Dans son interview au Journal du Dimanche, Jean Castex se présente comme un continuateur de la politique menée par Édouard Philippe et voulue par Emmanuel Macron. « Nous ne sommes ni de près ni de loin dans une logique de rupture par rapport à ce qui a été fait, mais nous devons montrer que nous savons faire face. Et cela suppose évidemment une évolution de la méthode. » explique-t-il au JDD.

Le nouveau Premier ministre n’a effectivement d’autres choix que chercher à se différencier par sa méthode. C’est donc l’objet principal de cette interview dominicale. Se faire connaître des Français et associer sa personnalité à ce changement de méthode. Une méthode que Jean Castex désigne d’un mot, le dialogue. Cette méthode « passera par le dialogue, la mobilisation de tous, l’obsession de la mise en œuvre concrète (…), la conviction que plus on agit plus près du terrain, plus on est efficace », détaille le Premier ministre qui vante aussi sa capacité à négocier, à fédérer, à agir par les territoires.

L’image est belle : un gaulliste social issu des territoires, bien loin de ces technocrates parisiens déconnectés de la vie des gens. Quelle com’ magnifique … Aussitôt démentie par les actes puisque le même Jean Castex déclare vouloir agir vite. Le titre barre même la Une du Journal du Dimanche.

Vite. D’ailleurs Jean Castex explique vouloir conclure le Ségur de la Santé la semaine prochaine et puis remettre en chantier deux réformes chiffons rouges : la réforme des retraites et celle de l’assurance chômage. Aller vite pour le PM c’est « régler à court terme » la question des retraites.

« La crise a aggravé fortement le déficit de nos régimes de retraite. Je souhaite reprendre le dialogue avec les partenaires sociaux, c’est indispensable. Arriverons-nous à régler ces dossiers à court terme ? C’est mon souhait » justifie-t-il.

Que peut bien vouloir dire aller vite en la matière si ce n’est passer par le 49.3 ou bien par une loi d’habilitation à légiférer par ordonnances ? Comme l’avait fait en 1993, Édouard Balladur, à l’époque aussi pour réformer les retraites.

Une méthode bien éloignée celle du dialogue et de la concertation. Entre aller vite et dialoguer, il y a une vraie contradiction dans les termes. Pour ses premiers pas de Premier ministre, Jean Castex donne l’impression de prendre les Français pour des perdreaux de l’année.

Quand aux forces syndicales, elles ont toutes dit leur opposition à cette volonté présidentielle de remettre sur la table la réforme des retraites à un moment de grande crise sanitaire, économique et sociale.

« La CFDT ne voit pas comment, pendant cette période où les plans sociaux se succèdent, où les difficultés d’emploi se succèdent, on va mettre comme priorité de la concertation sociale la question des retraites », a ainsi déclaré Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, ce vendredi 3 juillet sur France Inter. Aujourd’hui c’était au tour de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT de dire l’unanimité (rare) des syndicats : « Tous les syndicats sont d’accord aujourd’hui pour dire que la réforme des retraites n’est pas un sujet prioritaire ».

Voilà qui ressemble fort à un front syndical. Et le Medef ne s’y trompe pas qui réclame « une pause de quelque mois ». « Il faut […] qu’on mette toute notre énergie pour ce qui compte, c’est-à-dire l’outil de production » a plaidé Geoffroy Roux de Bézieux, le patron des patrons, lors des rencontres économiques d’Aix.

Pourtant Jean Castex est bien décidé à aller vite et … dialoguer.

Aller vite et dialoguer. C’est un drôle d’« en même temps ». Comme appuyer sur l’accélérateur et le frein au même instant. La recette la plus sûre pour un tête-à-queue et pour finir dans le décor.

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