signes de reconnaissance gouvernementaux. Un Ségur en rien sécurisant. Tellement, que le personnel hospitalier se mobilise déjà dans la rue, nonobstant la circulation du virus… Quant à prendre des risques, autant les assumer jusqu’au bout.

Qui se souvient le 15 mai des paroles apaisantes et engageantes du Président de la République, en visite à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris ? De ces promettes définitives : « Une revalorisation des rémunérations des carrières, après concertation avec leurs organisations syndicales ». Mieux encore, ce jour-la, Emmanuel Macron rappelait à tout le personnel, « j’ai pris l’engagement à Mulhouse et je tiendrai », sans émettre ni doutes, ni conditionnalité. A ce moment-là, les soignants le crurent sur parole, tant ils avaient le sentiment d’un soutien national face à l’épidémie.

Infirmières et aides soignantes smicardisées

À la traine des salaires pratiqués ailleurs en Europe, médecins, infirmières, aides-soignantes se mobilisent depuis 15 mois en vain. L’épisode pandémique aurait dû représenter une opportunité pour enfin se voir admettre leur mérite, en termes sonnants et trébuchants. Car, selon la Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques, la France se distingue par la faiblesse des salaires hospitaliers. Ainsi, la DARES observait, en 2016, que le salaire médian des aides-soignantes atteint péniblement 1500 euros. Ce qui signifie qu’une moitié d’entre elles touchent encore moins, soit le niveau du smic.

À 2000 euros par mois, salaire médian, les infirmières paraissent s’en sortir mieux. Sauf que dans ce cas aussi la moitié d’entre elles ne parviennent même pas à ce salaire fait d’horaires décalés, de week-ends rares, de lourdeurs, et de responsabilités face aux malades.

Alors, quand le gouvernement, dès le 15 avril évoquait l’idée de prime en fonction des départements et des hôpitaux, entre 500 et 1500 euros, les blouses blanches n’allaient pas forcément adhéré, dans l’attente d’une hausse de leurs rémunérations. Des hospitaliers, dont l’urgentiste Christophe Prud’homme, rejetait alors une « prime de la discorde » une prime qui « entraîne un sentiment d’injustice » au parmi le personnel des hospitaliers, car « tout le monde a répondu présent ». « Les gens ne réclamaient pas cette prime », insistent les représentants des hôpitaux.

Un Ségur pas très secure

Le lundi 25 mai, deux semaines après le déconfinement, le gouvernement lançait son « Ségur de la Santé » piloté par l’ancienne patronne de la CFDT, Nicole Notat. Un mauvais signe envoyé aux plus hospitaliers les plus exigeants. Projet pour ces 7 semaines de négociations : rémunération, temps de travail, organisation entre la médecine de ville et l’hôpital. Une refonte globale en perspective dotée d’un budget prévisionnel de 12 milliards d’euros. Pourtant, un montant et une méthode qui ne rassurent pas les agents de l’hôpital. Ainsi, Frédéric Valletoux, dirigeant de la FHF (Fédération des Hôpitaux de France) décrivait, dès les premières semaines de concertations, une liste à la Prévert de dysfonctionnements de ce Ségur « Débats totalement hospitalo-centrés, réunions annulées, groupes de travail sans méthode donnant l’impression d’un brouhaha général, le tout sans qu’aucune donnée chiffrée ne soit avancée ».

Une longue séquence qui s’est achevée par une grande manifestation nationale des agents hospitaliers, le mardi 16 juin, dont celle de Paris, dans une large confusion. Un mouvement perturbé par des black block, des abus de lacrymogène par la police, et l’arrestation symbolique d’une infirmière, folle de rage et de colère, héroïne face au Covid-19, et surprise en flagrant-délit de jets de projectiles contre les forces de l’ordre… Une envie de dire que tout est mal qui finit mal.

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