L'abeille - Photo ©️ Daniel Perron

Aujourd’hui c’est Elske Miles, praticienne professionnelle en réflexologie et en aromathérapie, qui nous confie ses réflexions sur la santé et la manière dont on se soigne.

Nos lendemains dépendent de ce que nous mettons en place aujourd’hui. Je suis convaincue que l’être humain est capable d’accomplir des merveilles, des exploits réellement dignes de la grandeur de son humanité.

Je m’efforce donc de croire en la sagesse humaine qui saura trouver des solutions aux défis environnementaux, économiques et sanitaires sans précédent auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui. Forte de cette conviction, je vous propose une réflexion autour de la santé humaine. Dans cette vision de la santé globale à laquelle j’adhère en tant que praticienne professionnelle en réflexothérapie et en aromathérapie, l’individu ne peut être isolé ni de son environnement ni de ses comportements psycho-émotionnels.

Je propose une approche de la santé que l’on peut appeler une « écologie humaine ». D’un point de vue étymologique l’écologie est l’étude scientifique des relations entre les êtres vivants et le milieu naturel où ils vivent. Le mot vient du grec, « Oikos » qui veut dire « maison » et « logos » qui signifie « science ».

Voir la santé en termes d’écologie permettrait d’étudier les relations que l’individu entretient avec sa « maison », autrement dit son corps et son esprit. Plutôt que de porter notre regard au loin en étudiant avec un certain sentiment d’échec l’effet de l’activité humaine sur d’autres formes de vie sur la planète, une écologie humaine permettrait de revenir à soi, et d’assumer toute sa responsabilité dans l’entretien de son écosystème individuel, tant sur le plan physique que psychique, émotionnel, voire spirituel.

En partant de la responsabilité qui appartient à l’individu d’œuvrer constamment pour maintenir l’équilibre de cet écosystème microcosmique qui correspond à son entité de vie, il y aura un reflet indéniable au niveau macrocosmique. A cet égard, j’aime citer Hippocrate que la médecine moderne dit reconnaître en tant que « père » : « Il y a un flux commun, un souffle commun ; toutes choses sont en sympathie ».

La vision hippocratique propose une globalité où l’être humain ne peut être séparé de son environnement : il n’est ni supérieur ni distinct de cet environnement dont il fait partie intégrante. N’oublions pas que l’être humain partage sa « maison » avec des milliards de bactéries en une co-existence nécessaire et permanente. Quand nous observons l’état actuel de la médecine, nous pouvons avoir quelques difficultés à croire que la doctrine d’Hippocrate soit encore le fondement de la médecine moderne.

Hippocrate disait encore : « Avant de guérir une personne, demandez-lui s’il est prêt à abandonner ce qui le rend malade ». Cet adage connu est parlant à plusieurs titres, mais je tiens à relever surtout un point qui me paraît fondamental : la part active que prend le patient dans sa guérison. L’univers du soin est fondé sur ce contrat implicite de collaboration entre le médecin et son patient : sans la participation active du patient, la guérison durable ne pourrait avoir lieu.

Personne ne peut mettre en doute les avancées spectaculaires que les sciences médicales ont connu ces dernières décennies. Les technologies de pointe qui sauvent des vies sont véritablement miraculeuses. Cependant, cette médecine hyper-technique moderne s’est considérablement éloignée de l’approche hippocratique qui, elle, n’envisage pas l’acte médical sans la participation active du malade. La vision mécaniste du corps, de la maladie et de la santé amène aujourd’hui à un statu quo qui interpèle: l’acte médical est puissant mais parcellaire parce que spécialisé et peut se faire sans la participation du patient qui bien souvent subit l’intervention plutôt que d’y participer en la prenant comme moyen d’amélioration de sa condition.

Aujourd’hui, nous avons beaucoup de médicaments qui ne soignent pas, ni les maladies, ni les malades. Pensons par exemple aux médicaments utilisés pour des conditions comme l’hypertension, le diabète gras, les polyarthrites, les maladies inflammatoires chroniques, les maladies auto-immunes, etc… Pensons à toutes ces conditions de santé qui sont directement attribuables aux comportements humains : à notre difficulté à gérer le stress du quotidien, à nos comportements alimentaires, à notre difficulté à trouver du sens dans ce que nous faisons, etc. Malheureusement les médicaments administrés pour soigner les symptômes de ces maladies entretiennent la problématique de fond en traitant le symptôme visible et en affaiblissant le terrain du malade d’avantage. C’est le cercle vicieux dans lequel on s’embarque si le patient veut rester passif dans son statut de « patient ».

Dans la vision écologique de la santé, ce statu quo fondamentalement morbide et unilatéral n’est pas l’issue fatal de la maladie. Il existe beaucoup de praticiens professionnels de santé pour qui la vision globale hippocratique de la santé est le postulat de base sans lequel la santé n’est tout simplement pas envisageable. Il s’avère que les métiers de la santé où cette vision est toujours enseignée et pratiquée appartiennent aujourd’hui majoritairement aux médecines non conventionnelles et complémentaires. Que cette vision soit le fondement même de la médecine homéopathique, ayur-védique et traditionnelle chinoise va sans dire. Le dénominateur commun de ses approches « écologiques » de la santé est de ne pas s’occuper de traiter le symptôme, mais le malade – ce qui change tout. De ce fait, il n’y a pas un seul remède pour différentes personnes souffrant de la même affection. Cela aussi, fait partie de la sagesse transmise à l’humanité par le grand Hippocrate que la médecine moderne oublie trop souvent.

La pandémie planétaire sans précédent que nous traversons actuellement amène à une réflexion profonde sur les réponses mises en place par les autorités de la santé publique et sur celles qui appartiennent à l’individu dans la gestion de sa santé.

En contraignant une grande majorité d’individus à limiter leurs libertés habituelles, à arrêter le train quotidien de leur vie professionnelle et à accepter une distanciation sociale, nos dirigeants nous ont fait un cadeau inespéré. Non, je ne fais pas l’apologie de ce choix politique pour l’effet désastreux qu’il aura sur l’économie, ni pour les bienfaits très discutables qu’une telle politique aurait eu sur la santé publique dans la durée. Non, à mon sens, le bienfait le plus important du confinement aurait été d’occasionner un temps de réflexion.

Cette crise nous offre une excellente opportunité de constater les fonctionnements et les dysfonctionnements dans nos sociétés modernes. Cependant, à mon sens il est tout aussi important que de regarder ce qui se passe « dehors », au niveau socio-politique, que de pratiquer de l’introspection. Tourner son regard à l’intérieur me paraît indispensable pour espérer un changement durable dans la santé. Et si l’individu saisissait l’occasion de se questionner lui- même dans son rapport à la santé, dans son rapport à sa santé ?

Le confinement devient acceptable comme un cadeau inespéré – cadeau qui permet de faire un « arrêt sur image » dans le film de nos vies où nos agissements s’enchainent sans que l’on puisse prendre un peu de recul par rapport à notre façon de passer notre temps sur cette planète. C’est le luxe de se demander qu’est ce qui a de l’importance dans nos vies, fondamentalement. C’est l’occasion de se poser la question de ce que l’on ferait de ses journées si on les savait comptées… C’est dans ce type de questionnement que se trouve potentiellement le germe d’une révolution de la conscience !

Pourvue que cette révolution soit respectueuse de la dignité inaliénable de toute vie, durable et salutaire.

Deux mois de confinement en France, des heures qui se comptent en jours, puis en semaines, d’interventions dans les médias d’éminents virologues, de médecins généralistes, de médecins urgentistes, de chercheurs en médecine, de conseillers scientifiques… et pas une seule réflexion quant à l’importance de prendre en charge sa propre santé ! C’est vrai que la vision occidentale moderne de la santé ne se préoccupe pas tant de la prévention que de combattre les effets de la maladie. De ce fait, elle se trouve prise de court face à une situation pour laquelle elle n’a pas de réponse symptomatique à donner.

Mais dans le contexte du Covid-19, la seule solution que nos référents de santé publique avaient à nous proposer, c’était justement de la prévention. C’est là que les lacunes immenses de cette vision mécaniste apparaissent. La forme de protection choisie et imposée est donc d’éloigner physiquement les uns des autres pour limiter le risque de contamination virale ! Se protéger de l’autre, surtout éviter le contact, se laver les mains après tout contact avec un objet éventuellement contaminé par le toucher des autres, tousser dans sa manche… Dans une vision mécaniste de la santé, ces réponses préventives sont effectivement les seules envisageables en attendant l’arrivée du vaccin, etc.. etc…

C’est là que l’on voit l’énorme faille de ce colosse de la médecine hyper-spécialisée, hyper- technique qui se doit d’agir sur le patient quitte à l’y contraindre. A part les mesures barrières (masque et distanciation sociale) et les consignes d’hygiène au savon, RIEN. Pas un seul mot sur la capacité innée à chaque individu à pouvoir se défendre en cas d’une rencontre avec un agresseur externe.

Dans l’organisme de chaque individu se trouve un système remarquable d’efficacité pour soigner l’individu lors d’un contact avec un agent pathogène extérieur : le système immunitaire qui a la charge de nos défenses naturelles. Mais c’est vrai que dans une vision unilatérale de l’acte médical, l’individu a peu de place. Dans ce système de santé où l’individu reste passif, ignorant, victime, on accorde trop facilement toute sa confiance à l’autorité de la santé qui devrait nous protéger.

Au début du confinement en mars, cette absence totale dans les médias officielles d’interventions de la part de professionnels de la santé dont l’expertise est justement la prévention des maladies infectieuses en soutenant le système immunitaire, m’étonnait. Mais finalement c’est tout à fait cohérent dans la vision très parcellaire de la santé que la médecine moderne impose partout.

Et pourtant, sur le terrain, beaucoup de médecins généralistes homéopathes comme tous les professionnels des médecines naturelles et complémentaires ont une mine d’outils pratiques, naturels et peu onéreux à proposer au grand public et des conseils très judicieux à apporter à une discussion autour de la santé publique.

Nos défenses immunitaires ont la fonction de protéger efficacement notre organisme en cas de rencontre avec un agent pathogène. En renforçant son système immunitaire, on peut combattre plus efficacement en cas d’atteinte virale, bactérienne ou fongique ; on se remet plus rapidement de cette atteinte et on est moins susceptible de voir se dégrader sa condition de santé.

Les médecines naturelles et complémentaires regorgent de techniques corporelles et de conseils alimentaires simples à mettre en place pour renforcer son système immunitaire, et ceci, relativement rapidement. En deux mois de temps de confinement on disposait largement du temps pour commencer à œuvrer concrètement à l’amélioration de sa santé avec de réelles propositions préventives venant de l’intérieur de l’organisme plutôt que de se contenter uniquement d’un repli sur soi par crainte d’un contact avec l’extérieur.

Mais dans un monde où le patient attend le salut de l’extérieur, attend qu’une autorité quelconque extérieure le protège, renforcer son immunité devient problématique. Dans un mode où règne une vision mécaniste de la santé, quand on tombe en panne, c’est au médecin de trouver le remède pour réparer la machine, déclarer un arrêt maladie, etc.

Le « hic » c’est que l’immunité d’un individu ne peut être gérée de l’extérieur, ni par la distanciation sociale, ni par le masque. L’immunité est intimement liée à notre identité, à notre sens de qui nous sommes et de ce qui mérite d’être défendu en nous. On est très loin d’un quelconque déterminisme physique, mais clairement en phase avec une résilience psychique.

L’identité est une histoire intimement personnelle qui fait intervenir notre conscience au plus profond de nous. Une bonne immunité appelle à une forme radicale d’autodétermination et de résilience qui n’exclut pas le contact avec l’extérieur, avec l’altérité. Bien au contraire, l’immunité est façonnée par cette rencontre. Hippocrate disait encore que la santé est une recherche constante d’équilibre entre l’altérité dont on dépend pour vivre (il faut bien respirer et manger) mais qui peut nous submerger et notre identité unique, notre subjectivité.

Un référentiel intérieur solide permet de s’ouvrir à autrui sans crainte. Sur un plan philosophique, on peut dire que c’est la condition même du dialogue constructif et respectueux.

La crise sanitaire actuelle me fait poser des questions quant à la nature des liens que je souhaite entretenir avec mes congénères, avec mon environnement et aussi avec les micro-organismes dans mon environnement. Est-ce que je souhaite vivre dans un monde où je me méfie constamment des autres, de leur proximité ? Dans un monde de distanciation physique ? Rétractée dans une bulle où la quantité d’air est limitée ?

Je suis réflexologue, mon métier me met aux pieds des autres, à leur service. Je connais la valeur thérapeutique du toucher. L’immunité est nourrie par la rencontre avec l’altérité. Le toucher bienveillant joue un rôle fondamental dans la sécrétion d’hormones permettant à l’organisme éprouvé de se ressourcer, de restaurer l’équilibre intérieur.

Par contre, le repli sur soi sous l’emprise de la méfiance fragilise l’immunité. La peur affecte négativement les défenses immunitaires. Les propositions des instances de la santé publique dans la plupart des pays ont révélé les limites de cette vision unilatérale de la médecine mécaniste qui se contente d’imposer les mesures de protection, ainsi maintenant les individus dans une attitude passive, soumise, craintive plutôt que de permettre à l’individu de se renforcer, de se dresser face à l’épreuve en toute confiance et d’élever sa conscience grâce à cette crise planétaire.

Dans l’écologie humaine la santé implique autant le corps que l’esprit. Je suis convaincue de l’importance fondamentale d’une telle vision de la santé pour construire une médecine nouvelle permettant d’intégrer les avancées technologiques remarquables de la médecine moderne à l’humanisme d’Hippocrate qui expliquait que la cause de la maladie est humorale, donc indissociable de la dimension émotionnelle.


Elske Miles est praticienne professionnelle en réflexologie et en aromathérapie.
Originaire d’Afrique du Sud, où elle reçoit sa formation initiale en réflexologie, elle continue à se former en Europe auprès deux des références les plus incontournables dans leurs disciplines respectives: Dominique Baudoux pour l’usage thérapeutique des
huiles essentielles, et Michel Odoul pour les relations corps-esprit et la Médecine Traditionnelle Chinoise.
Aujourd’hui, elle se consacre plus ā la formation de praticiens professionnels en Suisse et en France à l’Institut français de
Shiatsu.
Elle vit à Paris depuis 25 ans .

Elle est l’auteure de plusieurs livres de référence :

2004 : La phyto-énergétique, co-écrit avec Michel Odoul, Ed. Albin Michel.
2008 : Les cahiers pratiques de l’aromathérapie selon l’école française, Vol.
6 Réflexologies. Ed. Inspir.
2010 : Les huiles essentielles pour les Nuls. Ed First.
2012 : Massages aux huiles essentielles, Ed. Marabout
2014 : Le guide des réflexologies, Ed. Albin Michel

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