Place des Quinconces à Bordeaux - Phoot Angel de los Rios - Creative Commons.
Place des Quinconces à Bordeaux - Phoot Angel de los Rios - Creative Commons.

Il n’est pas question de nier l’envie de mieux respirer, de mieux manger, de mieux consommer, ni la prise de conscience du désastre écologique qui vient : changement climatique, disparition des espèces, et le cortège des misères humaines qui suivent déjà : exodes climatiques, exodes de la faim, pandémies. Le pire est à l’évidence devant nous et l’humanité semble enfin prendre conscience du danger de disparition qui la guette à terme.

Mais repeindre la France en vert, sans nuance parce que quelques grandes villes ont voté pour un candidat écologiste, allié bien souvent à des forces de gauche, sur fond d’abstention record ne peut pas constituer l’alpha et l’oméga de l’analyse des mouvements qui travaillent notre société.

Qui a voté vert ? Les urbains, souvent diplômés, une partie de cette France qui va bien et peut aller travailler en vélo. Quoiqu’on en dise, le vote vert n’a pas touché les périurbains et même si on choisit de donner en exemple colombes ou Annecy, elles restent des villes bobos, au cadre agréable. Ça n’est pas le cas dans cette France périphérique, cette France des petites communes où le vote écologique est quasiment absent. Pourquoi ? Parce que la question sociale l’emporte sur tout le reste. Que dans cette France des gilets jaunes, l’obsession des fins de mois l’emporte sur l’obsession du vélo.

Et que dire des banlieues populaires ou l’abstention a été abyssale. Des quartiers où la jeunesse prédomine et où elle s’est abstenue massivement pour ces municipales qui, pourtant, gèrent la vie quotidienne et la proximité.

Attention donc à cette diversion verte, cet arbre qui cache la forêt sociale. Souvent, les twittos ont du génie. L’une d’elle écrivait hier : l’écologie sans le social, c’est du jardinage ». Certes la formule est abrupte mais elle résume assez bien le grand malentendu sur l’analyse des résultats.

Des résultats qui peuvent paradoxalement inquiéter les alliés verts et ps. Ils conquièrent des villes, celles de la France qui va bien, se sent rassurée dans ce grand chambardement mondialisé mais ne retrouvent toujours pas le cœur battant de la classe ouvrière, des classes populaires. L’invention de la gauche plurielle en 1997, qui avait emmené Lionel Jospin à Matignon, avait démontré sa limite, entraînant, dans un enfermement et un embourgeoisement du Parti socialiste et des Verts, le tremblement de terre de 2002

Attention, en 2022 à ne pas reprendre des vessies pour des lanternes et à imaginer le retour de cette gauche plurielle, transformée en duo PS/EELV. L’alliance a des airs de victoire mais elle porte en germe toutes les défaites si ce bloc ne comprend pas qu’il ne peut plus être une force centrale qui aimante le reste de la gauche.

Et quitte à faire du neuf avec du vieux, le PS et les Verts devraient plutôt plancher sur la stratégie qui a emmené François Mitterrand au pouvoir en 1981 : un véritable programme commun, qui allait du PC au centre gauche, qui unissait l’ensemble des forces de gauche. Elles existent mais sont morcelées. Elles ont toutes une vision de l’écologie, toutes les nuances de vert. À elles de parvenir à s’entendre pour revenir au pouvoir et opérer une véritable et fondamentale transformation écologique. Si elles n’y parviennent pas, la vie en vert pourrait bien se résumer à des pistes cyclables, l’isolation des bâtiments et des parcs en centre-ville. C’est mieux que rien mais ça reste très peu.

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