Le Premier ministre Jean Castex invité de France Info le lundi 12 octobre 2020- Capture Nos Lendemains.
Le Premier ministre Jean Castex invité de France Info le lundi 12 octobre 2020- Capture Nos Lendemains.

C’est parti pour deux jours de spéculations sur ce qu’Emmanuel Macron va dire mercredi soir. Le chef de l’État sera interrogé en direct de l’Elysée par Gilles Bouleau (TF1) et Anne-Sophie Lapix (France 2). L’entretien, également diffusé sur LCI, France Info et TV5 Monde, « portera notamment sur la situation sanitaire et économique du pays ». Avec une pincée de sécuritaire, selon toute vraisemblance, pour les mêmes raisons : l’épidémie explose, comme le feu d’artifice qui a mis en lumière le commissariat de Champigny-sur-Marne samedi soir et poussé le Président à (enfin) recevoir les syndicats de policiers jeudi.

Lundi matin, Jean Castex a préparé le terrain avant l’intervention présidentielle. Sur le front sécuritaire, les éléments de langage sont clairs. Version officielle : les trafiquants fulminent parce que la guerre leur a été déclarée par le gouvernement. Dixit le Premier ministre. Affirmation qui tranche avec l’aveu du maire de la commune, la veille, avant que Gérald Darmanin annonce des effectifs supplémentaires :  certains soirs, une seule voiture et trois fonctionnaires… pour assurer la sécurité de 76.000 habitants. De quoi effrayer les dealers en effet. L’exécutif veut faire croire qu’il dérange. Cette illusion a des limites. Tout comme celle d’un déconfinement réussi…

Les conséquences du brassage estival étaient prévisibles

C’est pourtant ce qu’a défendu Jean Castex sur France Info. Avant d’être propulsé à Matignon, il a orchestré le déverrouillage. Quand on lui demande s’il l’a raté, il répond que le confinement ne pouvait plus durer. Certes. Poussé dans ses retranchements, il assure que l’opération a été « efficace ». Et puis… « sont arrivées les vacances et les Français ont collectivement considéré que c’était fini, que c’était derrière eux ». Ces vilains. Lui, le Premier ministre, n’y est pour rien. Il rappelle qu’il n’est entré en fonction que début juillet et qu’il a pris trois décrets pour généraliser les masques dans l’espace public, dans les commerces, puis dans les entreprises, qu’il n’a cessé d’appeler à la vigilance et s’est même privé de vacances. 

Mais en tentant de se disculper, l’actuel Premier ministre cerne lui-même la faute de l’exécutif, trop lent dans ses décisions : réclamé depuis des mois, et encore plus après le 11 mai, par moult épidémiologistes (et par Françoise Degois inlassablement), le port du masque dans les lieux clos n’a été imposé qu’à partir du 20 juillet par un décret publié samedi 18 juillet au Journal officiel.

On a donc dit aux Français qu’il était obligatoire de se protéger le museau… dix-sept jours après la nomination de Castex. Quatorze jours après le début des vacances scolaires. Les vacanciers lâchés dans la nature ont, il est vrai, été appelés à être prudents et à respecter les gestes barrières entre deux verres sirotés en bande sur les playas ou ailleurs. Zones vertes et rouges se sont allègrement côtoyées y compris au camp naturiste du Cap d’Agde pour ne citer que lui. On a fait semblant d’être surpris d’y trouver un cluster le 21 août. Question : pourquoi Monsieur Déconfinement n’a-t-il pas fait en sorte que les mesures finalement imposées en juillet le soient en mai, dès la sortie du confinement, alors que ce brassage estival se profilait ? En quoi les Français sont-ils responsables de ce retard, qui a succédé aux tergiversations tragi-comiques de leurs gouvernants sur le thème des masques ? La nécessité de faire tourner l’économie du tourisme était-elle vraiment incompatible avec des restrictions de circulation raisonnables et réfléchies qui auraient peut-être évité la fermeture des bars, aujourd’hui, dans certaines régions ?

Les tests, l’autre fiasco non assumé par les autorités françaises

Et les tests, on en parle ? C’est l’autre fiasco non assumé par le gouvernement, qui a une fâcheuse tendance, à l’image du président de la République, à faire dans l’autosatisfaction quand il faudrait, pour rétablir une confiance indispensable, reconnaître les erreurs commises, que nous payons tous aujourd’hui. Une priorisation tardive. Des résultats à huit jours ou plus quand il aurait fallu qu’ils soient rapides, 24 heures maxi. Donc un dépistage totalement inutile : combien de cas positifs l’ont su alors qu’ils n’étaient plus contagieux ? Dans ce contexte, Castex n’a pourtant pas hésité à se vanter, lors de sa déclaration du 11 septembre, d’être à la tête d’un des pays d’Europe qui testaient le plus : « Un million de tests par semaine ». Pour rien ou presque. Surréaliste.

Il faut le reconnaître, le coronavirus n’est pas un cadeau pour les décideurs qui y sont confrontés, et on n’aimerait pas être à leur place, ce qui invite à une certaine indulgence. Mais il y a des limites. Porter le chapeau pour eux : c’est non. Même si tous les citoyens n’ont pas été exemplaires, globalement ils ont été plutôt dociles, face à une gestion de la crise sanitaire hésitante (euphémisme bienveillant). Ils se disent même prêts, à hauteur se 76 %, à réduire leurs libertés pour lutter contre l’épidémie, et ils ont toujours été favorables aux mesures de protection. Certaines questions se posent d’ailleurs, encore aujourd’hui. Et quelques incongruités peuvent apparaître de bonne foi aux esprits logiques, au-delà de l’inquiétude engendrée par un système hospitalier au bord de l’asphyxie.

Le télétravail optionnel en zones d’alerte renforcée et maxi : un non-sens

Par exemple le caractère non obligatoire de la mise en place du télétravail « à vocation  sanitaire » en zones d’alerte renforcée et maximale, alors que le milieu professionnel, public ou privé, est la première source de clusters en France. Si ce recours n’est pas accessible à tous, il pourrait bénéficier même à ceux pour lesquels il n’est pas possible. Désengorger certaines lignes du métro ou du RER à Paris. Donner plus d’espace, et donc réduire la charge virale ambiante, pour les salariés tenus de travailler en « présentiel ».

Autre source de clusters négligée : les écoles. La France a préféré penser que les enfants contaminaient « peu »… alors qu’il y a débat. S’ajoutant aux travaux de nombreux scientifiques qui soutiennent que les enfants sont un maillon de la chaîne de transmission du coronavirus, une étude publiée par le CDC (Centers for Disease Control and Prevention) et réalisée par l’Université de médecine de Varsovie sur une crèche révèle des résultats qui « contrastent avec le rôle présumé négligeable des enfants dans la propagation du SARS-CoV-2 ».

84.000 enseignants supplémentaires embauchés en Italie

Aujourd’hui, en France, les enseignants qui ont la charge des élèves de moins de 11 ans ne sont pas protégés : ils portent des masques, mais pas les enfants. Il faut désormais trois cas positifs dans une classe pour la fermer, ce qui permet au ministre de l’Éducation nationale d’afficher un bilan en trompe-l’œil. Pendant ce temps, l’Italie, a prévu d’embaucher 84.000 enseignants supplémentaires, 2,4 millions de pupitres ont été installés dans les locaux réquisitionnés afin de limiter le nombre d’élèves par classe, relate le site Checknews. Qu’attend la France ? Deux ou trois mois ?

Les mots du Président sont cette fois-ci plus qu’attendus, ils sont redoutés dans certains coins du pays affublés de la couleur rouge écarlate. « Tu sais si Macron va annoncer le confinement de Paris ? », m’a demandé un jeune de 25 ans en début de carrière à la capitale dans une filière épargnée. Non, je l’ignore. Je me contente de méditer les propos de son Premier ministre : « Le reconfinement général doit être par tous les moyens évité, c’est possible si nous nous y mettons tous ». Mais… des reconfinements locaux sont possibles : « Rien ne doit être exclu ». Ce qu’on aimerait, c’est que pour une fois, le Président reconnaisse ses erreurs. S’il se met en mode Père Fouettard, il ne sera ni audible ni crédible. Il est plus qu’urgent qu’il tienne un langage de vérité et cesse, au milieu du grand bazar, de continuer à prétendre que les autorités françaises ont été à la hauteur. Personne n’est dupe.

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