Convention Citoyenne pour le Climat réunie au CESE - Capture vidéo.
Convention Citoyenne pour le Climat réunie au CESE - Capture vidéo.

Une fois de plus, nous ouvrons Twitter ce matin, café et tartines à la main, et découvrons en TT… Zemmour.

Qu’a-t-il encore dit ? Quelle provocation nouvelle, comment a-t-il encore réussi à franchir le mur de l’acceptable ?

Il a parlé, cette fois, de la Convention Citoyenne. Cette convention de « Monsieur ou Madame Michu » tirés au sort, qui vient de rendre sa liste de 150 propositions pour sauver la planète. Qui a failli proposer les 28 heures hebdomadaires, avant de rejeter la mesure dans la dernière ligne droite. Qui soulève déjà les polémiques avec la proposition de limiter la vitesse sur autoroute à 110 km/h.

Il a notamment déclaré « Les Gilets jaunes s’étaient révoltés contre une mesure d’écologie punitive. Au final, avec cette Convention citoyenne qui était censée répondre à leurs attentes, on va leur en présenter 150 ! ».

Une déclaration d’une mauvaise foi terrible, car au fond, quoi de plus punitif que de ne pas se contraindre aujourd’hui, pour voir la dégradation climatique engendrée par nos excès punir nos enfants demain ? Sur fond d’unanimité populaire sur la nécessité de lutter contre le réchauffement climatique, la cause écologique a été depuis trop longtemps réduite à un débat artificiel entre les « punitifs » et ceux qui ne le seraient pas. Artificiel car quel que soit le bout par lequel on prendra le débat, changer nos modes de vie et de consommation sera toujours une contrainte. Changer nos habitudes ne sera pas tous les jours faciles. On peut accompagner, atténuer les difficultés financières notamment, mais en réalité il n’y a pas d’écologie qui ne soit en rien, jamais, aucunement contraignante. Et la commission citoyenne aurait sans doute voulu parvenir à la conclusion inverse. C’est la preuve de la bonne foi de ses membres que d’assumer, comme le font déjà la plupart des associations et partis écologistes « raisonnables », que si nous ne voulons pas punir nos enfants demain, il faudra savoir se « punir » un peu nous-mêmes aujourd’hui.

Et puis Zemmour a également dit « Je propose que l’on fasse une commission sur l’immigration, l’identité, la démographie, et je suis même prêt à être le président de cette convention ! avec un référendum au bout ! ».

Et c’est là, surtout, que nous mettons le doigt sur un malaise qui nous habitait depuis quelques jours, à la lecture des éditos enflammés pour cette démocratie régénérée, et des commentaires dithyrambiques sur cette parole citoyenne comme sortie casquée de la cuisse de Jupiter.

Malaise car oui, si l’on suit la logique actuelle, pourquoi dirions-nous non à Zemmour ? Si l’avenir de la planète mérite sa convention, alors pourquoi pas l’immigration ? Ou la sécurité ?

En réalité, la démocratie participative nous est trop souvent vendue comme une solution miracle à nos impasses, à nos conflits, à nos pugilats médiatiques ou à nos blocages parlementaires. Cette convention devait « construire de l’acceptabilité », c’est-à-dire rendre acceptables des solutions que ni les experts, ni les élus, n’ont su ni expliquer ni imposer aux citoyens depuis plusieurs années.

Mais le citoyen ordinaire a-t-il vraiment plus confiance en Madame X, tirée au sort, qu’en Monsieur Y, élu de la Nation ? On en doute fort. Car il ne faut pas oublier que notre pays ne se caractérise pas seulement par une défiance verticale immense vis-à-vis de nos élites… cette défiance se double en effet d’un gouffre tout aussi grand entre les citoyens eux-mêmes. Le confinement nous aura démontré combien nous nous plaisons à nous dénigrer les uns les autres, à nous contrôler, nous espionner, et dénoncer ce voisin qui chercherait à conquérir sur nous une petite part de cette liberté surveillée qui fut la nôtre pendant quelques semaines…

Donc en réalité, la « capacité d’appropriation » citoyenne des mesures de la convention risque, au final, de n’être pas beaucoup plus grande que ne l’est la capacité du citoyen à faire sienne les propositions de tel ou tel parti politique, ou de l’association Y ou Z.

La convention citoyenne allait réinventer les solutions, et l’on voit les observateurs se désoler de ce qu’elle n’aura, au fond, qu’arbitré entre des solutions techniques déjà existantes, et rien inventé de bien neuf. On voit bien là le peu d’estime dans laquelle la plupart d’entre nous tenons le travail parlementaire ou associatif, ou encore universitaire ! Pourquoi celui qui est choisi pour ne « rien » connaître serait-il, par principe, plus intelligent et innovant que ceux qui travaillent sur le sujet depuis des années ? Cet espoir de solutions nouvelles n’est que le revers de la défiance et le mépris profonds dans lesquels nous tenons les « experts »… Cette convention aura donc la vertu, sur ce sujet peut-être, de nous ramener les pieds sur terre, et de cesser de rêver des solutions miracles, indolores, qui n’existeront probablement jamais.

Mais le plus gênant, dans cette affaire, est ce que les espoirs démesurés portés sur cette convention disent de notre constat sur la situation démocratique : au fond, pour beaucoup, on sent bien que le débat parlementaire, la séparation des pouvoirs, le principe de représentation, ont déjà été passé par pertes et profits. Ceux qui veulent construire de nouvelles solutions ne sont pas toujours dans une démarche – salutaire, utile, que j’approuve – consistant à compléter notre démocratie, mais plutôt à supplanter des principes qui ne fonctionnent à leurs yeux plus, par d’autres. Ils sont évidemment peu nombreux, et heureusement. Mais cultiver cette illusion que d’autres arrangements institutionnels que les nôtres pourraient être préférables aux principes fondamentaux qui nous permettent de décider et d’agir collectivement est dangereux.

Car quel signal, quel message risque-t-on d’envoyer avec les immenses espoirs – démesurés mêmes – qui avaient été placés dans cette convention citoyenne ? Que le citoyen sait mieux que les experts. Qu’il faut achever les corps intermédiaires. Qu’un collectif de citoyen tirés au sort est plus légitime qu’un collectif d’élus. Que le référendum est préférable à l’élection de représentants.

Ce ne sont évidemment là que des raccourcis. Mais le danger est grand que, si l’on ne met pas cette innovation à sa juste place, si l’on en attend trop, on en vienne à achever les institutions de la Ve République. Il faut y prendre garde. Elles sont déjà bien fragiles, et il n’est pas sûr que 150 tirés au sort suffisent à les remplacer, si elles en venaient à s’effondrer…

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