Ministère des Finances à Bercy, Paris - Photo ActuaLitté - Creative Commons.
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La dette ? Voilà l’ennemie !

Depuis 40 ans, ce discours convenu assomme les citoyens comme s’il s’agissait d’un risque personnel. Comme si chacun des Français se voyait alourdi du poids de leur légèreté, cigales qu’ils sont ! Avec l’accord européen sur les 750 milliard de budget prévisionnel, le débat est encore relancé. Certes, sur ce montant astronomique, la moitié représentera des subventions, il n’empêche, le mal pour un bien est fait. L’autre moitié devra être remboursée… À 27 !

Ce qui allège assez fortement la lourdeur d’une créance à rembourser à l’Union européenne.

Cette histoire de dette obsède tous les gouvernements, et les économistes classiques qui ne jurent par l’équilibre budgétaire. Des principes que devrait s’appliquer à l’État, mais pas les entreprises qui utilisent largement cet instrument d’avance de capital immédiat. Non, les finances publiques doivent prendre moins de risques d’investissements que les entreprises elles-mêmes. Un avis ardemment défendu par la Cour des comptes, sous la présidence de Didier Migaud. Encore récemment, elle avertissait : « La France ne peut laisser filer son endettement sans s’exposer à des difficultés majeures à moyen et long termes. Dans l’immédiat, les risques d’une crise financière sont faibles car les taux d’intérêt sont à un niveau historiquement bas. Mais à long terme, ils pourraient finir par remonter, dans l’ensemble de la zone euro ou dans les Etats les plus endettés de celle-ci. »

La France sauvée par le gong européen

Selon toutes ces institutions, la dette représenterait le pire des poisons. Avec un discours de culpabilisation affective à la clé : « Ce sont nos enfants qui paieront l’ardoise que nous leur laisseront ! ». Et qu’on ne se tourne pas vers la Banque Centrale Européenne pour soulager les États de l’Union, après les dégâts économiques et sociaux engendrés par le confinement. Coté gouvernemental, on s’est longtemps inquiété de voir la perte de crédibilité de la BCE, si elle se muait en machine à créer de la monnaie. Une pratique qui affaiblirait l’Euro et l’Europe ; une conviction partagée par la présidente de la BCE, Christine Lagarde, qui défendait l’idée « qu’annuler une dette est totalement impensable ».

A l’opposé de cette pensée craintive, et finalement assez abstraite, un autre courant d’idées s’impose. Car le Covid-19 a changé la donne. Fini les cigales et les fourmis, le virus attaque le monde entier en même temps. Reviens en force la comparaison entre le bon et le mauvais cholestérol, Car, il existe une bonne et une mauvaise dette. De quel côté, classer les investissements dans la santé, les écoles, les nouvelles technologies, la transition écologique ?

Les 35 milliards du plan de relance européen rebattent toutes les cartes, tous les schémas de pensée budgétaire. Certes conditionnés, permettront-ils à la France de rebondir, dans la perspective d’une rentrée cataclysmique sur le front de l’emploi ? De fait, le gouvernement s’apprête plutôt à imposer des réformes structurelles inacceptables comme gages donnés à l’Europe.

En attendant, terminées les polémiques sur la dette publique de la France qui passera à l’automne 100% à 120. Même les plus allergiques à la dette, en ces temps de crise sanitaire, conviennent finalement de l’impérieuse nécessité d’un endettement salutaire. Ce que résume d’une phrase définitive le nouveau premier président de la cour des comptes, Pierre Moscovici : « Dans l’immédiat », les forces doivent se concentrer sur « la maîtrise de la situation sanitaire et le redémarrage de l’activité ». Fin du débat.

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