Emmanuel Macron giflé par un jeune homme d'extrême-droite - capture via Twitter.
Emmanuel Macron giflé par un jeune homme d'extrême-droite - capture via Twitter.

Il ne faut pas gifler le président de la République sous peine de se retrouver direct à la case prison. C’est le sens du jugement rendu jeudi par le tribunal de Valence à l’encontre du jeune Drômois qui a agressé à Emmanuel Macron, mardi. Le gifleur a été condamné à dix-huit mois de prison dont quatre ferme par le tribunal de Valence. Il devrait faire trois mois effectifs avec la réduction automatique de sa peine (principe dont la suppression figure dans la réforme de la justice adoptée en première lecture le 25 mai à l’Assemblée nationale). La sanction est assortie d’une certain nombre de dispositions lourdes, notamment une obligation de soins psychologiques et l’interdiction d’exercer toute fonction publique à titre définitif. Damien T. a dix jours pour faire appel. 

Un jugement exemplaire. Bien dosé aux yeux de certains, parce qu’il fallait marquer le coup. Sévère selon d’autres, le prévenu n’ayant pas de casier et blessé personne. Les juges n’ont suivi que partiellement le procureur, qui avait mis la barre très haut en requérant dix-huit mois ferme sans aménagement et avec mandat de dépôt, « une peine forte qui protège les institutions » afin que « ce genre d’événement ne se renouvelle pas (…) ce n’est pas ça la démocratie, la démocratie c’est le contact ».  

La démocratie, le Drômois de 28 ans l’a évoquée en répondant aux questions de la présidente : « Je ne voudrais pas faire le procès de notre démocratie mais je pense qu’Emmanuel Macron n’a pas été élu par l’ensemble de la population française ». Ou encore : « J’estime que les Gilets jaunes et le peuple français s’expriment mais que leur avis n’est pas écouté ». Le prévenu, qui a dit avoir eu le sentiment d’être investi d’une mission pour les GJ, a totalement assumé son opposition au chef de l’État et n’y est pas allé de main morte : « Je ne l’apprécie pas et il s’est dirigé vers moi, ça m’a surpris. J’ai vu son regard sympathique et menteur qui voulait faire de moi un potentiel électeur ». Totalement imprégné de sa passion pour l’époque médiévale, Damien T., qui a offert « Mein Kampf » à son ami, se dit « proche de la droite » et « patriote ». 

On remarquera que ce terme revient souvent, avec une sémantique connotée, dans un débat public rendu de plus en plus boderline par la course à l’échalote sur des thèmes chers à l’extrême droite. Droite nationaliste rance et ultra-droite s’en donnent à cœur joie. Entre essayistes toxiques et youtubeurs virilistes dont la haine est le fonds de commerce, il y en a pour tous les goûts. 

Depuis mardi, Emmanuel Macron cherche, lui, à relativiser l’affaire, même s’il ne faut pas la « banaliser ». « Ça ne dit pas quelque chose de plus profond qu’un acte isolé ». C’est pas si grave, de recevoir une gifle, glisse Macron en live de Clairefontaine. La vraie violence, le chef de l’État l’énumère… en faisant l’impasse sur la violence sociale. Les Gilets jaunes, c’est derrière nous, selon l’exécutif, qui a l’air persuadé d’avoir répondu à leurs revendications. Il veut et vend une France optimiste. Pas question que cette histoire de claque soit ressentie par l’opinion comme révélatrice d’un climat de violence générale. Selon Macron, le pays est guéri de ce mal-là. C’est ce qu’il a senti au contact des Français. Dans le Lot et dans la Drôme… Une promenade en Californie, dans le 93, ne serait sûrement pas inutile pour tempérer cette euphorie.

Pas sûr que le ministre de l’Intérieur la partage avec la claque que vient de lui infliger la plus haute juridiction administrative du pays. Après la censure, par le Conseil constitutionnel, en mai, des mesures les plus emblématiques de la loi sécurité globale, très contestée et pour cause, le Conseil d’État a annulé quatre dispositions phares du nouveau schéma du maintien de l’ordre du 16 septembre 2020.

L’instance avait été saisie par plusieurs associations et syndicats, notamment de journalistes. Les Sages ont jugé illégale « en l’absence de conditions suffisamment précises » la technique de la nasse, l’encerclement des manifestants. Son utilisation doit être « adaptée, nécessaire et proportionnée aux circonstances » et le gouvernement est tenu d’apporter des garanties dans ce sens. Également et notamment annulée par le Conseil d’État : l’obligation pour les journalistes d’obéir aux ordres de dispersion des forces de l’ordre : ils doivent « pouvoir continuer d’exercer librement leur mission d’information, même lors de la dispersion d’un attroupement. Ils ne peuvent donc être tenus de quitter les lieux ». Idem pour les « observateurs indépendants ». 

Le même Conseil d’État délibère, après une audience de trois heures, jeudi, sur les recours déposés contre la réforme de l’assurance chômage, porteuse de nouvelles règles d’indemnisation. Si les Sages tranchent en faveur des syndicats, la réforme n’entrera pas en vigueur le 1er juillet. L’instance devrait se prononcer en fin de semaine prochaine. L’exécutif donne décidément du travail aux garde-fous de ce pays.

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