Photo DR1 TV.

Une fois de plus, Netflix frappe fort. En mettant à son catalogue « Borgen » , le géant américain s’achète un succès garanti et fulgurant. Parce que « Borgen » fait partie de ces séries qui accrochent avec intelligence, cœur et finesse, les téléspectateurs. Et si nous nous sommes pâmés devant la noirceur diabolique de House of Cards, il y a mille raisons de se retrouver encore plus addict de Borgen.

Pourquoi ?

C’est d’abord l’histoire d’une femme qui accède au pouvoir dans l’une de ces démocraties du nord de l’Europe, en l’occurrence le Danemark, que nous admirons pour leur sobriété, leur simplicité et leur volonté d’intégrité absolue de ceux qui les représentent. Loin de la fascination exercée par la Maison Blanche et le fonctionnement de l’état le plus puissant du monde, Borgen nous entraîne dans un décor qui nous parle bien plus que le légendaire bureau ovale : le château, Borgen en danois, siège du parlement national. L’arrivée surprise au pouvoir de Birgitte Nyborg, (portée par une formidable Sidse Babeth Knudsen), belle sans sophistication, tient de ces circonstances politiques exceptionnelles qui frappent à la porte de toutes les démocraties. Elle n’est pas véritablement préparée au pouvoir mais va tenter de l’exercer avec ses valeurs..
Contrairement à House of Cards, où les cadavres s’accumulent dans des situations qui deviennent, in fine, grotesques, la série colle au réel, que ce soit dans les alliances pour composer un gouvernement , les tractations sur un remaniement ou des contrats d’armement. Rien ne semble exagéré, tout paraît plausible.

La psychologie des personnages

C’est probablement l’une des plus grandes réussites de cette série passionnante : l’évolution des personnages, leur endurcissement au fil des épisodes, la lutte pour se défaire de son sentimentalisme, ou le chagrin des histoires personnelles. La caméra filme de manière chirurgicale la moindre inflexion du regard, la lente dégradation des couples ou la naissance d’amitiés improbables. Rarement, le théâtre de la politique n’aura été aussi bien cerné, avec ses petites trahisons, ces grandes envolées, ce cynisme au quotidien et ses éclairs d’humanité

Les rapports hommes / femmes

Birgitte Nyborg, immergée dans un monde d’hommes, va devoir forcer sa nature, renoncer, apprendre à mentir et à bluffer pour imposer son autorité à cette « meute » masculine qui se déteste en son sein mais déteste plus encore l’idée d’une femme au pouvoir. En assistant aux premières humiliations de la nouvelle élue face à ces tablées masculines, on imagine aisément la force de caractère dont ont du faire preuve Angela Merkel, et plus largement , toutes des femmes leaders, Ségolène Royal, Martine Aubry, Anne Hidalgo, Valerie Pécresse pour non seulement survivre, mais garder le leadership que l’élection leur a donné. Et on en vient à éprouver une grande compassion pour ces femmes qualifiées régulièrement de « mère tape dur », de grandes Gueules ou de castratrices, en se demandant comment elles ont pu surnager dans un tel monde

Du rêve au réel

Borgen, c’est aussi l’histoire des illusions perdues, la percussion des idéaux avec la réalité d’un monde multipolaire, et les intérêts financiers des grands groupes internationaux. Birgitte Nyborg, confrontée au chantage du plus grand industriel danois, vacille d’abord, semble renoncer, mais finalement, renverse le rapport de force en trouvant des compromis. Le compromis sans la compromission.

L’amour avec un grand A

La série réussit parfaitement à nous entraîner du côté du cœur avec ces amours qui se brisent, les amourettes qui naissent, les liaisons improbables qui se renforcent et les habituels débordements sexuels qui, à la différence d’autres séries du genre, reste très pudique sur cette sexualité / séduction pourtant omniprésente

La force des personnages

Ils crèvent tous l’écran et sont particulièrement travaillés. On adore le spin doctor de la première ministre, Kasper Jull, qui semble avoir dévoré Machiavel au berceau mais se découvre au fil des épisodes, plus humain, plus tourmenté sur le cynisme un peu facile qu’il porte en bandoulière. On adore la formidable journaliste politique Hanne Holm, alcoolique , percutante , qui noue une relation presque maternelle avec la star montante Katrine Fønsmark.

Presse / pouvoir

L’une des plus belles réussites de la série repose sur l’analyse des rapports complexes entre la presse et le pouvoir. Une relation dans laquelle chacun instrumentalise l’autre. Une relation faite de proximité parfois sulfureuse et de distance salvatrice, de compréhension et de défiance mutuelles. Deux pouvoirs qui se heurtent ou s’accompagnent, deux pouvoirs nécessaires au fonctionnement intégral de la démocratie.

Pour toutes ces raisons, « Borgen »mérite toutes les louanges. Cette histoire d’une femme ordinaire extraordinaire, finalement, peut même nous donner des « elles ».

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Cet article a 1 commentaire

  1. Alexandre lamiaud

    J’adore littéralement cette série ❤️

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