Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac - Photo via Public Sénat.
Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac - Photo via Public Sénat.

« J’ai toujours pensé que le septennat de Valéry Giscard d’Estaing serait revalorisé » par l’Histoire. Confidence d’Alain Duhamel, noyée dans le flot de commentaires laudatifs engendrés par la mort de VGE. C’est ce qu’on pense forcément après avoir entendu les politiques, au-delà des clivages, rappeler les avancées sociétales que l’ancien Président, unanimement qualifié de « réformateur », a permises. Or c’est lui, VGE, qui a éveillé sans le savoir ma conscience politique, avant que je le retrouve, un peu plus tard, dans le cadre professionnel. Histoire courte. En live de Chamalières.

Année 1976. Giscard est à l’Élysée depuis deux ans. Jean Ferrat chante « Un jeune (républicain indépendant) », musique légère … et texte féroce ciblant ceux qu’on appelle « Jeunes Giscardiens », mouvement basé en Auvergne et créé pour soutenir celui qui incarnait leurs espoirs : « Dans la marmite aux idées toutes faites leur bouillie cuit depuis si longtemps qu’ils ont déjà l’âge de la retraite sans jamais avoir eu mal aux dents ». J’adore. Giscard m’agace. Sa modernité m’échappe. Le mange-disques s’égosille dans ma chambre d’ado, à Courcouronnes, dans l’Essonne. Chirac a claqué la porte de Matignon. Je ne comprends pas tout, je suis trop jeune, mais l’homme me plaît, le politique qui crée le Rassemblement pour la République me séduit.

Mai 1981. J’ai le droit de vote. Chirac vit désormais accroché au mur de ma chambre, à côté des Verts. Je l’ai rencontré, en vrai. Il a aimé mon prénom. Je me suis sentie toute petite. Par la suite, je n’ai pas pris ma carte au RPR mais je suis sympathisante et je fréquente les militants parisiens. Avec lesquels j’ai fêté non pas la victoire de Mitterrand, mais la défaite de Giscard. Comme si on avait gagné. J’avoue.

Arrive l’annonce d’une transhumance familiale en Auvergne. LE fief de VGE, quelque part en bas au milieu. La tribu a choisi de s’installer à Chamalières. À quelques centaines de mètres du bar « Le Président ». On a beau être en 1982, le MJG existe toujours, malgré la défaite de son gourou, je le constate très vite : ici, les « Jeunes Giscardiens » sont partout. Vu de près, ça fait peur, même s’ils ne sont pas antipathiques. Ils forment une sorte de cour qui n’a pas encore intégré la défaite et l’annulation des privilèges dont elle bénéficiait dans l’ombre du Roi. Pas simple, de vivre en Giscardie, pour une chiraquienne qui ne fait pas secret de ses convictions. Ils prennent, à tort, Chirac pour un plouc. Comme dirait Desproges, l’ennemi est bête…

Les années passent. De hasard en coïncidence, je suis devenue journaliste dans le coin. Je tends régulièrement mon micro à Giscard, qui demeure, ici, pour tous, le « Président ». C’est un plaisir. Il est brillantissime, le dire, on ose à peine. Le regard pétillant, toujours. J’ai tout oublié de mon allergie adolescente. Juste retenu que le militantisme éloignait parfois de la clairvoyance, ce que je n’ai plus jamais perdu de vue. Mon métier m’oblige à un recul qui me va bien. Une seule certitude, empruntée à Camus : « La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir ».

Je quitte le Puy-de-Dôme après l’élection de VGE à la présidence de la Région Auvergne. Direction une radio à Aurillac, fief de l’ex-secrétaire d’État à l’agriculture socialiste René Souchon, un aguerri à fort tempérament. Jacques Chirac vient d’être nommé Premier ministre. Je perçois rapidement que le Cantal, département voisin de la Corrèze et terre de naissance de Pompidou, est une base arrière de la Chiraquie. Et ce qui devait arriver arrive : à 24 ans (je crois), ce jour-là, je roule vers Bort-les-Orgues, à la frontière entre Cantal et Corrèze, où je dois réaliser ma première interview de Chirac, en tête-à-tête. C’est un peu la panique à bord, je vais devoir poser des questions à peu près intelligentes et sans trembler au super héros qui était arrimé au-dessus de mon lit, à droite d’Oswaldo Piazza, cinq ans plus tôt. Nous avions des escaliers à gravir, Chirac a voulu porter mon magnéto : « C’est trop lourd pour un jeune femme ». Il a bien fait, ça m’a piquée, il était hors de question que j’accepte, j’ai trouvé les arguments illico. Interview nickel. Ouf.

L’Auvergnat VGE président de Région et le Limousin Chirac Premier ministre, sur le papier, ça claque. J’ai passé quelques années à observer ces deux monstres depuis le Cantal, tout en gardant un œil sur une gauche auvergnate qui ne manquait pas de figures colorées et influentes pas toujours en osmose, mais c’est une autre histoire. Meilleure illustration de ce drôle de jeu de rôles : 1987. Le patron de la Région a reçu le chef du gouvernement en Auvergne pour couper le ruban du premier tronçon de l’autoroute A71 Clermont-Ferrand-Paris. Une journée de folie médiatique, même sans l’info en continu. Ces retrouvailles inédites avaient mis en lumière les atouts d’une Auvergne qui cherchait déjà à se désenclaver.
Elle a fini par déchirer le cœur de l’accordéoniste qui y a contribué, lui préférant, en 2004, un successeur socialiste qui ne manquait pas non plus de talent.

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