« Je suis un gaulliste social » déclare Jean Castex au 20h de TF1, ce vendredi 3 juillet 2020.
« Je suis un gaulliste social » déclare Jean Castex au 20h de TF1, ce vendredi 3 juillet 2020.

Quand un lent poison vous ronge, il faut vite trouver l’antidote qui va vous sauver la vie. Pour Emmanuel Macron, il y avait urgence. Cet antidote a pour nom Jean Castex, Premier ministre nommé ce vendredi.

Depuis de longs mois et tout particulièrement depuis la crise des Gilets Jaunes, Emmanuel Macron avait un besoin impératif de se provincialiser, de se doter d’un atout proximité. Faute d’un mandat local et du fait de ses expressions arrogantes, hautaines, Macron qui a pourtant grandi dans une famille bourgeoise d’Amiens, est apparu comme l’archétype du haut fonctionnaire parisien coupé des réalités quotidiennes des Français et de leurs difficultés. C’est le message qui lui ont envoyé parfois très violemment les Gilets Jaunes. C’est la raison pour laquelle il s’était lancé à corps perdu dans ce grand débat auprès des élus locaux, des maires de petites villes. Pour tenter que de capter auprès d’eux un peu de cet élixir de proximité.

Et puis les municipales ont aussi révélé une demande de proximité et d’ordre, comme l’a souligné Chloé Morin dans nos colonnes. Et c’est là qu’intervient le choix de Jean Castex, élu rural d’une petite ville de 7000 habitants dans les Pyrénées-Orientales. L’accent catalan du nouveau PM rappellera à chacune de ses interventions à la télévision ou à l’hémicycle cette proximité, antidote des maux du Président. Un accent qui va chanter aux oreilles de cette France dite « périphérique » qui vit toujours aussi mal son abandon, la fuite des services publics et des emplois et qui va être durement touchée par la crise économique. Un accent du sud qui dira je suis des vôtres à cette France du Sud gagnée par le RN et la tentation de l’extrême-droite. « Je suis un homme politique enraciné dans mon territoire, un homme politique de la vie quotidienne des Français » a ainsi déclaré Jean Castex lors de son interview au 20h de TF1.

Mais pour Emmanuel Macron, le nouveau Premier ministre est bien plus que cela. Jean Castex est aussi un Sarkozyste. Castex a ainsi servi Nicolas Sarkozy comme Secrétaire général adjoint de l’Élysée, le même poste qu’occupait Emmanuel Macron auprès de François Hollande. Voilà qui est utile quand on songe à faire campagne à droite toute, en séduisant cette France qui rêve d’ordre, d’affaires florissantes et ne goûte guère « les élucubrations écolo-altermondialistes ». Et le fait que Jean Castex ait été le Directeur de Cabinet de Xavier Bertrand au ministère de la Santé ne doit pas non plus déplaire à Emmanuel Macron. Bertrand qui ne cache pas ses ambitions pour la présidentielle de 2022 va avoir du mal à ajuster son tir contre le gouvernement. Il a déjà été obligé de dire du bien de son ancien et très proche collaborateur.

Jean Castex va aussi permettre à Emmanuel Macron reprendre pleinement la lumière. Il faut dire qu’Edouard Philippe quitte Matignon avec 50% de satisfaction, selon le baromètre Ifop-JDD. Le deuxième meilleur score sous la Ve République. Alors qu’habituellement la fonction carbonise les Premiers ministres, Edouard Philippe, à la faveur de sa gestion prudente de la crise sanitaire, ne cessait de gagner du terrain dans l’opinion. Ce qui n’était plus tenable pour le Président.

En prenant cette antidote, Emmanuel Macron va enfin pouvoir devenir cet hyperprésident qu’il a rêvé d’être, sans pouvoir y parvenir. Il avait pourtant dès son arrivée à l’Élysée tout fait pour contraindre Matignon et concentrer les pouvoirs à l’Élysée. Nomination de conseillers communs à l’Elysée et à Matignon. Réduction de la taille des cabinets ministériels, d’ailleurs totalement déraisonnable et dysfonctionnelle. Nomination directe et après entretien avec le Président des nouveaux directeurs d’administration centrale etc. Mais lorsqu’il avait demandé à Edouard Philippe que Nicolas Revel soit son directeur de cabinet, celui avait fermement refusé et choisi lui-même son plus proche collaborateur et clef de voute du travail interministériel. Ce qu’Édouard Philippe avait refusé, Jean Castex l’a accepté. Et voilà qu’un proche du Président de la République, Nicolas Revel, ancien directeur de cabinet de François Hollande est désormais le bras droit du Premier ministre.

Emmanuel Macron renforce son emprise sur l’appareil d’État, sur cet État profond auquel il adresse bien des reproches. Et il attend là aussi de Jean Castex, une expertise du travail gouvernementale qui lui permettra d’aller toujours plus vite et plus fort. C’est à double tranchant. Utile quand il faut apporter des solutions d’urgence fasse à la crise. Dangereux quand cela permet d’ignorer les oppositions légitimes.

Voilà donc où nous en sommes. Un président qui constitutionnellement est déjà surpuissant, plus puissant que n’importe quel Chef de l’État dans les grandes démocraties, renforce ses pouvoirs. S’installe pleinement et sans entrave dans le camp de la droite libérale, offrant au passage un boulevard à la gauche social-écologiste.

Mais s’installer dans une Ferrari au moteur surgonflé n’est cependant pas la garantie d’arriver sain et sauf ni même en avance là on veut aller. Le nouveau chemin peut vite mener dans le décor.

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