Emmanuel Macron à la conférence LeWeb en 2014 - Photo Official LeLeb Photos - Creative Commons

Voilà une application, StopCovid, qui pourrait nous faire bien. Sauver des vies. Aider à stopper les contaminations virales. Bref contribuer à notre sécurité sanitaire à un moment où celle-ci est mise à mal. Mais rien de tout cela ne sera possible. StopCovid n’arrêtera rien. Ce « mouchard bienveillant » ne sera pas téléchargé massivement et ainsi ne contribuera pas à sauver des vies.

Pourquoi ? Tout d’abord parce que l’application arrive trop tard. À un moment où toute la France bascule dans le vert. Où les urgences se vident et où la peur s’éloigne. Mais aussi à un moment où les Français ont une envie folle de liberté.

S’ils ont accepté volontiers le confinement, cette privation de liberté volontaire, ils sont de plus en plus réticents face à des interdits persistants et qui paraissent injustifiés par la situation sanitaire. L’interdiction d’accès aux plages a provoqué une fronde de la France maritime. Aujourd’hui encore les verbalisations de familles qui se sont posées sur les plages révoltent les habitants. Tout comme l’interdiction d’accès aux parcs et jardins révolte les parisiens qui jugent cette mesure incompréhensible, alors le Pr Éric Caumes explique qu’en plein air les risques sont relativement faibles.
Bref, ils ont soif de liberté. Et la perspective de se voir imposer « un fil à la patte » numérique ne soulève nulle part l’enthousiasme.

Et puis pour installer ainsi volontairement ce « mouchard » qu’on nous promet bienveillant, il faut avoir confiance dans l’émetteur, le pouvoir d’Emmanuel Macron.  Or ce dernier fait désormais face à un tel mur de défiance que c’est mission impossible !

Toute parole ou action du gouvernement est désormais soumise à cette défiance

C’est que les Français ont encore mémoire les mensonges et autres demies vérités vite démenties par les faits, notamment sur les masques et les tests. Emmanuel Macron et son gouvernement ont complètement raté leur gestion de crise. Ils ont souvent donné l’impression de ne pas avoir confiance dans les capacités des Français de faire les bons choix. D’où cette accusation souvent justifiée d’infantiliser les Français.

Si le gouvernement n’accorde pas sa confiance aux citoyens libres, ces derniers lui répondent par une même défiance. Ainsi le pouvoir n’est nullement crédité de ce déconfinement qui se déroule sans trop d’accrocs. Et cette défiance nourrit le succès phénoménal du Professeur Raoult qui lui n’a pas varié dans son approche de la lutte contre la pandémie, « tests, tests, tests ».

Mais au-delà de la crise sanitaire, c’est l’action générale du pouvoir Macronien en matière de libertés publiques qui pose question. Dès le début du quinquennat, Emmanuel Macron a fait le choix pour lutter contre le terrorisme d’organiser la sortie de l’Etat d’urgence en inscrivant dans le droit commun des mesures qui devaient être d’exception. Un an plus tard, le 16 octobre 2018, la perquisition houleuse par la Justice du siège de la France Insoumise (LFI) a aussi laissé des traces. Alors que les enquêtes sur des emplois présumés fictifs au Parlement européen touchent d’autres partis du Modem au RN, seul LFI s’est vu ainsi perquisitionné sur 15 lieux différents.

Et puis ce quinquennat Macron restera marqué par la répression policière des manifestations Gilets Jaunes. Au climat quasi-insurrectionnel des manifestations a répondu un niveau de violences policières exceptionnel. Tirs de LBD, de grenades qui ont fait des dizaines d’estropiés. Mais aussi atteinte aux libertés d’aller et venir, à celle de la presse de faire son travail dénoncée par RSF etc…
À ce moment-là, les citoyens et des soignants ont même pu douter de l’AP-HP et de l’utilisation à des fins policières et politiques d’un fichier destiné à soigner en urgence.

Résultat de cette confrontation avec les gilets jaunes, le gouvernement exige une nouvelle loi de circonstance et liberticide. Et voilà que la loi du 10 avril 2019 dote l’Etat du moyen de contrôler la participation individuelle de chacun à une manifestation ! Et comme l’écrit l’avocat des libertés publiques et ami d’Emmanuel Macron, François Sureau, « il ne reste rien de la liberté de manifester si le gouvernement peut choisir ses opposants ».

Avec une Garde des Sceaux aux abonnés absents en matière de défense des libertés publiques, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner et son préfet Lallement ne cessent d’inquiéter. Au point que le même François Sureau lance lors d’une conférence sur les libertés publiques : « Si on tient les paroles de Monsieur Castaner pour exactes, le régime idéal c’est Palerme sous Mussolini (…) » !

L’addition ne serait pas tout à fait complète si l’on n’évoquait pas la loi Avia destinée à lutter contre les fausses nouvelles. Première loi votée après le confinement, elle va, d’après la spécialiste de l’opinion Chloé Morin, accroitre la défiance envers le pouvoir. En effet, désormais avec la loi Avia, « c’est la police qui décide des critères pour censurer un site (…) c’est la police qui juge si un site doit être censuré ; c’est la police qui exécute la sanction contre le site ».

Et la défiance n’est pas seulement celle du peuple contre les élites

Cette défiance touche aussi une institution aussi importante de la Conseil de l’Ordre du barreau de Paris. Dans son délibéré du 26 mai, à la veille du débat parlementaire sur StopCovid, le Conseil de l’Ordre invite les avocats à ne pas installer l’application StopCovid !
Les avocats, garants de nos libertés, s’interdisant d’installer l’application, ont sans doute cloué le cercueil de l’application.

Pourtant les promoteurs et les développeurs de StopCovid ont tout fait pour rassurer et garantir les libertés. « on ne peut pas être mieux-disant en termes de protection de la vie privée que cette application ! Son installation est volontaire. Son fonctionnement est non-identifiant. Sa mise en place est temporaire … » expliquait ce mardi dans Le Figaro, Cédric O, secrétaire d’État au numérique.

Si Cédric O, secrétaire d’État au numérique aura réussi à convaincre la CNIL et son camp, les députés LREM ont voté mercredi soir pour l’utilisation de StopCovid, il va en être autrement des Français.

Malheureusement pour la santé publique, cette application est proposée par le gouvernement d’Emmanuel Macron. Et si dans la mythologie grecque, Midas transformait en or tout ce qu’il touchait, Emmanuel Macron donne désormais l’impression de transformer tout ce qu’il approche en plomb.

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