Jeffrey Preston Bezos alias Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, caricature de DonkeyHotey

Les États-Unis ont été frappés de plein fouet par le Coronavirus. Le compteur macabre du pays le plus touché de la planète affiche plus de 95.000 morts et au-delà d’un million et demi de cas positifs.

Donald Trump, qui dénonçait au début de la pandémie un canular des démocrates visant à lui nuire, a mis quelques semaines à sortir du déni, ce dont il se défend aujourd’hui sans complexe. Le président américain s’amuse à dépasser les bornes des limites un peu plus chaque jour, ce qui n’empêche pas 42 % des Américains de continuer à le suivre, même s’il compte désormais 11 points de retard (50 %- 39 %) sur l’ancien vice-président Joe Biden dans la course à la Maison Blanche, selon un sondage publié mercredi par l’université Quinnipiac.

Feu vert à la phase 1 du déverrouillage de l’État de New York

Pendant que Trump multiplie les sketchs et met la pression pour la reprise du travail, l’État de New York, qui émerge à peine de l’apocalypse, s’apprête à aborder la première phase du plan de réouverture progressif des zones remplissant les sept conditions requises. Ce dispositif, explique le Gouverneur Andrew Cuomo, vise à « ramener les gens au travail et à atténuer l’isolement social sans déclencher une nouvelle propagation du virus ou submerger le système hospitalier ».

25 millions d’Américains perçoivent une indemnité de chômage

Parallèlement au désastre sanitaire, c’est en effet un cataclysme économique et social qui se profile. Selon les chiffres publiés jeudi par le département du Travail américain, 2,43 millions de nouveaux chômeurs ont été enregistrés la semaine dernière dans le pays.

Au total, depuis la rupture brutale d’activité due à la pandémie, 38,6 millions d’Américains ont pointé au chômage. Ils sont désormais plus de 25 millions à percevoir une indemnité. Un niveau faramineux. Les plus faibles revenus ont été les plus durement touchés au cours des deux derniers mois : près de 40 % des personnes travaillant en février et gagnant moins de 40.000 dollars par an ont perdu leur emploi. Quant à ceux qui en ont toujours un, ils confient pour certains faire le job la peur au ventre.

Les Américains qui tirent leur épingle du jeu, ce sont les plus riches, en particulier ceux qui ont misé sur les technologies de communication. Vente en ligne, travail en mobilité, conférences, réunions, fiestas et apéros à distance ou autres séminaires digitaux ont explosé pendant le verrouillage, faisant le bonheur des poids lourds en embuscade.

Le fondateur de Zoom a gagné près de 4 milliards en 3 mois

Meilleur exemple, le boom de Zoom. La société californienne s’est offert un succès planétaire via son application gratuite : la plateforme, qui peut accueillir jusqu’à 100 frimousses actives en visio, a enregistré 300 millions de participants par jour durant les trois premières semaines du mois de mai, contre 200 millions en mars et… 10 millions en décembre 2019. En quatre mois, le nombre de participants a augmenté de 3.000 %. Jackpot pour Eric Yuan, PDG et fondateur de Zoom : il a gagné près de 4 milliards de dollars en trois mois.

Plus globalement, la catastrophe sanitaire et le confinement tardif qui ont fait la misère des uns ont gonflé le pactole des autres. Un rapport mené conjointement par Americans for Tax Fairness  et l’Institute for Policy Studies, basé sur les données de Forbes portant sur plus de 600 milliardaires américains, révèle qu’entre le 18 mars et le 19 mai, ceux-ci ont globalement vu leur fortune progresser de 434 milliards de dollars, soit une augmentation de 15 %.

Les gains les plus importants dans ce laps de temps ont été réalisés au sommet de la pyramide, avec une hausse globale de 76 milliards de dollars pour le Top 5 : Jeff Bezos, Bill Gates, Mark Zuckerberg, Warren Buffett et Larry Ellison.

Jeff Bezos, le roi de la fête, a empoché 34,6 milliards

Amazon et Facebook empochent à eux seuls 14 % du total. La fortune de Jeff Bezos a augmenté de 34,6 milliards de dollars (+ 30 %) et s’établit à 147 milliards. Celle de Mark Zuckerberg a fait un bond de 25 milliards (+ 46 %), pour atteindre 80 milliards de dollars. L’ex-femme de Bezos, MacKenzie Bezos, qui a reçu des actions d’Amazon lors de son divorce avec le poulet aux œufs d’or, a vu sa richesse grimper d’un tiers, à 48 milliards de dollars.

La valeur nette des milliardaires américains a pris 15 % durant la crise sanitaire. En mars, ils étaient 614 sur la liste Forbes. Deux mois plus tard, ils sont 634, dont le rappeur mégalo Kanye West, qui a enfin fait son entrée dans le cercle convoité des Américains richissimes (1,3 milliard de dollars), ce qu’il revendiquait depuis longtemps.

Sur l’ensemble de l’année et selon l’indice Bloomberg Billionaire, la fortune de Buffett a diminué de 20 milliards de dollars, tandis que celle de Gates est en baisse de 4,3 milliards de dollars. Jeff Bezos a encaissé 35,5 milliards de dollars, Zuckerberg 9 milliards. Et autant de likes.

Un système fiscal « câblé pour canaliser la richesse vers le haut »

Des chiffres qui donnent le tournis, et mettent en lumière une réalité insupportable, qui n’a pas échappé au candidat démocrate à la présidentielle américaine. Joe Biden s’en est pris au patron d’Amazon, hier : « Il devrait commencer à payer des impôts ».  Interviewé par CNBC, Biden a fustigé les entreprises « qui ne paient aucun impôt et gagnent des milliards et des milliards et des milliards de dollars ».  Selon le magazine Forbes, Amazon a payé zéro dollar d’impôt fédéral sur le revenu de 2016 à 2019 et 162 millions en 2020, soit environ 1,2 % de son revenu avant impôt. 

D’où le constat de Chuck Collins, directeur du programme IPS sur les inégalités : « Alors que des millions de personnes risquent leur vie et leurs moyens de subsistance en tant que premiers intervenants et travailleurs de première ligne, ces milliardaires bénéficient d’un système économique et fiscal qui est câblé pour canaliser la richesse vers le haut ».

Le « Millionares Giveaway » boulet de la loi CARES

La fracture déjà existante entre les premiers de cordée américains et ceux qui se trouvaient en bas de l’échelle avant que le Coronavirus ne mette l’économie à genoux s’est violemment ouverte et fait encore plus mal. Les auteurs du rapport pointent des décennies de réductions d’impôts qui ont « alimenté la croissance des milliardaires ».

Dans le collimateur, le récent « Millionares Giveaway », inséré dans la loi « CARES » (Coronavirus Aid, Relief, and Economic Security) promulguée fin mars. Selon le Joint Committee on Taxation, cet allègement fiscal génère « une réduction d’impôt moyenne de 1,6 million de dollars au bénéfice de 43.000 millionnaires et milliardaires« . Le JCT estime que la suppression de cette mesure pourrait générer 246 milliards de dollars. Beaucoup plus que les dons annoncés par les plus généreux des Américains qui réussissent, quand ceux qui ne sont rien deviennent encore moins.

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