Les mots sont pesés, le texte factuel et lissé. Mais la lettre au Président, signée par 332 maires d’Ile-de-France dont Anne Hidalgo, n’en constitue pas moins un énorme camouflet adressé à Emmanuel Macron.

 « La République doit rester forte et unie lorsqu’elle traverse les épreuves les plus difficiles » écrivent en préambule les 332 maires de tout bords politiques signataire de ce texte publiée par La Tribune. Si le ton est républicain et la forme très respectueuse,, les maires appuient néanmoins là où cela fait très mal pour Emmanuel Macron et son ex-premier de la classe gouvernementale, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’ Éducation nationale. Les maires dénoncent avec force et arguments l’impréparation et la défausse sur les communes. Il s’agit là beaucoup le constatent effaré d’une forme d’incurie, de négligence, de bordel généralisé qui insécurise les Français depuis le début du confinement et plus encore ceux qui sont d’entre-eux qui sont en responsabilité.

À lire la bronca des édiles, rien dans les faits n’est prêt pour une réouverture de l’Ecole. Des questions fondamentales pour cette reprise sont abandonnées à la responsabilité des maires. « Comment choisir entre les enfants que les parents souhaitent remettre à l’école, ceux dont les parents doivent reprendre une activité professionnelle, et les autres enfants en situation de décrochage scolaire ? » et si l’objectif est la reprise économique, « pourquoi ne pas avoir considéré dès le départ que le sujet des fratries était fondamental pour permettre aux parents une reprise de leur activité professionnelle ? » écrivent-ils. Et à nouveau les masques absents pour lesquels « il faut 4 à 5 semaines » pour les commander et obtenir leur livraison.

À 5 jours ouvrés de l’échéance imposée par le président, les maires ignorent encore combien d’enseignants seront disponibles dans les écoles et continuent de recevoir des messages contradictoires des différents échelons administratifs (IEN, DASEN pour Inspecteur de l’Éducation Nationale et Directeur Académique des Services de l’Éducation nationale). Quant au protocole sanitaire à appliquer dans les écoles, il vient tout juste d’être publié et en même temps allégé par rapport à la version « projet » qui circulait depuis plusieurs jours.  Selon cette version officielle publiée dimanche, les enseignants ne seront pas obligés de faire cours avec un masque, le nettoyage des écoles pourra être en partie allégé en recourant à des lingettes et les repas à prendre en classe ne sont plus l’option « privilégiée », contrairement aux termes de l’équation initiale du ministère de l’Éducation nationale.

À ces inconnues et à ce terrain mouvant s’ajoute l’épée de Damoclès judiciaire qui inquiète nombre d’élus sur le territoire, un comble quand on sait que la santé et l’éducation relèvent de la compétence de l’Etat. Les maires signataires ne se privent pas de le rappeler et de demander au président de ne pas faire reposer sur les maires la responsabilité juridique, politique et morale de la réouverture des écoles.

Cette tribune nous ramène aux conditions de l’annonce par le président de la République le 13 avril dernier de ce déconfinement « progressif ». Une décision politique, verticale. Et une date du 11 mai assez inattendue pour la réouverture des écoles et en contradiction avec les recommandations du Conseil scientifique nommé par le président lui-même. Pire cette décision était selon les informations du Monde une manière pour l’Élysée de mettre « sous pression le gouvernement ». Une forme de « y’a qu’a faut qu’on »  assez incroyable dans cette période de crise sanitaire lassant à peine 15 jours au gouvernement pour finaliser un plan de déconfinement qui n’était absolument pas prêt.

À la suite de cette annonce, la France se retrouve avec un exécutif divisé entre ceux qui à la suite du président appellent à une reprise rapide de la vie économique et scolaire, Bruno Le Maire et Jean-Michel Blanquer en tête et un Premier ministre prudent, sans doute plus réaliste et plus enclin à écouter le Conseil scientifique et les alertes médicales.. Ainsi Bruno Le Maire martèle «nous devons retourner au travail» et Jean-Michel Blanquer voit carrément dans la reprise de l’École une question d’honneur. Et quand le Premier ministre s’apprête à présenter les conditions du déconfinement à l’Assemblée nationale, le président appelle lui-même des journalistes pour l’affaiblir. Une situation ubuesque alors que le pays traverse une crise sans précédent.

Cette tribune n’est donc pas une simple bronca des édiles d’Ile-de-France. C’est un carton jaune opposé au président dans ce match au sommet de l’État qui l’oppose à son Premier ministre. Publiée dimanche alors qu’Emmanuel Macron s’apprête à visiter cette semaine une école, la tribune signée par 332 maires est un très dur rappel à la réalité. Un « wake-up call » comme on dirait dans la Startup Nation. Une manière d’appeler au réveil, au sursaut et à la fin de ces « chamailleries » au sommet de l’État.



À l’heure où nous publions, 19h ce lundi soir, ils 391 maires d’Ile-de-France à signer cette lettre au président de la République.

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