Jérôme Peyrat, candidat LREM aux législatives en Dordogne, malgré une condamnation pour violences conjugales - Photo France 3 Nouvelle Aquitaine.

L’année 2022 sera à marquer d’une pierre blanche. Pourquoi ? 

Parce qu’elle aura poussé à son paroxysme les relations troubles entre la politique et les médias. 

Jamais une campagne présidentielle n’aura été, volontairement ou pas, si mal traitée, si mal couverte, à quelques rares exceptions, pour cause d’Ukraine, cette guerre épouvantable qui nous aura été servie, depuis 80 jours, matin, midi et soir parfois pour des raisons totalement justifiées, parfois pour des prétextes plus filandreux, au point de meubler les heures d’antenne à disserter sur la taille des canons, les stocks de munitions et les interviews en direct de soldats du bataillon néo-nazi Azov, transformés en héros de la résistance. Entendons nous bien. L’agression de l’Ukraine par la Russie est inacceptable. Nous avons tous tremblé en écoutant ces récits, ces souffrances d’un peuple qui s’exile, ces tortures, ces sévices, cette bestialité. Nous avons tous peur des mots «  missiles nucléaires », et « bombardements ». Nous partageons tous la peine de ces familles ukrainiennes décimées, de ces enfants assassines. La question n’est pas là. La question touche à ce fonctionnement médiatique quasi obsessionnel. 

Jamais une présidentielle n’aura été autant escamotée, une guerre autant instrumentalisée à des fins de politique intérieure par le chef de l’état lui-même, avec un suivisme médiatique qui laisse pantois.

Des sujets sur le scandale Mc Kinsey ? Il aura fallu attendre les 10 derniers jours de campagne pour en rendre quelques uns, avec parcimonie, entre deux flots d’explications sur la prise d’un pont à l’est du Donbass. 

Les émeutes en Corse, après le meurtre d’Yvan Colonna ? Mêmes causes, mêmes effets. Certains médias ont même fait totalement l’impasse … l’Ukraine, vous  comprenez …

Certains naïfs voulaient croire à une forme de rédemption pour les législatives. Bien trop naïfs pour saisir la même mécanique à l’œuvre : l’invisibilisation de cette campagne. 

Seul semble exister Taha Bouhafs. Nous ne redirons jamais assez à quel point cette investiture était une mauvaise idée, dès le départ, pour des raisons mille fois évoquées, auxquelles se sont additionnées des accusations de viol et de harcèlement sexuel en tout point intolérables. La France Insoumise a débranché son candidat en 5 jours et c’est heureux. Et depuis, le déferlement continue, plus violent encore contre ce mouvement, son leader, Jean-Luc Mélenchon, et l’union de la gauche qui fait mentir tous les éditorialistes qui ricanent, depuis des années, sur ces gauches irréconciliables. Le niveau de violence et de haine pour démonter Mélenchon, les partis de gauche qui se sont unis pour ces législatives, atteint des niveaux jamais vus. Plus aucune retenue, et plus aucune contradiction surtout. Hormis les leaders politiques eux mêmes, la presse française dans sa quasi totalité, tire à boulets rouge, tous les jours, depuis le 1er Mai, faisant feu de tout bois à commencer par l’affaire Bouhafs. 

On en oublierait presque les autres investitures scandaleuses de cette campagne, que la majorité se garde bien de régler : Jérôme Peyrat en Dordogne, condamné pour coups et blessures volontaires sur son épouse. Hier, les militants locaux d’En Marche se sont enfin  révoltés, refusant de faire sa campagne. 

Et que dire de Yves Blein, dans le Rhône, sous le coup d’une enquête pour harcèlement sexuel, candidat contre vents et marées. On nous dit qu’Emmanuel Macron a tranché lui même sur ces candidatures. C’est donc que le chef de l’État valide ces comportements scandaleux ? 

Il espère certainement passer entre les gouttes médiatiques et il aurait tort de se gêner car à part une ou deux mentions, en passant, la presse ne parle pas de ces investitures scandaleuses. Seule semble compter Bouhafs, la cellule mise en place par La France Insoumise, son fonctionnement, son opacité supposément stalinienne et toutes les débilités entendues depuis une semaine sur le sujet. 

L’os à ronger pour taper et taper encore dans un accord parfait qui va de Le Pen à Macron, de Bardella à Bayrou et de Valeurs Actuelles a RTL . Tout est fou. Tout est démesuré. Tout est tordu. 

Les seuls faits de campagne couverts se résument donc a l’affaire Bouhafs. Tout  le reste est invisible. Une stratégie qui n‘est évidemment pas dictée par Macron, car non, nous ne sommes pas en dictature, mais qui fait naturellement son bonheur : étirer le temps, faire mariner le plus longtemps possible l’opinion et les rédactions sur la nomination de sa nouvelle première ministre et de son gouvernement, entrer en campagne au dernier moment, en ayant organisé   ainsi une démobilisation vitale pour lui s’il veut conserver une très large majorité. 

La stratégie est cousue de fil blanc et personne ne semble vouloir la déjouer tant nous nous sommes habitués aux faits des princes qui se sont succédés à l’Élysée, à cette forme de journalisme qui ne prend pas le risque de déplaire, par conviction libérale ou par peur de l’exil aux barbaresques, cette forme de révérence qui consiste à ne pas trop bousculer l’ordre établi, à pratiquer la fausse critique, c’est à dire ces coups de griffes légers qui précèdent la marée de louanges. 

Entendons-nous bien : on a le droit de détester Mélenchon et la gauche. C’est même le sens de la liberté démocratique. En revanche, on n’a pas le droit, sous couvert de démocratie, d’organiser un débat public univoque, sans contradiction, sans contradicteurs, et sans sujets qui fâchent trop. L’opinion nous regarde. Elle sait très bien dire, avec d’autres mots que les miens, ce qui dysfonctionne désormais dans ce pays. Ce jugement n’est ni le fait de complotistes, d’extrémistes ou de factieux. Les Français sont très politiques, ils voient tout et savent prendre leur responsabilité. Ils n’aiment pas ce Président mais ils aimaient encore moins sa challenger. 

Ils savent bien que le débat est escamoté en partie artificiellement. Ils mériteraient autre chose que ces vitupérations entrecoupées de palabres souvent très ennuyeux sur une guerre mise en scène en Technicolor. Tout cela est malsain, contre productif et creuse un peu plus encore le fossé qui sépare le tout petit entre–soi du reste du monde. 

Partagez cet article :

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Nos dernières publications :

Cet article a 2 commentaires

  1. Emma

    Hier aucune différence entre l’interview sur BFM de Clementine Autain par Bourcier et Duhamel digne fils de son popa, de sa moman et de son tonton et de Quatennens par Malbrouk et deux pingouins sur CNEW.
    Deux interrogatoires de commissariat. Le spectacle d’un journalisme en pleine déconfiture totalement discrédité.

  2. Rosa

    Encore une fois, Madame Degois : respect ! j’ai admiré le courage avec lequel bien souvent je vous ai vue faire face à la réaction la plus sordide… et si ce n’était que ça ! mais aussi à la bêtise la plus crasse. Non pas que j’étais toujours d’accord avec vous ( je ne suis décidément pas socialiste) mais vos interventions et positionnements ont la qualité d’ouvrir le débat, d’interpeller l’auditeur attentif , de briser le ron ron dominant … bref, un vrai travail de journaliste. J’en attendais autant du très prometteur  » c politique » ou « c ce soir » et son naufrage dans le grand bain médiatique rend encore plus douloureux le constat que c’est quasi à leur insu que les animateurs-journalistes ont hurlé avec les loups : ne faut il pas lire derrière l’aveu de Laure Adler  » nous avons trop parlé de Zemmour » l’incapacité même à formuler  » nous avons occulté Mélenchon » et j’ajoute , tant la détestation est grande.
    Mais pourquoi donc n’êtes vous jamais sur ces plateaux ?

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.