Manifestation à Marseille.

Surprise, jeudi, quand les émissaires LREM ont lâché sur les plateaux de l’info en continu les premiers éléments de langage en réaction à la fronde historique du monde éducatif. De la mauvaise foi, toujours, mais profil anormalement bas avec des mots choisis pour chouchouter les parents et les familles surtout, les enseignants un peu ; et des scuds en direction des partis d’opposition, suspectés d’instrumentaliser le fiasco de la rentrée et accusés de vouloir fermer les écoles.

Premier message de l’exécutif et qu’on se le dise : la France est championne d’Europe de l’école ouverte, cocorico. Vu l’ampleur du défi, le gouvernement fait ce qu’il peut, les critiques sont politiques, populistes et injustes face à autant de courage. Blanquer, cet excellent ministre, porte injustement le chapeau. Même Brigitte Macron est montée au créneau : « Les protocoles ne sont pas induits par le ministère de l’Éducation nationale. Je pense que c’est le Haut conseil de santé publique (…) Ce n’est pas le fait d’un ministre mais le fait de scientifiques éclairés ».

Un peu facile (et de quoi je me mêle). Ce n’est pas aux Français de faire les frais des protocoles sanitaires fous engendrés par le manque de coordination au sommet entre le Président, les ministères et leurs instances scientifiques satellites. Il est urgent que nos gouvernants cessent d’être fiers d’être des amateurs. Nul ne conteste que le casse-tête est permanent pour concilier ouverture du milieu scolaire et sécurité sanitaire. Sur ce front-là, on retiendra que la Macronie a été mise en échec malgré les avertissements prévoyant une explosion des contaminations. Sous la pression de la rue, l’exécutif a été forcé de réagir vite, et tant mieux, même si un temps précieux a été perdu. On attend désormais les actes.

Les conséquences des erreurs finalement reconnues par un Blanquer tout mimi vendredi matin, et d’un manque d’anticipation constant, c’est que les professionnels qui ont battu le pavé jeudi, soutenus par les parents d’élèves témoins de leur galère, ont tenu le système éducatif à bout de bras depuis presque deux ans, face un gouvernement sourd. Fort des contrevérités qui ont sans doute nui à sa clairvoyance, le ministre n’a pas établi de plan de bataille sanitaire à la hauteur. Résultat : 50 protocoles hors-sol, dont trois en sept jours pour finir ; des enseignants envoyés dans les tranchées avec des masques « slips » ; un bilan humain qu’il faudra bien faire un jour, covid longs compris, et dont, curieusement, il n’est pour l’heure jamais question. Avec l’irruption de l’Omicron, JMB a constaté à ses dépens et un peu tard qu’un élève pouvait transmettre en étant vacciné et que l’école était un lieu de  contamination car le virus y va aussi. 

L’attitude du ministre n’est pas pour rien dans le carton jaune qui vient de lui être adressé. Un peu comme Macron quand il a encaissé le stop des Gilets jaunes en 2018. L’arrogance se paie un jour. D’ailleurs, le président de la République a compris dès mercredi qu’il fallait vite enclencher le mode love and peace. Sournois quand même, le chef de l’État a mis la colère des profs sur le compte de l’épuisement des troupes, alors que leurs griefs n’ont rien à voir avec une quelconque fatigue. Il y a juste des degrés dans le supportable face à une gestion sanitaire insensée et inefficace en termes de protection des personnes. 

L’ampleur de la mobilisation, historique, soutenue par des millions de Français, à trois mois de la présidentielle, a ainsi, heureusement et enfin, placé le gouvernement au pied du mur. Une rencontre a été improvisée à Grenelle entre le Premier ministre, Jean-Michel Blanquer, Véran covid + à distance et les syndicats, qui avaient appelé ce dialogue de leur vœux. Véran et Blanquer, dont tout le monde a raconté la prise de bec sans y avoir assisté, ont vraisemblablement été sommés par Macron de se rabibocher. À la sortie de la réunion, JMB, doux comme un agneau, a expliqué que tout le monde était éreinté (tiens tiens…), que si Olivier et lui s’étaient accrochés, c’est qu’ils travaillaient beaucoup beaucoup en collégialité, justement. « Ça va très bien, il n’y a pas de conflit du tout ». Il est question qu’ils accordent encore mieux leurs violons à l’avenir. Ils partent de loin. Le troisième protocole depuis la rentrée n’a toujours pas désengorgé le circuit du dépistage, même s’il a gommé les queues devant les pharmacies. Concrètement, la galère continue pour tout le monde, malgré les avancées.

L’autre bonne nouvelle, c’est le changement de ton du ministre de l’Éducation nationale, qui ferait presque oublier qu’il a traité les enseignants de fainéants quand ils étaient perdus entre le virus et les bugs de l’école à distance.Jeudi soir, on a cru rêver en entendant Blanquer saluer les acteurs du terrain. Waou. Ce qu’ils ont obtenu, notamment : le recrutement de 3300 contractuels pour la période qui vient, de 1500 AED plus jusqu’à la fin de l’année scolaire ; de 1500 vacataires administratifs dans chaque circonscription pour appuyer un appui dans la gestion quotidienne de la crise ; une dotation de 70 millions de masques chirurgicaux, livraison entre le début de la semaine prochaine jusqu’à la fin du mois de janvier ; cinq millions de masques FFP2. Sur les revendications pédagogiques (report des évaluations de mi-CP et des épreuves de spécialités), ça coince. Il n’a pas été question des salaires. Mais le vent et le moment sont favorables. Le soutien des parents compte, ce sont des électeurs.

« On ne fait pas grève contre un virus », avait lancé Blanquer à la veille de la mobilisation, s’autorisant un push de mépris au risque de mettre de l’huile sur le feu. « On » a fait grève pour obliger le ministre à mettre un sonotone et « on » a bien fait. Il aura fallu ça pour que le monde éducatif français obtienne de quoi se protéger. Laisser l’école ouverte est une ambition noble, mais demande une logistique lourde, de la concertation, avec une bonne dose de réalisme. Pour l’avoir éludé, la Macronie s’est retrouvée dans les cordes. Après ça, continuer à faire de l’école ouverte sous Covid un enjeu électoral, un totem politique à trois mois de la présidentielle, est un mauvais calcul. L’Élysée n’a pas de quoi fanfaronner. L’Espagne voisine, plus discrète et modeste, n’a pas fermé ses établissements au printemps 2021 quand Macron, lui, a dû s’y résoudre. Il faut dire que les enseignants espagnols ont été prioritaires pour la vaccination. Pas les profs français. La France affichait vendredi soir plus de 329.000 cas, avec une positivité de plus de 19,4 %, et plus de 14.000 classes fermées. Désormais, l’Omicron se balade tranquille à l’école, se jouant des écouvillons auto-introduits dans les narines des petits et des grands, avec une fiabilité toute relative. Même tardivement, les masques promis vont bien tomber. S’ils arrivent vite.

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