Rachida Dati était l'invitée de France Info ce vendredi 17 juillet 2020 - Capture vidéo France Info.
Rachida Dati était l'invitée de France Info ce vendredi 17 juillet 2020 - Capture vidéo France Info.

Et si la révélation politique de l’année était Rachida Dati ?

La question peut surprendre. À presque 55 ans, après 20 ans de vie politique, après avoir été Garde des sceaux de Nicolas Sarkozy (en laissant un souvenir pour le moins mitigé), souvent moquée, la maire du VIIe arrondissement de Paris a fait une campagne municipale énergique, assez remarquable, connaissant ses sujets d’une manière impeccable. La défaite ne l’a semble-t-il pas plus marquée que cela. Comme si elle avait intégré cette possibilité comme un point de passage politique, comme si la défaite honorable dans une ville devenue très difficile pour la droite LR était un élément de la construction de son aura.

C’est aujourd’hui à Gérald Darmanin qu’elle s’en prend. Apparemment à contre emploi, la sarkozyste tape dur sur les moeurs d’un autre sarkozyste et, passant, cible clairement le Président et le premier ministre coupables à ses yeux d’avoir admis des comportements sexuels inacceptables quand bien même ils ne seraient pas passibles de sanction pénale. L’ancienne juge ne sera pas prise en défaut sur le présomption d’innocence. D’abord, l’affaire est ouverte, dit-elle. Les classements sans suite n’ont donc aucune valeur. Surtout, elle ne se place pas sur la qualification juridique qu’elle sait difficile à prouver mais sur le comportement qui aurait été avoué à l’égard des femmes que la nomination du ministre semble à ses yeux admettre comme normal chez les hommes de pouvoir.

« Le sujet n’est pas de savoir si c’est pénal ou pas, mais est-ce qu’on peut encore accepter qu’un homme compte tenu de sa position et de son statut demande des faveurs sexuelles ou des actes forcés en contrepartie de quelque chose ? Je trouve que c’est quand même une atteinte grave à la dignité des femmes », dit-elle sur France Info à Jean-François Achilli. Difficile de lui donner tort.

Après une tribune dans Le monde, sur France Info, elle dit l’importance « de ne pas laisser passer ». Elle répète deux fois la formule. Parce qu’elle sait la difficulté des recours juridiques, elle dit aussi combien les femmes renoncent à faire recours. « Si les personnalités publiques, comme moi, politiques engagées, si aujourd’hui on ne parle pas, à quoi ça sert de faire de la politique ? »

À gauche, il n’y a guère que Laurence Rossignol pour avoir pris le sujet à bras le corps. L’ancienne ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes n’est pas personnalité à laisser tomber les combats qu’elle mène. Elle aussi montre le chemin qu’elle veut dessiner. Anne Hidalgo y est allé aussi de sa vive réprobation devant des affaires que l’on voudrait régler « d’homme à homme » alors qu’elles concernent la société tout entière. D’autres femmes que l’on attendrait sur le sujet restent muettes. Et c’est ce qui fait la force de Rachida Dati. Elle est là où l’on ne l’attendait sans doute pas. Comme lors de la campagne municipale de Paris, à parler des quartiers difficiles, des familles émigrées… des HLM qu’il faut mieux entretenir. Elle parle aujourd’hui de la condition des femmes, de ce que nous, collectivement, leur faisons en méprisant leurs voix, leurs talents, leur valeur (la question des salaires n’est qu’un aspect détestable parmi d’autres). Elle se place en réalité résolument dans la suite de sa campagne parisienne où elle se faisait la championne de la sécurité, notamment des femmes, dans ce qu’elle nommait les « quartiers interdits aux femmes ». La sécurité du quotidien qu’elle vantait était aussi un discours propice à protéger les femmes des incivilités galopantes.

Nous assistons en direct à la réinvention politique d’une femme qui semble chaque jour prendre un peu plus de poids dans le jeu politique de la droite exsangue qui ne sait plus si et comment elle doit critiquer un Gouvernement décidément ancré chez elle. De droite, Rachida Dati insère son expérience dans son discours. Son enfance, son parcours, ses blessures… sa pugnacité hors du commun, tout transpire dans cette mutation qui lui donne l’accent de la sincérité qui manque si souvent dans les discours.

Ce n’est pas un hasard si Valérie Pécresse est elle-aussi sortie du silence sur les Droits des femmes dans cette affaire. Au-delà des convictions de chacune, il y a un espace béant à prendre. Tout se passe comme si le féminisme d’une certaine gauche trouvait enfin une voix de droite pour lui répondre. Rachida Dati se fond ici dans les valeurs républicaines, comme si elle se plaçait résolument dans les pas de l’icône Simone Veil. Elles ont un point commun, être magistrates, savoir ce que c’est que de se faire sa place, le prix qu’il en coûte.

Une personnalité que nous croyions connaître est en train d’éclater au grand jour. Tout se passe comme si la campagne de Paris avait libéré Rachida Dati d’un poids et de réseaux qui avaient contribué à la forger. Elle semble devenir elle-même. À l’heure des expositions impudiques sur la vie privée, elle a toujours été d’une discrétion absolue sur le sujet, montrant qu’il n’est pas besoin de céder au people pour s’imposer. C’est aussi une leçon qu’il faut retenir. Peut-être assistons nous à la naissance de la championne que la droite attendait.

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