Cérémonie du 8 mai 1945 à l'Arc de Triomphe, le 8 mai 2020. Capture TV.

Voici un sondage qui risque fort de plaire aux opposants, adversaires et rivaux du Premier ministre comme du Président : selon le Journal du Dimanche, le Président perd 3 points de « satisfaits », à 39%, tandis que le Premier ministre en gagne 2, à 46%. Entre les deux, l’écart de creuse. Voilà qui risque d’entretenir les rumeurs de rivalités, de jalousies, ou de velléités de remaniement…

La belle affaire, me direz-vous. Et l’on conviendra bien volontiers que le plan hôpital en préparation (qui devrait être annoncé demain), les pistes de relance économique, voire même les municipales qui se profilent méritent mille fois plus notre attention en ce moment.

Et pourtant… pourtant, ne pas souligner cette tendance, ce serait feindre d’ignorer combien les sondages peuvent peser, pour le pire – et parfois, quand même, pour le meilleur – sur notre vie politique. Puisque nous sommes entre nous, permettez cette confidence : il n’y a rien de plus hypocrite qu’un politique qui vous dirait ne jamais regarder les sondages – et je sais de quoi je parle !

Le sondage du JDD n’est pas anecdotique car il est le 4e baromètre de popularité qui, depuis début mai, enregistre cette tendance : alors que le Premier ministre progresse dans l’opinion, le Président recule.

Or, si l’on exclut les périodes de cohabitation, il s’agit là d’une tendance assez inhabituelle dans l’histoire politique récente. On se souvient que Manuel Valls avait inauguré son mandat à plus de 50% de satisfaits – mais il venait juste d’être nommé, était considéré comme « neuf », et dynamique là où le Président était décrié pour son manque d’autorité et son incapacité à concrétiser le « changement » promis en 2012 – dans le même baromètre Ifop-JDD. Mais dès le mois de juillet 2014, il amorçait une chute spectaculaire qui allait inexorablement le rapprocher d’un Président de la République qui tutoyait déjà le fond de la piscine sondagière – il était alors à 18%… (mesurons tout de même, ici, que le Macron impopulaire d’aujourd’hui est bien plus haut que cela. Cela interroge sur la nature de l’impopularité, car il ne s’est pas trouvé, à ce que l’on sache, de manifestants pour balader l’effigie présidentielle au bout d’une pique du temps de Hollande, et ses bonnets rouges n’étaient qu’une pâle préfiguration des Gilets Jaunes. Passons).

Le mouvement inverse, celui de la divergence entre un Premier ministre qui s’envole et un Président qui se tasse, nous ne l’avons connu dans la configuration institutionnelle actuelle – quinquennat et élection présidentielle précédant, et donc dictant, les résultats des législatives- qu’une seule fois, avec le couple Sarkozy-Fillon. Fillon a même devancé son Président de 19 points dans le même baromètre Ifop-JDD en février 2008 (le Premier ministre était alors à 57%, et le Président à 38%).

Bien sûr, si l’on inclut les configurations institutionnelles précédent le quinquennat, les divergences modérées – et celle entre Macron et Philippe fait encore partie de cette catégorie – sont multiples : Laurent Fabius devança François Mitterrand durant tout l’été 1985. Jean-Pierre Raffarin devança Chirac jusqu’à l’épisode désastreux de la canicule de 2003. Dominique de Villepin l’emportait sur Chirac jusqu’à ce qu’il soit rattrapé par la tourmente du CPE… Mais les institutions induisaient alors une autonomisation relative du Premier ministre vis-à-vis du Président. Le Premier ministre n’était alors pas vraiment un « collaborateur », il pouvait être un rival, ou du moins avoir une vie politique autonome. En outre, ces écarts de popularité restaient modestes, de l’ordre de 5 à 10 points maximum.

Aujourd’hui, nous le savons, tout découle de l’élection Présidentielle. Clef de voûte du système, elle génère presque mécaniquement des majorités parlementaires larges, car il faut « donner au Président élu les moyens de sa politique ». Acquis à une conception présidentialiste du pouvoir, le peuple apprécie la nature assez unique de sa relation directe au Président – du moins, lorsqu’il ne se met pas en tête de lui couper la tête.

Le Premier ministre n’est dès lors pas autonome, loin de là. Et il n’y a rien d’étonnant à ce que tant de politologues et d’hommes politiques se soient questionnés sur l’utilité même de la fonction primo-ministérielle ces dernières années, tant tout remonte et tout découle du Président. En réalité, dans le système actuel, le Premier ministre ne PEUT PAS exister. Il ne le doit pas. C’est une anomalie, presque un affront. Et les Français le savent.

Dès lors, cette divergence de popularité a un sens bien particulier : c’est un signal envoyé indirectement à Macron. Une manière, peut-être, de critiquer son arrogance perçue en soulignant l’humilité affichée par son premier ministre. Une critique, en creux toujours, de son optimisme et de son audace, qui peuvent paraître déconnectés à des Français encore nombreux à craindre pour leur santé et leur emploi, et qui apprécient la prudence du Premier ministre.

Emmanuel Macron en tirera-t-il les leçons ? Ou cherchera-t-il à sacrifier celui qui est devenu un messager du peuple à son corps défendant ?
À suivre…

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