Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale lorsqu'il déclare "Quand j'entends le mot 'violence policière', moi, personnellement, je m'étouffe".
Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale lorsqu'il déclare "Quand j'entends le mot 'violence policière', moi, personnellement, je m'étouffe".

Décidément, la vie de Gérald Darmanin n’est pas un long fleuve tranquille. Tout était pourtant programmé pour dérouler un tapis rouge écarlate à ce fringant jeune homme, une sorte de Sarkozy bis qui devait rétablir l’ordre républicain et réconcilier la police avec l’exécutif. On allait voir ce qu’on allait voir !

Tout était donc prévu … sauf le prévisible.
Prévisibles, les manifestations qui le rattrapent depuis sa prise de fonction. À chaque déplacement, des manifestantes lui rappellent l’accusation de viol dont il fait l’objet. La question n’est pas de savoir jusqu’où elles iront. La question est de savoir qui a pu imaginer une minute, en le nommant à ce poste, qu’il échapperait à ces protestations ?

Prévisible aussi la réticence de la majorité face à la nomination d’un homme de cette droite décomplexée et très ambitieux. Elle le murmurait depuis sa nomination . Elle s’est clairement et officiellement cabrée hier lors de l’audition du ministre par les députés.
Sacha Houlié, l’un des piliers de LREM, a commencé son propos par un très cassant « Il n’y a pas de sauvages en France. Il n’y a que des citoyens français » et l’a poursuivi par « nous devons nous prémunir des outrances qui deviennent des outrages ». Le député souligne ainsi le malaise provoqué par l’utilisation du terme « ensauvagement ».
On a rarement vu un ministre se faire secouer de cette façon par sa propre majorité dès sa prise fonction.

Mais il y a aussi l’imprévisible, c’est a dire les boulettes de Gerald Darmanin lui même. Hier , devant ces mêmes députés , lancé dans un vibrant plaidoyer pour ses troupes, il lache : « quand j’entends parler de violences policières , moi je m’étouffe ». Une expression qui heurte et qui tombe très mal «J’étouffe», ce sont les derniers mots prononcés par le livreur Cédric Chouviat, mort par écrasement du larynx pendant une interpellation policière musclée. On a appris, il y a quelques jours, que cette enquête a donné lieu à plusieurs mensonges de la part de policiers incriminés et de leur hiérarchie.
«Je ne peux pas respirer» , ce sont aussi les derniers mots de George Floyd aux USA avant de mourir lors de son interpellation.

Lapsus révélateur ? Expression spontanée et mal maîtrisée ? Provocation volontaire et tentative de diversion ? Qui sait … Ces mots ont en tout cas provoqué une tempête sur les réseaux sociaux, même de la part de ceux qui soutiennent le plus fermement le chef de l’État.

Les premiers pas de Gérald Darmanin sont donc mal assurés , laborieux et ce ne sont pas les augmentations accordées par Emmanuel Macron et les tournées à tire larigot des commissariats et des casernes de pompiers qui combleront ce déficit , venu de celui dont on l’attendait le moins.
Et même si le chef de l’État soutient officiellement son ministre, s’est affiché avec lui lundi soir dans un commissariat parisien, de l’aveu même de piliers de la majorité, « il commence à devenir un problème ». De leur côté, les féministes annoncent la couleur : elles ne lâcheront pas cet été. Quant à la majorité, le ton est donné par Sacha Houlié. Elle peut se diviser profondément sur un coup de barre trop à droite, trop sécuritaire, trop outrancier. Et elle ne semble pas avoir l’intention d’étouffer son opposition à cette nouvelle ligne sécuritaire.

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