François Fillon lors d'une conférence en 2014 - Photo FondaPol - Creative Commons
François Fillon lors d'une conférence en 2014 - Photo FondaPol - Creative Commons

Entendons-nous bien. Il n’est pas question aujourd’hui de remettre en cause la légitimité de l’élection d’Emmanuel Macron. Par adhésion ou par volonté de barrer la route à Marine Le Pen, le Chef de l’État a été élu démocratiquement. Qu’il ait oublié, dès le soir de son élection, le ressort majoritaire qui a contribué à sa victoire, constitue le problème politique essentiel, qui a biaisé et fracturé ce quinquennat. Mais sa légitimité n’est pas en cause.

Ce qui est en cause, c’est la campagne électorale qui a précédé, cette campagne malsaine, totalement noyée, éteinte par les ennuis judiciaires de François Fillon. Dès le mois de Janvier et jusqu’à la fin, les électeurs auront assisté, impuissants, à la débâcle du candidat favori des sondages, aux convulsions médiatiques au gré des révélations fracassantes, qu’il s’agisse des emplois de son épouse ou des costumes offerts. Un déballage crasseux, qui a rythmé ces 4 mois, a déboussolé non seulement l’électorat de droite mais l’ensemble du corps électoral, emmenant à la victoire d’Emmanuel Macron, à un niveau d’abstention record pour le 1er tour, le second tour, puis les législatives.

Les révélations de l’ex-chef du parquet national financier Éliane Houlette ravivent la blessure et les questionnements. Elle affirme avoir subi, à l’époque des faits des pressions très fortes de la part de sa hiérarchie. Ces déclarations, elle les a faites le mardi 10 juin, devant la commission parlementaire de l’assemblée nationale mais elles sont passées inaperçues. C’est le magazine Le Point qui les a ressorties hier et elles provoquent des réactions légitimes dans le monde politique et des questions qu’on avait oublié de poser et qui resurgissent.

Comment la procédure a-t-elle pu aller à la vitesse de l’éclair, sur la base d’un article du Canard Enchaîné, entre la publication d’un papier sur les soupçons d’emplois fictifs de Pénélope Fillon et la mise en examen du candidat à la présidentielle ?

Le 1er papier paraît le 25 Janvier, suivi d’un 2ème, le 1er Février. Le 24 Février, le parquet national financer annonce l’ouverture d’une information judiciaire et le 14 Mars, François Fillon est mis en examen « pour détournements de fonds publics et complicités et recel d’abus de biens sociaux ».

Sans remettre en cause la gravité des faits, et le désastre sur l’image du candidat de la droite, auto-érigé depuis des années en père la morale et père la rigueur, on peut et on doit d’interroger sur la façon dont un candidat a été littéralement éliminé de la course à la présidentielle par la Justice, face à une mécanique de précision infernale : la sortie fort opportune des informations par le journal le plus crédible de France, qui a très bien fait son travail, et la démolition finale avec les déclarations de Robert Bourgi sur les costumes.

Des lors, avec un tel fracas médiatique, ce feuilleton Fillon, le débat n’a jamais vraiment pu avoir lieu sur le fond politique, la ligne portée par chacun des candidats.

Que retiendrons nous de cette campagne ? Finalement, la seule idée novatrice qui a jailli, restera le très controversé revenu universel de Benoit Hamon qui finira piteusement avec 6,35 % des voix, signant une défaite historique de la gauche qui paye encore cette disqualification présidentielle. Avec ou sans l’affaire Fillon, il n’aurait certainement pas fait mieux. En revanche, la droite, elle, pouvait prétendre à la présidence, Emmanuel Macron n’étant que le challenger, à la manière de François Bayrou en 2007. L’histoire et le PNF en ont décidé autrement.

On peut aussi s’interroger sur la suite. Quand Jean-Luc Mélenchon dénonce un parquet aux ordres, et s’emporte contre une perquisition des locaux de la France Insoumise en 2018, une colère qui lui coûtera très cher dans l’opinion, on peut entendre ses questionnements. Et puisqu’il faut être honnête jusqu’au bout, on peut aussi entendre ceux de Marine Le Pen.

Quant à la droite, vent debout aujourd’hui, après les déclarations d’Éliane Houlette, elle est prise à son propre piège. Lorsqu’elle était au pouvoir, elle a toujours refusé l’indépendance du parquet. Cette réforme serait pourtant vitale pour le fonctionnement sain de la démocratie, surtout dans cette Vème république qui attribue des pouvoirs tout simplement exorbitants au président de la République.

L’affaire Fillon ressurgit aujourd’hui comme un « squelette » dans le placard, à un moment où le pouvoir actuel est contesté, affaibli par une crise de défiance majeure.

Les déclarations d’Eliane Houlette ne vont rien arranger. Que ne l’a-t-elle dit plus tôt, notamment en 2017, au plus fort de la tempête ? Elle aurait pu s’insurger, claquer la porte de façon spectaculaire. Non. Elle ne l’a pas fait et s’est contentée d’exécuter des ordres qu’elle jugeait excessifs.

On voit bien la tentation de la droite, qui dit, en filigrane « on nous a volé 2017. Ne nous laissons pas voler 2022 ».

Tout cela reste dans le domaine du calcul. Car le plus important, c’est ce que perçoit l’opinion dans ces déclarations. Probablement la démonstration d’une Nème turpitude des élites.

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