Elle porte le prénom de la plus grande guerrière berbère qui s’opposa, par les armes, aux musulmans Omeyyades au VIIème siècle. En arabe Kahina, en kabyle Kahena. Même si elle est née à Paris, Kahina Balhoul, première imame de France, a grandi en petite Kabylie, du coté de Bgayet (Bejaïa en arabe). Loin d’une pratique rigoriste de l’islam, ce territoire berbère s’affiche volontiers irrédentiste sur les plans politique, linguistique et religieux. Née en 1979, elle renoue avec la religion musulmane à la mort de son père, comme pour retrouver des repaires métaphysiques qui le rapprocheraient de lui. Un islam des lumières, celui du soufisme pacifique, tolérant, ouvert et même aérien. D’une pratique curieuse, elle en vient à professer le message, quelques années plus tard, en dirigeant des prières. Aujourd’hui Imame, à défaut d’être reconnue par ses pairs et ses pères… Kahina Balhoul commence à rassembler autour d’elle des fidèles qui adhèrent à son message de tolérance absolue.

Avant de devenir une autorité religieuse, la future imame mène une vie de jeune diplômée en droit, à son retour en France en 2003. A 24 ans, elle choisit le secteur bancaire où elle fait ses premières armes professionnelles. Les années passent, et son désir de spiritualité la submerge littéralement, un appel à la profondeur qui la travaille depuis son enfance. Les attentats de 2015, loin de l’éloigner de l’islam aux relents devenus haineux, la rapproche au contraire d’un islam lumineux et mystique. Comment aurait-il pu en être autrement ? Fille d’un père kabyle éloigné de la religion, d’une mère française athée, petite-fille d’une grand-mère maternelle juive polonaise et d’une grand-mère paternelle catholique, noyée dans un syncrétisme de bon aloi, Kahina Balhoul se tourne vers une spiritualité intime qui lui ressemble le plus, le soufisme. Non sans adopter les canons classiques de l’islam, les cinq piliers originels que sont la shahada, la prière, le ramadan, la Zakat, et le pèlerinage.

« Le voile n’est pas une obligation religieuse »

Son projet religieux révolutionnaire, en ses principes libéraux, tient en quelques points émancipateurs des dogmes fermés habituels en islam : Prière en commun rassemblant les hommes et les femmes, prêche édicté en français, foulard totalement facultatif sauf pour la prière, conduite de la prière par une femme ou un homme, ouverture des mosquées aux non-musulmans. Kahina Balhoul, en excellente pédagogue, revendique dans son livre « Mon islam, ma Liberté » (Albin Michel) un islam débarrassé de ses oripeaux conservateurs. Dans Ouest-France, elle expliquait ainsi la teneur de son message religieux : « Dans l’islam, comme dans toutes les traditions, on trouve des lectures spirituelles et ésotériques. Le soufisme c’est avant tout la spiritualité. Cette richesse extraordinaire, qui est le cœur de cette religion, s’oppose à ce que l’on en connaît aujourd’hui et qui se réduit à une succession de normes, de choses licites ou illicites. Dans mon livre, j’ai tenu à mettre en lumière des moments importants dans l’histoire de la pensée religieuse qui montrent que l’islam n’est pas figé, qu’il n’a pas toujours été ce que certains courants fondamentalistes montrent et tiennent aujourd’hui pour des vérités ».
À une époque où le voile est accusé d’être, avant tout, un instrument de revendications politiques, Kahina Balhoul préfère calmer le jeu, tout en y voyant une utilisation obscurantiste contre les femmes. Elle qui a connu les années noires du terrorisme en Algérie, elle sait combien les islamistes ont contribué à « re-voiler » les femmes dans ce pays qu’on croyait libéré de cette contrainte, jusqu’à l’arrivée du FIS (Front islamique du salut). Adolescente à ces heures-là, elle ne s’est jamais soumise à ce diktat dogmatique : « Je n’ai jamais porté le voile, mais j’ai vu cette transformation sociale dans l’Algérie des années 90, avec l’arrivée des courants fondamentalistes, qui ont diffusé l’idée que pour être une bonne musulmane, il fallait porter le voile, allant jusqu’à culpabiliser les femmes de s’habiller normalement. Le voile n’est pas une obligation religieuse, c’est une question d’interprétation de texte. Je n’ai aucune culpabilité, ni aucun remords, ni aucun problème car je connais bien les textes ».

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