Paris La Défense - Photo CC CpaKmoi

Le dernier malade n’est pas encore sorti du dernier de lit de réanimation, nous n’avons même pas encore le nombre définitif de décès, chaque jour 200 à 300 personnes continuent de mourir du Covid-19 mais déjà, sonnez trompettes, résonnez clairons, voilà la France qui va bien, qui nous donne à nouveau à voir son plus beau visage.

Qu’entend-t-on depuis 24h ? Les mêmes mots, les mêmes arguties pendant la crise des gilets jaunes.

 Il aura fallu un sondage publié dans Le Figaro, lundi matin, montrant qu’une écrasante majorité de Français pense que le gouvernement leur a menti ou à mal agi, pour que ressurgissent, comme des diables de leurs boites, les mêmes jérémiades sur ces Français qui décidément sont des enfants gâtés … ces Français qui ne se rendent pas compte de la chance de vivre dans ce pays de cocagne … cette malédiction française qui voudrait qu’on râle tout le temps, qu’on se plaigne tout le temps … bref,  vous êtes des ânes bâtés, doublés d’ingrats.

La France cossue contre la France qui rame

Insupportables discours tenus par toute cette France qui va bien, cette France au fort pouvoir d’achat, cette France qui est visible, voyage, envoie ses enfants faire des études dans les meilleures universités, cette France de propriétaires de résidences principales et secondaires, cette France cossue qui a l’évidence,  s’imagine être LA France.  

Ils sont sincères, nos amis, lorsqu’ils défendent le cercle de la raison, la mondialisation, la compétition saine au sein de l’entreprise, le gouvernement,  les licenciements pragmatiques. Ils sont sincères mais ils sont à côté de la plaque.

Car les Français ne sont pas par nature des râleurs. Ce genre de phrase toute faite , aussi idiote que les italiens sont dilettantes , les japonais robotisés, les allemands austères . En un adjectif , on qualifie ou disqualifie au gré de ce que l’on veut démontrer .

Oui , les français sont en majorité angoissés . Depuis longtemps. Car depuis longtemps, les inégalités se creusent,  depuis longtemps les délocalisations pulvérisent des milliers d’emplois, la perte de pouvoir d’achat, le chômage et l’ascenseur social grippé bouchent leur horizon.

 Oui, ils sont inquiets lorsqu’on leur demande chaque année de plus en plus d’efforts, de plus en plus d’impôts et qu’ils trouvent de moins en moins à se loger, à acheter un petit chez-soi a des prix raisonnables.

Oui, ils sont inquiets quand ils voient l’inégalité dans  le partage des richesses,  le démantèlement des services publics, les  mêmes élites qui enfourchent les mêmes chevaux en changeant juste la couleur de la casaque.

Oui, ils voient  leur petit dernier ramer pour trouver un job même en étant sur diplôme, leurs parents enfermés dans des EHPAD hors de prix.

Oui l’État Providence s’exprime en France de fort belle manière mais cela ne suffit pas recréer de l’espoir pour tout un peuple.

On n’entraîne pas un pays avec des chiffres, de tableaux Excel et des statistiques. On entraîne un pays avec un projet, une vision et surtout, surtout le sentiment que l’on donne de se préoccuper,  à part égale, du bonheur de tous. Un sentiment qui s’est évaporé depuis fort longtemps dans la conduite des affaires de ce pays.

Oui, les Français sont défiants. Car ils sont exigeants. Ils sont politiques. Ils voient tout. Ils voient  les mêmes ressorts remontés pour remettre en place, alors que le virus court toujours,  les mêmes systèmes et à terme, la même tragédie sociale et environnementale.

Mais cette fois, il est fort à parier qu’ils ne se laisseront pas faire. La France qui va bien a tremblé sur son séant avec la crise des gilets jaunes. Elle ferait bien de réfléchir au séisme qui vient si elle s’acharne dans ces mauvais réflexes qui signent un égoïsme, une morgue et un manque de bienveillance qui lui fera bien plus de mal que la chute vertigineuse du PIB.

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