Écoliers à Argenteuil, Hauts-de-Seine - Photo Julie Kertesz - Creative Commons (BY-NC-SA).
Écoliers à Argenteuil, Hauts-de-Seine - Photo Julie Kertesz - Creative Commons (BY-NC-SA).

Oui, on a le droit de dire que c’est bien. Surtout quand on entend la meute glapir que c’est mal.

De quoi parle-t-on ? De l’allocation de rentrée scolaire, qui est versée chaque année à des millions de familles modestes. Elle s’échelonne de 469 euros à 503 euros par enfant scolarisé de 6 à 18 ans. Et cette année, cette allocation est majorée de 100 euros par enfant en raison de la crise sanitaire et des frais qu’elle a occasionné et occasionnera pour les plus modestes : suppression de la cantine scolaire, hausse du prix des produits alimentaires, notamment les fruits et légumes. La majoration est une bonne mesure. Elle ne devrait pas prêter à polémique, tant l’ensemble du pays est touché par la pandémie.

Et pourtant, depuis hier, 1er jour du versement de cette allocation à plus de 3 millions de familles modestes, la meute se déchaîne. Pourquoi ? Car elle servirait à acheter des iPhone et des écrans plats.

Généralement, l’argument est le suivant « nous savons bien que cet argent servira aux iPhone, payés avec nos impôts ». Ce « nous savons bien que », d‘où sort-il exactement ? Du comptoir du café du commerce ? De statistiques ? D’études ? Du qu’en dira-t-on ? Du doigt mouillé ? Qui peut témoigner de cela, à part le voisin du voisin de la voisine ? Qui ? Personne, à part le mainstream Twitter, relayé par des conversations de plateaux TV /Radio commençant toutes par « Vous savez très bien que ».

Eh bien non, on ne sait pas très bien que ! J’ai de nombreux amis et connaissances qui ont droit à cette allocation et qui, au fil des années, l’ont utilisée pour les fournitures, les livres souvent d’occasion et un joli pantalon neuf, une robe ou des baskets pour la rentrée, parce qu’on a beau être modeste, on est heureux que ses enfants soient fiers d’avoir des habits neufs pour un jour si important.

Ce sont les mêmes qui critiquent et accusent les bénéficiaires de ces allocations, les mêmes qui relaient les hashtag #LaRacailleTue, les mêmes qui nous vendent l’idée mortelle d’une France rance qui serait aux prises quotidiennement et partout avec des gangs de barbares forcément prêts à nous égorger, les mêmes qui visent toujours la même population, généralement black beur de banlieues, si possible musulmans pour que leur tableau soit idéal, comme si l’allocation de rentrée scolaire ne concernait pas les petits blancs qu’ils défendent si forts car ils seraient tellement en danger !

Les mêmes qui ne lèvent pas un petit doigt, ne bronchent pas quand il s’agit de déverser des milliards sur les grands groupes, alors que quelques jours avant l’arrivée du Covid, ils n’avaient que les mots « libéral », « performance », « individu » à la bouche, tous ces mots atrocement anxiogènes pour tous ceux qui ne se voient aucun avenir et se sentent encore plus écrasés par ce discours de la France qui va bien.

Et si l’on pousse encore plus loin, quand bien même une famille déciderait d’acheter un smartphone ? Combien d’élèves qui n’avaient pas de tablettes, ont suivi leurs cours de télé enseignement sur leurs mobiles pendant le confinement ? Beaucoup ! Et tous ces détracteurs, ces semeurs de doutes, ces fins de mois confortables, que deviendraient-ils si on leur enlevait, ne serait-ce que deux heures, leurs portables ? En quoi est-ce déraisonnable, dans une société de plus en plus numérisée, ou vous devez désormais prendre rendez-vous sur internet pour avoir un rdv aux impôts, en quoi serait-il déraisonnable de ne pas vouloir accéder à un outil qui deviendra vital dans les années qui viennent ?

Et ces mêmes détracteurs, bardes énamourés de l’entreprise, ont-ils dit leur révolte lorsque sont tombés les premiers chiffres, désastreux, sur la triche des entreprises avec le chômage partiel ? La triche plus générale des entreprises sur la TVA ? Sur les charges sociales ? Sur l’évasion ou l’optimisation fiscale ? On ne les entend jamais sur ces sujets qui coûtent pourtant un « pognon de dingue » au pays.

Mais sur les allocations diverses, là, ils se réveillent, aboient en meute. Car ils pensent que leur temps est venu. Mais ils se trompent. Les Français râlent, pestent, trouvent qu’ils payent trop d’impôts mais restent extrêmement attachés à l’idée de justice sociale et de partage. La France réac a encore du boulot pour abolir cette vertu collective et cardinale.

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Cet article a 1 commentaire

  1. Emma

    « La France reac a encore du boulot pour abolir cette vertu collective et cardinale »… Espérons que vous ayez raison… mais c’est mal parti …. les médias vont y aller au bulldozer dans ce sens à la rentrée…

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