Emmanuel Macron en déplacement à l'Université d'Orsay, vendredi 21 janvier 2021 - Capture Nos Lendemains.

Verrouillage or not verrouillage. Et si oui, lequel ? La France attend de savoir si elle va à nouveau se confiner, pour la troisième fois, comme l’Allemagne jusqu’au 14 février ou le Danemark jusqu’au 7 et d’autres, avec des configurations variables.

Emmanuel Macron a décidé de se donner du temps pour trancher avant de prendre sa décision, et il le fera à la lumière d’une évaluation précise des effets éventuels des 15 jours de couvre-feu à 18 heures, tout en ayant à l’œil les variants, qui viennent compliquer une problématique déjà casse-tête, laquelle se corse encore si l’on ajoute le paramètre vaccination. Le Conseil de défense se réunit mercredi. « Tout sera mis sur la table ».  Personne ne saura quoi et par qui : secret défense.

En attendant, l’heure est aux spéculations. Toutes les hypothèses de nouvelles restrictions circulent, y compris celle d’un confinement ciblant les seules personnes à risques, ce qui serait discriminatoire, peut-être anticonstitutionnel, et inutile, puisque ces Français-là, sauf à avoir envie de se payer un voyage en réa, s’auto-assignent déjà à résidence autant que possible.

Autre piste, qui permettrait de bénéficier de la fermeture des établissements scolaires sans nuire à la continuité pédagogique tout en se confinant… un peu ou beaucoup : regrouper les vacances d’hiver des différentes zones, rajouter une semaine pour en faire trois qui commenceraient pour tous le 5 février au soir, c’est-à-dire dans dix jours. Une conférence de presse du ministre de la Santé est annoncée jeudi.

Le patron du Conseil scientifique, lui, est sorti de sa boîte en deux temps. Invoquant l’apparition des variants sur le territoire français, qui change la donne et nécessite « un changement de logiciel », il a estimé dimanche sur BFMTV, au cours d’une intervention carrément transparente en mode « vous saurez tout sur les mutants », qu’il faudrait « probablement » aller vers un confinement. « Si nous continuons sans rien faire de plus, nous allons nous retrouver dans une situation extrêmement difficile comme les autres pays dès la mi-mars ». Alors, quand ? « C’est aux politiques de décider, nous sommes dans une semaine critique ». Dans l’entretien qu’il a accordé lundi à Libération qui le met à la une mardi, Jean-François Delfraissy précise : « On n’est pas à une semaine près ». D’aucuns évoquent un revirement, qui ne saute ni au yeux ni aux oreilles lorsqu’on écoute son interview télé. Il ne s’est en revanche pas privé de contrer le ministre de la Santé sur les ambitions vaccinales affichées : « Nous n’aurons pas vacciné l’ensemble des Français pour l’été ».

Olivier Véran lui-même n’est pas constant dans le calendrier qu’il avance. Les prévisions en la matière ne peuvent qu’être hasardeuses, compte tenu du caractère aléatoire de la production et de la livraison des vaccins. Pasteur est forfait. On craint que Sanofi suive. Déjà,140.000 doses de Pfizer font défaut en France en raison des retards de livraison. AstraZeneca fournira 60 % de doses de moins que ce qui était convenu à l’Europe au premier trimestre, pour des raisons qui n’ont pas convaincu l’UE. Il faudra donc faire avec 31 millions de doses pour l’ensemble de l’Europe. Il faudra surtout faire avec ce qu’on aura, et bien malin qui peut le savoir aujourd’hui. La frustration engendrée ne doit pas faire oublier que l’apparition de plusieurs vaccins à ce stade demeure une bonne surprise, inespérée, et qu’être patient tout en ayant l’espoir d’une sortie du tunnel, même sans savoir quand, est moins difficile que sans.

Pour l’heure, le fait que le Président choisisse de se donner du temps alimente le débat sur l’urgence du tour de vis. « Certains membres du gouvernement considèrent qu’on peut attendre, nous, scientifiques, considérons qu’on ne peut pas attendre », a résumé l’infectiologue Karine Lacombe. « Il est toujours plus efficace d’être en préventif plutôt que de mettre en place un confinement alors qu’on est déjà au bord de craquer » dans les hôpitaux. Nombreux sont les appels des médecins allant dans le sens de l’urgence. À l’image de l’épidémiologiste et biostasticienne Catherine Hill, qui va plus loin et prône un confinement utile, qui serait mis à profit pour traquer la bestiole immeuble par immeuble, avec un leitmotiv : tester-tracer-isoler, et un nouvel outil, les tests salivaires.

Plus rares sont ceux qui, comme le médecin de santé publique Martin Blachier, pilier cathodique par ailleurs dirigeant de la société privée PHE, estiment qu’un confinement préventif n’a pas de sens. En septembre, face à l’alarmisme du patron du Conseil scientifique, le trentenaire (qui suggère aujourd’hui que l’on « débranche » Jean-François Delfraissy), avait affirmé que la situation se normaliserait « dans les jours et les semaines suivantes ». Sacrée vista.

Dans ce contexte de pression, il s’agit aujourd’hui pour le président de la République non pas de trouver la bonne solution, mais de définir la moins mauvaise. Le délai de réflexion qu’il s’accorde traduit avant tout la volonté de viser au plus juste. En tenant compte, aussi, de l’hostilité grandissante et désormais majoritaire des Français à une nouvelle mise en cage. Ils sont pourtant plutôt raisonnables, les 66 millions de procureurs, en comparaison de certains pays voisins, comme les Pays-Bas, où la mise en place d’un couvre-feu en plus du confinement en vigueur depuis le 4 novembre a déclenché deux nuits d’émeute. Plus le temps passe, plus ce genre de scénario est à redouter. Bien peser les décisions, travailler leur cohérence, est donc un préalable nécessaire à ce qu’elles soient comprises au mieux. Macron ne doit pas être attaqué là-dessus.

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